ODE II
SENEQUE
Tutus est sapiens , nec ullâ affici aut injuria
aut contumelià potest Exulabis , erras :
cùm omnia fecerim patriam meam, transilire non possum. Omnium una est; exilium loci commutatio est. ( Ex \ariis Senecae locis. )
Courvaudon (i), ce tout n'est rien:
Les hommes et tout leur bien, La terre mère commune , Tout ce qui vole dans l'air.
Et ce qui nage en la mer Est sujet à la fortune.
Homme , qui souloit nommer Le monde sien , et fermer Eu ses murs toute la terre ,
(t) M. de Courvaudon étoit François Anzeray, président au
Parlement de r>oaea et seigneur de Counaudon.
l6 LE BOUQUtT
Sujette aux lois du destin ,
A senti le Got enfin
Plus vaillant qu'elle à la guerre.
Ses palais et leur orgueil, Et l'or , miroir au soleil De tant de simmes hautaines , Gisent en bas , passetems De la fortune et du tems , Seigneurs des choses humaines*
Fortune tient tout en main ; Tu vis aujourd'hui , demain Caron peut-être en sa barque Te passera chez Pluton , Où règne encor , ce dit-on - Fortune avecque la Parque.
Dessus tout ce que tu vois, Sur la puissance des Rois Dame elle a toute-puissance , Et , si nous croyons les vieux Nous ferons rouler les Cieux Dessous son obéissance.
Seulement l'homme vestu Des armes de la vertu , La foule es piez abatue ; Dieu qui luy grossit le cueur
DES FLEURS DE SF.^'^EQUF. I 7
Le rend siu- (lie vainqueur Par sa cnnsfance connue.
Il semble un cliesne conslnnt Que deux vens vont souffletant.
Tous deux contraires d'aleiue ; Ferme en terre il se rit d'eux , Perdant un peu de cheveux Que le printemps lui ranieine.
Soit que le dépit des Rois , Ou l'injustice des lois , Ou l'orage de la guerre , Ou bien le cueur obstiné Du vulgaire mutiné Lui facent changer de terre ,
Son cueur ne change pourtant; Ains philosophe constant , Il fait teste à la fortune ; Le monde à son jugement N'est qu'un pais seulement, Nostre demeure commune.
Ce qu'on dit banissement.
Il l'appelle changement , Qui jamais ne le tourmente ; Partout il vit sans ennuy, Car il porte avecque luy La vertu qui le contente.
Dieu qu'il a dedens le sein Le Tait fort , lui tient la main , Et de sa grâce l'appuyé ; La foy qui sait endurer, Lui fait au cueur espérer Le repos d'une autre vie^
DES FLEURS DE SEiVEQUE. IQ
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ODE m.
SENEQUE
Pecuniam peididi. — Portasse te illa perdi-
disset.... .'Egroto, -— venit tempus quo expe-
rimentum meîcaperem.... Malè de te loquiin-
tur homines , — sed mali.... malè de te lo-
quuntur, — benè iiesciunt loqiii.... 3Iorieris;
— ista hominis natura est.... Morieris ; — hâc conditione intravi ut exirem. ( De plusieurs
lieux.)
Couronne (i)^ je veux estre encontre la fortune
Un roc pareil à ceux Qui dépitent l'orgueil des vagues de Neptune ,
Résolus paresseux.
Si mes parens sont morts , ils ont paye la dette Qu'on doit en ce séjour ,
(i) M. de Couronne étoit Pierre de Bonshoms , sieur de Couronne , président à la chambre des comptes de Rouen.
30 LF roriQrrT
L'homme vit tout ainsi (iiùitio (Kmii- vermoilletle Qui vit le cours dnii jour.
Si fortune m'ostoit si peu ([ue je tiens d'elle ,
Il le faudrait soid"frir ; 11 Vaut mieux voir périr une chose mortelle
•Que par elle périr.
Si je dovien malade , il faudra que je pense
Que Dieu veut m'éprouver.
La médecine aux maux , la douce patience
Est facile à trouver.
Si le meschant me hiasme en cherchant à me nuire.
Il m'apporte du bien.
Et comment cettuy là qui ne srait que médire
Pourrait-il dire bien ?
Quand tu voudras enGn , ô Seigneur , que je meure ,
Donne moi le trépas.
Je sçais qu'il faut mourir et que rien ne demeure
Eternel ici bas.
La mort suit les mortels comme étant leur nature ,
Non leur punition ; L'Eternel mist au naistre à chaque créature Cette condition.
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