La voie qui mène à la suppression de la souffrance
Ces « Quatre vérités salutaires .,, exprimées à peu près dans ces termes par les auteurs des catéchismes ', ne nous sont pas présentées d'une façon qui justifie l'importance exceptionnelle qu'on leur attache dans un grand nombre d'écoles bouddhiques. D'abord, il ne s'agit pas, dans la formule qu'on nous donne ainsi, de quatre vérités, mais d'une seule :
« L'existence est un mal. » Et encore cette vérité n'est-elle pas à l'abri de la critique, car si l'existence est un mal, l'univers est une œuvre de hasard, méchante, sans logique et sans raison, contre'
1. Soubhadra Bhikshou, Catéchisme Bouddhique, 1889, P- 5 7 ; Olcott, Catéchisme Bouddhique, 32' édition, p. 27.
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laquelle il n'y a rien à faire, parce qu'on ne lutte pas contre le hasard, parce que le bon sens le plus rudimentaire nous enseigne qu'il faut s'abstenir de toute action (comme le conseillent d'ailleurs le Taoïsme et plusieurs écoles du Bouddhisme), là où nous ne pouvons ni rien prévoir, ni rien comprendre.
Ce n'est certainement pas par la mention de ces Quatre vérités salutaires que la philosophie bouddhique occupe une place si proéminente dans l'histoire de l'esprit humain. Si telle avait été la base fondamentale de la doctrine du Tathàgata, il se serait montré au point de départ très inférieur à d'autres philosophes, à saint Bernard, par exemple, qui a dit :
« Si la souffrance n'existait pas dans le monde, la prière ne devrait pas avoir d'autre objet que d'en demander à Dieu la création. » Le Bouddha n'aurait pas même compris l'idée brahmanique qu'il a eu la gloire de rectifier et d'établir suide solides assises, car l'idée brahmanique
repose sur une aperception puissante, bien qu'incomplète, de la Loi du Devenir, loi qui serait sans valeur et sans réalité s'il n'était pas établi que l'œuvre de la Nature universelle est bonne, consciente, logique et continue.
Si, au contraire, la souffrance est considérée comme l'aiguillon du travail, il ne s'agit plus pour l'homme de vouloir y échapper, mais bien d'en tirer parti pour l'accomplissement d'une tâche essentiellement excellente, d'une tâche qui l'associe a la condition même du Grand-Tout. La part d'associé qui lui est offerte, il ne saurait s'acheter trop cher; et, dans son for intérieur, il répugnerait à l'être conscient de se plaindre du prix et de le discuter.
H ne faut voir, je crois, dans les Quatre vérités qu'un corollaire infime du grand problème posé par le Bouddhisme, corollaire qui a sa pleine raison d'être, mais non point sur le premier plan de la doctrine Je crois enfin qu'il y a lieu d'en modifier renonciation de la manière suivante, qui
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est justifiée par des travaux d'exégèse empruntés aux sources orientales.
Les « Quatre Vérités » (dtya satydnï) sont :
i- Doukha , la souffrance est inhérente à tout être qui vit ;
2. Samoudaya, la pléthore (de la souffrance) a pour cause les passions ;