‹ Le bouffon du prince, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 28 sur 38 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les mêmes, LE MARQUIS, quatre conseiller i'eux huissiers , qui restent dans le fond (i).

CHOEUR

Air : En/ans de Polymnie (du Concert à la cour).

Puisqu'enfin Son Altesse Daigne nous présider ici , La raison, la sagesse, Dans le conseil vont siéger aujourd'hui.

Je n'ai pu rassembler que ces messieurs. (Au prince.) Eh bien ! mon prince , vos bouffons !

le prince, montrant Huguo.

"Voilà celui que j'ai choisi.

le marquis , le regardant.

Ah! je n'avais pas remarqué cette figure... [Au prince.) Il est amusant ? ' *

LE PRINCE

•Impayable !.. avec son air tranquille...

maître huguo , à part.

J'aurais peut-être dû changer d'habit , mais je n'en ai pas d'autre , et puis l'état me réclame.

le prince , haut.

Nous allons commencer.

(Les huissiers disposent les sièges en demi cercle. Celui du prince est un peu éloigné des autres.)

LE MARQUIS

Pardon , mon prince , nous ne sommes pas en nombre... il faut au moins sept membres pour délibérer.

LE prince, s' asseyant.

Nous pourrons toujours causer de la grande question.

maître huguo, s* asseyant près du prince.

Oui , nous pouvons causer de la grande question.

LR PRINCE.

Eh bien !

LE MARQUIS , à HllgUO.

Qu'est-ce qu'il fait donc ? Ce n'est pas là votre place. MAÎTRE huguo , très-étonné et se plaçant sur un siège plus loin. C'est possible... comme je suis le dernier venu.

LE MARQUIS

Encore !

(1) Maître Iluguo, les quatre conseillers sur une seule ligne à droite, le prince et le marquis à gauche.

(2) Maître Huguo, le prince, Marini.

MAÎTRE HUGUO , croyant qu'il veut le faire placer plus loin. Encore ?.. à la bonne heure !

(Il veut s'asseoir sur le troisième siégequi se trouve occupé de même que le quatrième ; alors il va s'asseoir au dernier siège.)

LE marquis , avec humeur.

Se moquc-t-il Je moi ?

LE PRINCE,, riant. I Tu en verras Lien d'autres!

LE MARQUI3 , à Huguo , qui reste assis, et qui le regarde en ouvrant de grands yeux.

Vous ne m'avez pas compris , mon cher.

maître huguo , croyant qu il lui fait politesse.

Pardonnez-moi, il ne m'appartient pas d'être plus près de Son Altesse , et pourvu que je puisse lui faire entendre la vérité, je serai toujours à ma place.

le prince , au marquis.

11 a raison ; c'est son emploi. Les fous ntm faisaient pas d'autres.

Quoi I vous permettez qu'il assiste...

LE prince , souriant.

Le grand mal !.. il nous manque du monde , il fera le septième.

maître huguo, à part.

Ils ont bien de la peine à se mettre en train.

le prince, aux conseillers.

Le marquis , messieurs , va vous expliquer l'affaire qui vous est soumise.

LE MARQUIS

C'est surtout dans celte circonstance , messieurs , que Son Altesse a besoin de vos lumières et de cette haute sagesse...

(Maître Huguo salue; tout le monde rit.) maître huguo , se levant.

Messieurs, je demanderai un peu de silence ; car il m'est impossible de suivre l'orateur .

(On lui fuit signe de se taire.)

LE MARQUIS, continuant.

Vous savez , messieurs , qu'il est question de mariage avec l'infante de Parme. S'il ne % 'agissait que du bonheur personnel de notre maître, je n'hésiterais pas un moment; car tout le monde est d'accord sur les heureuses qualités de cette jeune princesse ; mais nous ne pouvons nous dissimuler l'influence de cet hymen sur le sort de Fer-rare... et c'est pour en bien peser les avantages et les inconvéniens , que Son Altesse vous a fait appeler.

(Il s'assied sur le tabouret qui est auprès de la table à la gauche du prince.) PREMIER CONSEILLER.

Dans un moment où tous les princes d'Italie se disputent le premier rang , il me sen.ble que l'alliance de Parme...

DEUXIEME CONSEILLER. s

C'est un point d'appui , en cas de guerre.

le marquis , vivement.

Je ne suis pas de votre avis ; j'ai sous les yeux les forces militaires de ce duché ; et cela n'est pas rassurant.

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