‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 11 sur 56 · PONS · texte numérisé non relu

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furent nommés en remplacement de Boirot-Lacour, Boirot- Lacombe, Rougane, Petit et Chevalier (1).

Les hommes qui s’en allaient ainsi, répudiés par la Royauté, représentaient l'élément libéral du département. Tous se rappelaient de la Révolution et gardaient le souvenir de l'idéal, qu’elle n'avait pu que leur faire entrevoir. Napoléon, parlant en maître, après une période d’anarcnie, les avait

habitués à obéir. La Royauté en eut peur et les écarta ; elle

les remplaça, en grande partie, par des émigrés rentrés en France, soit pendant l'Empire, soit seulement avec Louis XVIII. Ce fut une des fautes de la Restauration, de ne pas comprendre que les hommes qu’elle choisissait ainsi, ne pouvaient pas faire aimer le nouveau régime. Le mot émigré sonnait encore mal aux oreilles de la foule. D’ailleurs ils n'étaient pas faits pour parler au peuple, ce dernier ne les aurait pas compris.

Un assez grand nombre de maires et de conseillers municipaux furent changés. D'ailleurs, fonctionnaires du gouvérnement, à la nomination du Roi dans les villes de plus de 5.000 habitants, à celle du préfet dans les autres, les meires ne firent guère qu'obéir aux injonctions qui leur venaient de haut. Ceux qui voulurent montrer quelques velléités d'indépendance furent révoqués.

Au mois de janvier 1816, le comte Desroys donna sa démission de maire de Moulins. Ancien maire de l’Empire, s'étant rallié au Roi à la première Restauration, il fut révoqué pendant les Cent jours. A la rentrée de Louis XVIII, il avait repris sa place. Le comte Desroys était quelque peu suspect de libéralisme, et il est fort probable que le gouvernement fut pour quelque chose dans sa démission. Il fut remplacé par de Champflour, riche gentilhomme d'Auvergne, ayant émigré. Légitimiste sincère, il employa toutes

@) Bulletin de l'Allier, N° 5, année 1816.

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ses forces à soutenir le gouvernement royal. Cependant il n'approuva pas toujours les excès des ultras, il manifesta même publiquement sa réprobation pour les ordonnances de juillet, et fut, de ce fait, révoqué des fonctions de conseiller général. I1 se montra habile administrateur, et les moulinois ne purent que se louer de son zèle. Cependant, une susceptibilité excessive, un caractère hautain, ne le firent pas aimer de ses administrés.

Il y eut. des changements dans toutes les branches de l'administration, changements qui ne furent pas sans avoir leurs répercussions sur la marche de l'opinion publique. Bien vus par les uns, mal vus par les autres, ils permettaient au préfet d'écrire, dès le 12 novembre 1815 : « l’amelioration de l'esprit public se fait sentir chaque jour. Le remplacement de quelques fonctionnaires qui vient de s’cpérer, et celui de quelques autres qui aura lieu incessamment, donne l’assurance que le gouvernement ne veut placer sa confiance qu'entre les mains de personnes qui lui soient entièrement dévoués » (1).

… Une institution importante et qu’il était utile de savoir dévouée au Roi était la gendarmerie ; le gouvernement s’en préoccupa. Dès le mois d'août une circulaire invitait le Préfet de l'Allier à fournir des notes sur les officiers de gen: darmes de son département (2).

Le sous-préfet de Lapalisse, dans un rapport au préfet, se plaignait amèrement de l’action judiciaire : « la gendarmerie, disait-il, ne présente pas de zèle ; son premier devoir devrait la porter à la recherche des séditieux qu’elle ferait connaître à l'Administration ». Dans le même rapport, il suggère l’idée d'établir, dans chaque sous-préfecture, un

agent chargé spécialement de la police générale, « l’Admi-

(1) Archives de l'Allier, M, police 1 série 1815. (2) Archives de l'Allier, série R, gendarmerie 1815,

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nistration marche avec franchise et fermeté, les autorités municipales ont été en partie renouvelées et sont toutes animées d’un bon esprit » ; mais une des causes qui contribue le plus à « corrompre » l'opinion publique est l’influence « pernicieuse » qu'exercent les fonctionnaires des finances. Les chefs sont dévoués à « l’usurpateur » et attachés aux principes révolutionnaires » (1). Les mêmes plaintes étaient formulées par les sous-préfets de Gannat et Montluçon. Pour eux tout ce qui rappelait l'Empire, tout ce qui rappelait la Révolution, devait disparaître ; quand Louis XVIII avait promis l'oubli, il avait compté sans son entourage, sans ses administrateurs : 36 gendarmes « dont une partie pour la retraite, l’autre pour être renvoyée, et quelques-uns pour être changés de département » furent signalés par le préfet (2). Quelques jours plus tard, il rendait compte, que quatorze percepteurs venaient d'être destitués, pour avoir professé « des principes opposés au gouvernement ». De son côté, le sous-préfet de Lapalisse, Félix de Conny, signala six huissiers, qui « par leur influence entretenaient les habitants des campagnes dans des principes entièrement opposés au gouvernement » (3). Ils furent révoqués tous les six, sur intervention du préfet. Le gouvernement stimulait d’ailleurs le zèle de ses préfets. « La vigilanca prévient les désordres, écrit Vaublanc, le 2 octobre, et rend inutile l'emploi de la force. Mais je sais combien la force même est nécessaire, et bientôt, celle dont vous pouvez disposer sera augmentée. Exercez la plus active surveillance sur tous les fonctionnaires publics placés sous vos ordres. Nous devons tous servir le Roi franchement et loyalement », Et le préfet répondant, le 8 octobre, déclare

(3) Archives de l'Allier, M, police 1re série 1815. (1) Archives départementales, série R, gendarmerie 1815. (2) Archives départementales, M, police, 1re série 1815,

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