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leurs ordres, remplissent leurs devoirs, c’est-à-dire, manifestassent publiquement leurs opinions royalistes et usassent de toute leur influence, pour faire accepter les idées défendues par le gouvernement.
Devant la menace doyaliste, bonapartistes et libéraux sunirent. Le mot de république commençait déjà à être prononcé par quelques esprits ardents ; des complots furent découverts un peu partout, les forces ‘de l'opposition s’organisèrent. Flotard, Buchez et Bazard fondérent la Charbonnerie française. Une insurrection organisée pour le 19 août fut découverte. Les conjurés arrêtés furent jugés par la Chambre des pairs. Des exemplaires du discours prononcé par le procureur général et contenant l'exposé des faits, furent adressés aux préfets.
De Fumeron répondit au ministre : « Je ne pense pas que la réimpression et la distribution de cette procédure, qui pourraient être utiles, dans les départements où l'esprit serait généralement porté à la défiance ou à la désaffection envers les Bourbons et le Gouvernement, fussent également utiles dans ce département, où l'esprit est généralement bon, doux et docile ; peut-être même, cette mesure insolite et non motivée, pourrait-elle faire naître des idées absurdes ou opposées dans des esprits timorés, comme on en trouve beaucoup dans ce pays (1) ». Il se borna à en envoyer des exemplaires dans les principales villes où l'opinion « ultra libérale » paraissait le plus répandue (2). Au même moment, il écrivait aux maires au sujet des mêmes événements : « Le trône est depuis longtemps au-dessus de pareilles atteintes, mais cela ne suffit pas au cœur paternel du Roi ; il veut que les malveillants soient mis dans l'impossibilité
(1) Archives départementales de l'Allier, M. police, 1re série, N° 9. (2) Bourbon-l'Archambault, Gannat, Lapalisse, Montluçon, Montmarault, Cusset, Dompierre,
i- Taie de détourner ses sujets de l’inébranlabie fidélité qu'ils doivent à son Auguste personne et à ses successeurs légitimes ». Il les engage, à faire connaître à leurs administrés, les documents pouvant les éclairer sur les derniers événements et « leur inspirer l'horreur que doit concevoir tout bon Français contre les fauteurs de désordre qui conspireraient encore contre leurs Princes légitimes. »
De Fumeron d'Ardeuil fut rappelé au Conseil d'Etat, le 20 janvier 1822. A son départ, il adressa ses remerciements à ses subordonnés, pour l'appui qu'ils lui avaient apporté dans les moments difficiles, en constatant qu’il avait toujours trouvé les habitants et les fonctionnaires « pénétrés des sentiments d'amour et de fidélité dont tous les vrais et bons Français sont animés pour leur souverain légitime et son Auguste famille ». Il assurait ses administrés du regret qu'il avait de n'avoir pu faire tout le bien qu'il aurait désiré ; il terminait en demandant à tous, d'assurer à son successeur cette collaboration qui lui avait été si utile (1).
Le baron de Talleyrand, qui lui succédait, se montra dès son arrivée plein de bonne volonté. Dans une lettre, insérée au Recueil des actes administratifs, il rendait hommage aux qualités de son prédécesseur et demandait aux Bourbonnais de lui accorder leur confiance. « Ne doutez jamais de mon désir, de mon zèle à vous aider et à faciliter vos travaux. Les principes d'impartialité et de justice qui m'ont dirigé dans mes précédentes administrations ne cesseront de me guider dans celle de ce département. » Il ne resta pas longtemps à la tête du département. Sans doute ne se montra-t-il pas assez royaliste ! Au début de janvier 1823 il était destitué. Une ordonnance du 2 janvier nommait à sa place le marquis de la Morelie.
Quelques jours plus tard, dans une circulaire adressée
() Recueil des actes administratifs, No $, année 1892,
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aux sous-préfets et maires, ce dernier se félicitait d'êtrè placé à la tête d’un département qui lui rappelait les bons souvenirs de son enfance. « Vous connaissez, Messieurs, écrit-il, ce que Sa Majesté a le droit d'attendre de notre zèle et de notre dévouément. Mettre tous nos soins à faire apprécier et aimer le Gouvernement légitime, à faire respecter les institutions, que dans sa sagesse le Roi nous a données, à rendre avec impartialité la justice, à expédier les affaires avec promptitude, voilà ce que d’un commun accord nous ferons tous » (1).
Le nouveau préfet eut à peine le temps de prendre contact avec ses administrés. Au mois de juin 1823 il fut remplacé par le vicomte Harmand d’Albancourt. Ce dernier venait des Ardennes. Comme ses prédécesseurs, il adressa son salut au département dans une circulaire où il faisait l’apologie du Gouvernement royal. Il proclamait que le bien de la contrée et celui du service du Roi seraient les deux principaux devoirs qu’il se plairait à confondre dans un même sentiment. « Eh ! comment pourrions-nous les séparer, Messieurs ? Existe-til en France un intérêt, un espoir, qui ne se mêle à nos sentiments de dévouement, de reconnaissance, et d'amour pour le Roi et son Auguste famille ? N'est-ce pas pour nous la source de tout bien ? N'est-ce pas avec la légitimité que nous avons vu renaître la paix, le bonheur, et la seule liberté dont la France ait jamais joui ? » Après avoir rappelé que le Bourbonnais pouvait être fier d’avoir donné naissance à « l’illustre famille des Bourbons », il terminait, en disant que tout « son bonheur serait de porter au pied du trône les témoignages d'amour » que ses habitants sauraient « montrer pour ses descendants » et les preuves de dévouement des fonctionnaires appelés, ainsi que lui, à
(1) Recueil des actes administratifs, No 4, année 1828.
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« coopérer avec les habitants du département au triomphe des doctrines monarchiques » (1).
La Chambre ayant été dissoute le 24 décembre 1823, Harmand d'Albancourt arriva quelques mois seulement avant les élections de 1824. Sa grande préoccupation fut de préparer le triomphe des candidats royalistes. Nous verrons plus loin que le succès dépassa ses espérances.
Pendant la période 1820-1824, la droite est au pouvoir, mais n'ose pas trop préciser ses intentions. Elle prépare le terrain petit à petit. La nouvelle loi sur la presse réduisit presque les journaux de gauche au silence. Dans 1 Üniversité, les professeurs suspectés de libéralisme furent écartés. Les cours de Guizot et de Royer-Collard furent suspendus. Enfin, le couronnement de la politique de droite fut l’intervention armée en Espagne pour rétablir Ferdinand VII sur le trône. | |
Pendant cette même période, les Administrations fu rent réorganisées, De nombreux fonctionnaires furent changés de résidence, d’autres furent destitués. Nous avons vu, plus haut, que Cossonnier, ancien fonctionnaire de la Révolution et de l'Empire, avait remplacé de Conny, comme souspréfet de Lapalisse. Il n’y resta pas longtemps, et dès 1820 i: fut remplacé.
Un travail important porta sur une classe de magis. trats, les juges de paix. Jouissant d'une grande influence dans leur canton, leur choix était l’objet d’un soin tout spécial. En 1323, les préfets eurent à fournir un rapport détaillé sur chaque justice de paix. Nous reproduisons, à titre documentaire, celui qui fut préparé par le sous-préfer de Lapalisse ; c’est d’ailleurs le plus complet que nous ayions eu entre les mains.
(1) Recueil des actes administratifs, No 24, année 1823,