‹ Le bouquet de MélusineChapitre 5 sur 12 · PERSONNAGES · texte numérisé non relu

PERSONNAGES

Madame Le Gardeur de Repentigny

ses amies:

Madame Lambert-Dumont Madame de Champigny Madame de Maizerets

Comparses et choristes: tisseuses , cardeuses , fileuses:

Madame Leblond et ses 4 filles Madame Simon et ses 2 filles Madame Lachance Madame Plante Madame Bouchard

Foulons:

Philéas Bédard Jos. Rousselle Lavallée Plante Un violon.

Vaste chambre de l'habitation de Mme Le Gardeur de Repentigny, à Montréal, rue Saint-Joseph, par une matinée d’octobre 1705- La salle a été convertie en atelier où Mme de Repentigny réunit quelques habitants à qui elle enseigne les métiers du tissage de la toile et des étoffes. L’atelier est meublé de divers métiers, rouets, auge à foulage, dévidoirs, etc. Au fond de la scène, les grands métiers bruyants; au premier plan les rouets. Près d'une fenêtre, un clavecin.

MADAME DE REPENTIGNY

Au lever du rideau, Mme de Maizerets est au clavecin, et Mme Lambert-Dumont chante. Mme de Repentigny tricote en surveillant le travail; de la tête, elle bat légèrement la mesure que les métiers et rouets suivent, comme en sourdine, pour ne pas couvrir la chanson de Mme Lambert-Dumont. Mme de Champigny tricote aussi, et marque aussi la mesure par des mouvements de tête. Les foulons ne mettent pas grand entrain au foulage de l'étoffe.

Première Chanson: “Au bois, rossignolet”

Je me suis endormi, reli,

A l’ombre sous un thé, relé, à l’ombre sous un thé.

Je me suis réveillé, relé.

Le thé était relérelé était relé fleuri.

Au bois du rossignolet dl-lé dH’dll’

Au bois du rossignolet.

Je me suis réveillé, relé,

Le thé était fleuri reli le thé était fleuri.

J’ai pris mon p’tit couteau, relo La branch’ je l’ai relérelé je l’ai relé coupé.

Au bois. . .

J’ai pris mon p’tit couteau, relo,

La branch’ je l’ai coupée, ’releé la branch’ je l’ai coupée,

J’en ai fait une flûte, relut

Un beau sifflet relérelé un beau sifflet chantant.

Au bois. . .

Je m’en vais en sifflant, relan,

Le long du grand chemin relin le long du grand chemin.

Ah! devinez, mon gars, rela,

Ce que ma flû relurelu ma flû relut a dit.

Au bois. . .

Ah! devinez, mon gars, rela.

Ce que ma flûte a dit reli ce que ma flûte a dit:

Qu’il faisait bon d’aimer, relé La fiU’ de son relonrelon de son reion voisin.

Au bois. . .

Qu’il faisait bon d’aimer, relé,

La fill’ de son voisin, relin la fill’ de son voisin.

Quand on la voit le soir, relèr On la voit relérelé voit le rèle matin.

Au bois. . .

Je lui donne un baiser, relé,

En lui parlant d’amour, relour en lui parlant d’amour.

Je repars en flûtant, relan,

Le long du grand relanrelan du long reion chemin.

Au bois du rossignolet. . .

MADAME DE REPENTIGNY

Le travail des artisans continue sans interruption durant le dialogue qui suit

Mme de Champigny

Vous chantez à ravir, Madame Lambert-Dumont; et vous touchez le clavecin, Madame de Maizerets, comme en doivent toucher les anges dans les cieux.

Mme de Repentigny

Sans vous flatter. Mesdames. Mais je ne suis pas encore pressée d’aller en l’autre monde pour y entendre des chants célestes. Aussi me contentè-je que votre musique adoucisse les âpretés de ce bas-monde, et qu’elle rende particulièrement agréable l’établissement du Nouveau-Monde dont nous sommes . . . .

Mme de Champigny

Et qui ne laisse pas de nous fournir bonne mesure de tribulations.

Mme de Repentigny

Et de mettre à l’épreuve l’ingéniosité d’un chacun. C’est ainsi que votre musique. Mesdames, a relevé d’inquiétude et de chômage ces braves gens du pays, et leur a fait prendre en gré l’industrie que nous leur apprenons.

Pieds et mains travaillent en cadence et d’accord, sans demander quartier.

Mme de Repentigny aux musiciennes

Voudrez-vous leur donner une poussée nouvelle?

Mme de Champigny a Mme Lambert-Dumont

Dites-nous, de grâce, cette jolie chanson qu’on dirait faite à vau le vent.

2ème Chanson: “U’ la l’bon vent”

V’ià, l’bon vent, v’ià l’ joli vent,

V’ià l’bon vent, ma mie m’appelle;

V’ià l’bon vent, v’ià l’ joli vent,

V’ià l’bon vent, ma mie m’attend.

Derrièr’ chez nous y a t’un étang, bis Trois beaux canards s’en vont baignant.

V’ià bon vent .

Trois beaux canards s’en vont baignant;

Le fils du roi s’en va chassant.

V’ià l’bon vent .

Le fils du roi s’en va chassant, bis Avec son grand fusil d’argent.

V’ià l'bon vent .

Avec son grand fusil d’argent, bis Visa le noir, tua le blanc.

V’ià l’bon vent .

Visa le noir, tua le blanc, bis O fils du roi, tu es méchant,

V’ià l’bon vent .

O fils du roi, tu es méchant, bis D’avoir tué mon canard blanc.

V’ià l'bon vent .

MADAME DE REPENTIGNY

D’avoir tué mon canard blanc, bis Par-dessous l’aile il perd son sang.

V’ià l’bon vent .

Par-dessous l’aile il perd son sang, bis Par les yeux lui sort’nt des diamants.

V’ià l’bon vent .

Par les yeux lui sort’nt des diamants, bis Et par le bec l’or et l’argent.

V’ià l’bon vent .

Et par le bec l’or et l’argent, bis Toutes ses plum’s s’en vont au vent.

V’ià l’bon vent .

Toutes ses plum’s s’en vont au vent, bis Trois dam’s s’en vont les ramassant.

V’ià l’bon vent .

Trois dam’s s’en vont les ramassant, bis C’est pour en faire un lit de camp.

V’ià l’bon vent .

C’est pour en faire un lit de camp, bis Pour y coucher tous les passants.

V’ià l’bon vent. ....

'Pendant que Mme 'Lambert-Dumont chante sa 2ème chanson , Mme de Repentigny et Mme de Champigny se mêlent au groupe des tisseuses et leur parlent tout bas , leur donnant des conseils et des indications . La chanson se termine.

Mme de Repentigny à une tisseuse

Prenez garde à dégager le passage de la navette, et tenez la main à ce que la trême tourne régulièrement.

un

A une autre

Energiquement, aux marchettes; et pressez bien la trame . . .

La Tisseuse rectifiant

La tissure, madame.

Mme de Repentigny haussant les épaules

La “tissure” ou la “trame,” c’est tout un.

A une autre

Votre rouleau d’ensouple grossit. Tant mieux, mon amie.

A une autre

Votre ros est-il solidement pris dans ses échasses? Vous avez d’aguet marqué vos vingt peus, pour le passage de la portée? Fort bien, fort bien.

Mme de Champigny a Aime de Repentigny

Aurait-on jamais dit que vous dussiez devenir tisserande?

Mme de Repentigny Elles rient

Et je m’en flatte, pardi!

MADAME DE REPENTIGNY

Mme de Champigny

C’est du génie que de tisser des toiles avec du fil d’ortie comme vous l’avez fait, de produire des couvertures avec des écorces de tilleul, des droguets avec la filasse que vous avez prise au cotonnier sauvage et la laine assez rude des moutons du pays. . .

Mme de Repentigny riant

Quand ce n’était point avec la laine des boucs et même des bœufs illinois.

Dont vous fîtes, ma foi, de belles serges croisées.

Mme de Repentigny

Et des serges sur fil, s’il vous plaît! Et que ditesvous de ma teinturerie?

Mme de Champigny

A la terre-bleue et aux bois de couleur.

Mme de Repentigny

Chut! Vous savez bien que le vieux manitou huron qui m’a appris ces recettes me fit jurer d’en garder le secret !

Mme de Champigny

Il n’y a pas à en démordre, c’est du génie!

LE BOUQUET DE MELUSINE Mme de Repentigny

Mais non, mais non, ma mignonne. Il fallait seulement que les circonstances nous y obligeassent et que les habitants en eussent assez de se vêtir de peaux de chevreuil. Il n’était que de se commettre aux événements. Une veuve comme moi, retirée du monde comme je la suis, ne se pouvait mieux employer. Et que vouliez- vous que je fisse de mes neuf Anglais que j’ai rachetés aux Algonquins?

Mme de Champigny

Vos neuf Anglais n’avaient qu’à rester dans leur colonie de Boston, pour ne pas tomber dans l’embuscade de nos sauvages!

Taisez-vous, ma chérie! Ces Anglais étaient au courant du métier et furent mes premiers tisserands. Ils travaillent patientement, comme des exilés qui aspirent à regagner leur patrie.

Elle indique la porte d’une piece voisine où travaillent les Anglais.

Mme de Champigny

De bonheur, vous les avez mis à l’écart.

Mme de Repentigny

Oui bien, puisqu’ils ne s’entendent qu’entre eux. Ni ris élevés, ni disputes, ni lanterneries. Ils chantent en privance et besognent à l’avenant.

MADAME DE REPENTIGNY

Elle ouvre la porte donnant sur la pièce où les Anglais travaillent . On entend des refrains de métier. Air étranger , contrastant avec la mélodie française des chansons que chantent les artisans en scène.

Mme de Champigny’

Tant mieux, tant mieux !

Mme de Repentigny referme la porte.

Mme de Repentigny

Au demeurant, les difficultés allèrent s’aisant et se planant d’elles-mêmes; tout s’est organisé comme par enchantement. Sur le modèle de nos vieux instruments apportés des provinces de France,

Elle indique les artisans autour d' elle

ces braves gens nous ont fabriqué de nouveaux métiers à tisser, rouets, auges de foulage, cardes, tournettes, dévidoirs, cannelles, et tout le reste, aussi justement que s’ils n’avaient de leur vie fait autre chose.

Ouvrières et artisans rient sous cape.

Quoi, vous riez?

A ses dames.

Je vous dis que, avec mes ouvrières modestes et sages, avec mes apprentis attentifs au dernier point, et même avec mes Anglais résolus, nous manufacturerons bientôt des toiles et des étoffes avec quoi nos

belles dames seront fort aises de se composer des toilettes, et moi toute la première.

Mme de Champigny

L’histoire, si elle est juste, parlera de la ‘manufacture’ de Madame Le Gardeur de Repentigny.

Mme de Repentigny

J’y compte bien, puisque j’ai déjà pour artisans ce qu’il y a de plus trié à la ville! Pensez donc, la première ‘manufacture’ du pays! Car nous manufacturons, mes amis, nous manufacturons!

Elle jubile.

Nous habillons la colonie.

Mme de Repentigny

L’aventure lamentable de la Seine nous revaudra, vous le verrez, l’établissement de ‘manufactures’ mieux pourvues que la mienne. Déjà le révérend frère Charron, supérieur de l’Hôpital de la place d’Youville, exerce au tissage les orphelins pauvres, les infirmes et les vieillards.

Mme de Champigny

Il ne s’est pas avisé, comme vous, d’avoir recours à la musique pour tenir ses apprentis en haleine.

MADAME DE REPENTIGNY Mme de Repentigny

En effet, Madame Lambert-Dumont, vous laisserez-vous prier de chanter encore un coup pour terminer ces quelques aunes de petite-étoffe qui est de si belle venue.

3ème Chanson: “Ce sont trois dames de Paris’’

Ce sont trois dames, Oh! de Paris, bis Elles ont fait blanchir leur logis,

Mon beau ruban gris.

Refrain

Mon beau ruban gris,

Mon vert, mon noir,

Mon caille, mon gris,

Mon joli, gentiment gris,

Mon beau ruban vert, joli.

Elles ont fait blanchir leur logis, bis Partir de la porte, oh! jusqu’au lit.

Mon beau ruban gris.

Mon beau ruban gris, etc.

Partir de la porte, oh! jusqu’au lit, bis Oh! partir du lit jusqu’au jardin.

Mon beau ruban brun.

Mon beau ruban gris, etc.

Oh! partir du lit jusqu’au jardin, bis.

Dedans ce jardin il y a t’un fruit.

Mon beau ruban gris.

Mon beau ruban gris, etc.

Durant cette 3 eme chanson , Mme de Repentigny et Mme de Champigny se sont mêlées au groupe des pileuses, des cardeuses et des peigneuses de lin.

Mme de Repentigny A une peigneuse

Ce lin a-t-il bien roui?

La Peigneuse

La saison n’a pas été très bonne pour le rouissage; mais les brayeurs ont pris soin d’amender la fibre. Voyez comme elle est bien émouchée.

Une Autre Peigneuse

La courvée a si bien joué de l’écochoir qu’elle nous a livré de la filasse sans le moindre bois. C’est autrement fin que la filasse d’ortie.

Mme de Reptneigny

Hôlà! ma belle! Ne parlez pas aigrement de la filasse d’ortie! Pour les câbles et cordages de vaisseau, cela vaut mieux que le chanvre. L’ortie est plus forte et pourrit moins à l’eau. A telles enseignes que j’en viens d’expédier des échantillons au ministre, tout droit, à quatre sous la livre.

MADAME DE REPENTIGNY

Mme de Champigny Nous allons devenir riches !

Mme de Repentigny

Ah, si mes cardes neuves n’avaient pas été perdues en mer !

Aux cardeuses

A propos, les cardeuses, vous nous donnez de bonne étoupe pour la trame de nos tissus de grosse toile.

Une Cardeuse

Tout est gardé, madame, et tout sert, jusqu’aux aigrettes.

Mme de Repentigny

C’est qu’il en faut, de la laine et du lin, pour la moindre robe! Les femmes, de nos jours, s’enveloppent si abondamment!

Une Ouvrière

Dame! C’est de votre bord que la mode vient!

Bedard

Mais quelle est donc, madame la patronne, cette aventure de la Seine qui a causé tant de disette et qui a encore tout renchéri chez nous?

Le travail va peu à peu ralentir , puis s'arrêter au cours du récit de Mme de Repentigny.

Mme de Repentigny

Le conte en est véritablement navrant. Depuis l’automne dernier que nous attendions la Seine, de Rochefort où elle fit voile en juin, la nouvelle de son malheureux sort ne fait que commencer à courre par ici. J’en ai été toute poignée. Ah, mes pauvres amis, la plus belle flûte du roi!

Une flûte?

Bedard

Mme de Champigny

C’est la désignation d’une corvette de charge, qui est un bâtiment de guerre réservé pour le transport des provisions.

Mme de Repentigny Continuant son récit.

Notre très vénérable évêque de Québec, M. de Saint-Vallier, s’y était embarqué avec, ce dit-on, dix-huit ecclésiastiques, plusieurs riches particuliers et des personnes de qualité, puis quelques religieuses qui se mêlent de pharmacie et s’entendent à soigner les malades. La Seine nous apportait du même coup les ornements les plus précieux pour notre église, et plus de marchandises qu’il n’en avait jamais été transporté en Nouvelle-France.

Mme de Champigny

Ne nous revient-il pas que la Seine en avait là pour quasi un million de livres d’argent.

MADAME DE REPENTIGNY

Un million!

Des Voix

Mme de Repentigny

Sans compter mes cardes neuves ! Hélas ! la guerre de la succession d’Espagne, qui mit la France en lutte contre toute l’Europe, exposait nos vaisseaux aux périls de haute mer; et, justement, notre Seine donna dans la flotte anglaise de la Virginie, composée de cent cinquante voiles convoyées par quatre vaisseaux de guerre. Il lui en coûta bon, comme vous l’allez voir. Elle se défendit pendant dix heures, sous le vent des ennemis. Sa mousqueterie tua bien du monde aux Anglais, mais le chevalier de Meaupou, qui la commandait, refusa de jeter à la mer les ballots qui embarrassaient ses canons, dont il ne put faire jouer qu’une petite partie . . . Enfin, pour le faire court, les ennemis réussirent, par abordage, à s’emparer de notre belle Seine, de ses passagers et de son chargement.

Bedard

Et qu’est-elle devenue?

Mme de Repentigny

Prise de guerre, elle fut menée en Angleterre. La reine Anne fit toutes sortes d’honnêtetés à notre prélat qui, néanmoins, reste prisonnier chez les hérétiques, avec tous ses compagnons, et se nourrit comme eux du pain de l’angoisse. Prions Dieu que ses tribulations cessent et que le saint homme nous soit bientôt rendu à sauveté.

Consternation. Mme de Repentigny se signe. Les autres /’ imitent.

Mme de Champigny Qui a une idée.

Ne pourriez-vous pas échanger notre évêque contre les prisonniers anglais que vous avez rachetés de nos Algonquins.

Non, hélas! Mes Anglais ne sont que menu fretin, et la reine Anne n’en voudrait mie. Elle troquera Monseigneur notre évêque contre plus gros poisson détenu en France!

Bedard

Après un moment.

Et le chargement?

Mme de Repentigny

Vendu, ce dit-on, vendu par les pirates qui s’en emparèrent! Et perdu pour nous!

Mme de Champigny

Monseigneur le gouverneur a senti ce malheur devant que la nouvelle nous en vint, et il a poussé les habitants à semer du chènevi et de la graine de lin, pour nous donner de quoi tisser nous-mêmes les toiles dont nous privait le sort de la Seine.

MADAME DE REPENTIGNY

Mme de Repentigny

Et c’est ainsi la première récolte de ces bonnes plantes textiles que nous manufacturons en Nouvelle- France, pour notre réconfort à tous.

Mme de Champigny

A quelque chose malheur est bon, puisque la perte du vaisseau du roi nous a ouvert les yeux sur l’erreur que nous commîmes en négligeant, aussi longtemps, d’aveindre du sol même la subsistance de notre colonie.

Bedard

Si encore le commerce du castor donnait comme il avait coutume. Mais il est venu à rien.

Mme de Repentigny

C’est la Providence qui vous dirige vers une industrie plus stable que celle de la chasse.

Mme de Champigny

Vers la vôtre!

Mme de Repentigny

En vérité, vers la mienne qui est celle de la toile et de l’étoffe - comme elle est d’abondant celle de l’avenir.

Bedard

Si seulement les commerçants ne nous obligeaient pas à faire venir nos marchandises de France, pour augmenter leurs bénéfices.

Un Artisan

Au double du prix.

Un Autre

On était plus libre du temps du grand intendant.

Mme de Repentigny

Sous Monsieur Talon?

Un Vieil Artisan

Oui, du temps de M. Talon. Je l’ai vu venir chez mon père, dans mon petit âge, et chez nos voisins, pour nous encourager à élever des moutons et à cultiver du chanvre aux fins de fournir de vêtements à la colonie. Il se mêlait à nous, quoi!

Une Femme

Il était si poli, si accostant!

Une Autre

Avec ce bel et brave intendant, nous n’avions pas peur de tisser du droguet, du bouracan, de l’étamine.

Une Autre Femme

Et de la serge de seigneur, et du vrai drap, itou. Vous vous en souvenez, Ma’me Cimon?

Mme Cimon, 50 ans

Si je m’en souviens, doux Jésus! Moi qui vous parle, j’ai entendu notre grand intendant nous dire

MADAME DE REPENTIGNY

que nous lui fournissions déjà de quoi se vêtir du pied à la tête. . . Ah, pour sûr que c’était le bon temps! Et puis j’avais seize ans! Même qu’il m’a caressée en m’appelant ‘Mon angelette’. Oh, le cher honnête homme!

Un Artisan

Loin de prétendre qu’on lui causait du préjudice, lui, il faisait distribuer des métiers dans nos maisons.

Un Autre

Il donnait même de son argent pour qu’on enseigne aux filles de manier le fuseau.

Bedard

Pour autrement parler, les marchands nous ont fait bien du mal, depuis le départ de M. Talon, en nous empêchant de fabriquer nos toiles et nos étoffes.

Mme de Repentigny

Dieu me pardonne, ce régime de l’exclusif est pure vexation qui justifie les ameutements de la population! De bonheur, cela a cessé, puisque la Providence nous force désormais de nous pourvoir nous-mêmes? . . . Mais c’est assez parler. Travaillons encore un coup. Madame Lambert-Dumont, je vous prie, dites une jolie chanson pour éverdilionner nos amis les foulons qui, sur ma foi, ne sont point aussi hardis que leurs compagnes. . .

4ème Chanson: "M’en va’s a la fontaine"

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