‹ Le bouquet des fleurs de SénèqueChapitre 3 sur 10 · ODE I · texte numérisé non relu

ODE I

SENEQUE

Nulla gens est adeo extra leges moresque projecta , ut non aliquos Deos credat. ( De répistre CXVII. )

Je meur, Croulait (i), d'ouir sortir des hommes

Tant de mépris de la Divinité,

Et ne puis croire , en voyant ta bonté ,

Que tu sois fait du limon que nous sommes.

Siècle maudit , où la rage est maîtresse , Tu fais mentir le saint dire des vieux : Cent si farouche on ne volt sous les cieux Qui dens le cueur quelque Dieu ne confesse.

(i) M. Croulait ctoit premier président du parlement de Rovicn et conseiller au graad conseil. Nous avons de lui une traducliou de l'oraleur Lysias.

DES FLEIIIIS J)i: SliNEQLE. Il

Orc voulant donner tout à n.ilurc , Et ne trouvant à tes raisons de lieu , Tu dis ainsi : non , il n'est point de Dieu Ce n'est qu'abus ; tout marche à l'aventure.

Cieux trop bénins à si parjures testes, Comme oyez vous si long tems dépiter Le Tout-Puissant sans en terre jeter L'orage épais de cent mile tempestcs ?

Et toy , Seigneur , qui tiens es mains la foudre. Comme entens tu ces tigres blasfémer Ton nom si saint , sans tes mains desarmer Dessus leurs chefs , et les réduire en poudre ?

Nier un Dieu! nier sa propre essence ! Se dire fait , et nier son facteur ! Voir l'univers et nier son auteur !

O trop maline et trop lourde impudence !

Méchant athé , tu sçauras bien connoistre L'œuvre d'un homme au milieu des desers > Voyant un toit ; et voyant l'univers , Tu ne sçaurais reconnoistrc son maistre !

Lève les yeux , voy cette grande boule A clouz dores, brillante tout autour , Voy ses deux feux pour la nuit et le jour , Voy comme cncor sans repos elle roule.

Baisse les bas , voy |la terre , la place, Auprès du ciel qui n'est qu'un petit point En l'air pendu , qui ne se bouge point , Que l'océan tout à l'cntour embrasse.

Que veux-tu plus ? curieux considère Tout ce qui vit souz le feu du soleil; Tout t'apprendra qu'un ouvrier noinparcil A fait le monde et le doit rcdefaire.

Tu connoistras que par sa prévoyance Les cieux , qui d'eux n'ont aucun mouvement , A pas nombrez tournent incessamment , Toujours constans d'une mesnie inconstance.

Tu connoistras que ce n'est la fortune Qui des saisons ordonne les retours , Qui le soleil allume tous les jours , Et tous les mois donne forme à la lune.

Elle est volage , et volage comme elle Ce qu'elle fait. Mais l'ouvrier tout parfait, Et tout cela que sa parole a fait Est tout constant ; tout saint et tout fidelle.

C'est cet ouvrier auquel l'œuvre te guide ,

Qui voulant faire un petit univers ,

Basllt ton corps de ces quatre divers,

Du froid , du chaud , du sec et de riiumidc.

DES FLEURS DF SEXEQUE. l3

C'ost ce grand peintre , excellent , admirable

Qui ton esprit retira sur le sien,

Et sans travail le retira si bien ,

Qu'au sien parfait il le fist tout semblable.

C'est cet agneau , ce père débonnaire Qui ne craignit la rigeur du trépas Pour t'en sauver , et tu ne voudrais pas Le confesser ton sauveur et ton père !

Si le dédain , si l'impudence infâme , Et si l'orgueil qui te pousse en fureur. T'ont clos les yeux pour ne voir ton erreur, A tout le moins prens pitié de ton ame.

Songe à ce jour , jour affreux et terrible Que Dieu tonnant , aidant et rugissant Prendra les bons et l'ira maudissant Avec les siens , de cet arrest horrible :

Sortez dehors de vos tombes poudreuses , Sortez au jour , les os cousus de nerfs , Et dévalez pour jamais aux enfers, Malheureux corps des âmes malheureuses.

Trembles-tu point à la rude menace De ce grand juge , aux arrests arrestez ? Si les meilleurs craignent d'estre jetez Dedens la braize , où trouveras-tu grâce ?

1 4 LE BOUQITKT

S'iiii fils ingrat aux bienfaits do son père Meurt eu langueur immortel dans le feu , Toy qui jamais ne reconnu de Dieu , Comment alors fuiras-tu sa colère ?

Baisse les yeux , et retourne en toi-même ; Pleure en ton cueur, Dieu te fera pardon ; Il est tout saint , tout bénin et tout bon, Père à ses fils qui l'aiment et qu'il aime.

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