‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 3 sur 56 · LYS · texte numérisé non relu

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idées libérales, pour arriver à faire triompher une cause juste entre toutes.

Les penseurs et les philosophes du XVIII siècle n'avaient pas écrit en vain ; l'Assemblée constituante, par son immortelle Déclaration, avait fait naître de magnifiques espérances ; l'œuvre des Révolutionnaires de 93 n'avait pas seulement travaillé les foules en surface, elle avait marqué une génération de son empreinte et, si la Révolution fut impuissante à donner à la nation la liberté à laquelle elle aspirait, elle lui fit néanmoins entrevoir la perspective d’un régime rouveau, basé sur une égale justice pour tous. La génération qui se forma pendant la grande tourmente fut habituée à considérer le principe de la souveraineté nationale comme vn dogme intangible ; elle s'éprit d'indépendance ; le seul mot de République la transportait d'enthousiasme ; elle ignorait tout de l’ancien régime et les Bourbons étaient des inconnus pour elle. |

Pendant ces périodes troublées, des hommes, comme il s'en trouve dans tous les pays et à toutes les époques, profitèrent des événements ; une nouvelle aristocratie, toute financière, se forma ; les uns s'enrichirent par l'acquisition de biens nationaux et rêvèrent bientôt de porter le titre attaché à la terre, d'autres retirèrent d'immenses bénéfices des fournitures aux armées, la majorité plus simplement spécula, A la faveur de la réaction thermidorienne, un certain nombre d'émigrés rentrèrent en France et firent revivre les élégances d'autrefois ; le luxe reparut ; fous ceux qui s'étaient nouvellement enrichis voulurent profiter de leurs biens. Les mœurs se relachèrent. La plupart des Etats de l'Europe s'étant ligués pour détruire notre Révolution, ii avait fallu organiser en hâte des armées ; leur entretien mit le Gouvernement en face de sérieuses difficultés financières. Les intrigants profitèrent de la situation ; les royalistes pour essayer de reprendre le pouvoir, d’autres pour satisfaire leur ambition ; l'ordre était continuellement trou-

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blé ; les coups d'Etat se succédaient. Bonaparte arriva, précédé du prestige que donne la Jeunesse et la Gloire. L'armée lacclamait. La France retentissait encore du bruit des succès du jeune chef de l’armée d'Italie ; elle l’accepta comme maître, par lassitude. Tant d'événements et tant d’orages avaient épuisé sa volonté. D'ailleurs, tous ceux dont la Révolution avait fait la fortune, bourgeois, industriels, commerçants, spéculateurs, fournisseurs aux armées, virent dans le nouveau Gouvernement, une garantie pour leur situation et leurs intérêts. Le paysan français, qui fait encore aujourd'hui la force de notre nation, se rallia à l'Empire, qui ramenait l’ordre dans les campagnes et lui permettait de jouir du fruit de ses durs travaux.

Mais Napoléon était tout l'Empire. Lui disparu, l'édifice entier s'écroula. Les Bourbons revinrent au pouvoir. Ils n'étaient pas désiré par la majorité de la nation, pour cette bonne raison qu'ils en étaient presque inconnus. Cependant les royalistes manœuvrèrent de telle sorte, que le comte de Provence apparut comme le seul successeur possible de Bonaparte. Cependant, la Déclaration des droits de l’homme n’était pas oubliée ; la grande masse des Français sentait confusément que l’Empire n'avait été qu'un temps d'arrêt dans l'évolution des grandes idées proclamées en 1789.

L'ancienne race des Bourbons remontait donc sur le trône. Pendant quelques années, l’œuvre des Constituants parut en péril ; le fameux dogme du droit divin fut remis à la mode et vigoureusement défendu par Chateaubriand et

. de Bonald. Charles X, reprenant la tradition du sacre à

‘Reims, sembla le faire triompher. Mais il aurait fallu que les Bourbons eussent une plus grande intelligence de la situation. Hs auraient dû rester modérés et ne pas vouloir imposer les principes dont ils étaient les représentants, sans Kenir compte de ceux qui s'étaient formés sans eux.

A un moment pourtant, on püt croire que la cause de la royauté allait l'emporter et rallier l'opinion. Decaze était au

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pouvoir et gouvernait à gauche. Pendant la longue servitude impériale, l'esprit démocratique s'était altéré. Le parti libéral comprenait tous les ennemis du régime ; les patriotes qui reprochaient aux Bourbons leurs longues intrigues contre notre pays, tous ceux qui avaient pris part au mouvement fédéraliste des cent-jours, les bonapartistes et enfin tous les mécontents. On s’accordait, non peut-être sur le choix du souverain, mais sur la forme du gouvernement ; une monarchie constitutionnelle. Peu pensaient à la République, aucun des libéraux n'était démocrate. Etrange amalgame, qui ne fit que dénaturer le mouvement libéral qui aboutit à ce non-sens que fut le règne de Louis-Philippe, alors que mieux dirigé, il aurait pu nous donner le régime parlementaire tel qu'il fonctionnait en Angleterre.

Les légitimistes reprirent le dessus, et par leur politique aveugle, ignorante ou dédaigneuse des besoins de la génération nouvelle, précipitèrent la catastrophe. Ils ne vivaient que dans l'espérance de reconquérir leurs anciens privilèges. L'opinion publique devait fatalement se détacher d'un Gouvernement, dont les partisans, par les mesures contre-révolutionnaires qu'ils préconisaient sans cesse, par l'alliance du trône et de l’autel qu’ils recherchaïent en toute occasion, n'avaient réussi qu'à faire régner la discorde dans tout le pays, jusque dans les plus petites communes, partout, en un mot, où acquéreurs de biens nationaux et anciens émigrés se trouvaient en présence.

Après la chute de Decaze, les ultras eurent en mains l’administration du pays. Ils étaient les maîtres et m’hésitèrent pas à employer la force. Sous le ministère de Villèle, ils arrivèrent à mécontenter tout le monde : la Magistrature, en blâmant les magistrats, l'Université, en fermant l'Ecole Normale et en suspendant les cours de Guizot et de Cousin, les Parisiens en supprimant la Garde nationale, l'Armée enfin en réservant l'avancement aux plus dévots. Les adversaires des Bourbons ne luftaient pas à armes égales. Ils

étaient obligés de se cacher. La moindre parole imprudente pouvait les conduire à l’'emprisonnement. Leurs journaux étaient bâillonnés. Mais ils avaient foi en la jusitce de leur cause ; ils luttèrent quand même et leurs échecs ne les découragèrent pas. Ils étaient la minorité à la Chambre, mais ils senfaient que l'immense majorité de la nation était derrière eux. D’ailleurs le propre des minorités n'est-il pas d'avoir de l'audace ? Sans quoi elles disparaîtraient promptement.

Les Constituants, en supprimant les vieilles institutions de la monarchie, en subordonnant les pouvoirs publics à la souveraineté du peuple, en plaçant la loi au-dessus de tout, avaient brisé tous les obstacles qui s'opposaient à l'avènement du régime républicain. Les Bourbons voulurent imposer leur domination à un peuple qui n’était plus fait pour la supporter, méconnaissant ainsi ce grand principe, mis en lumière par Fustel de Coulanges, qu'un Gouvernement, si fort soit-il, ne peut jamais imposer à une nation, des institutions politiques qui ne lui conviennent Pus. Les institutions ne forment pas les idées ; ce sont les idées qui, au fur et à mesure de leur évolution, donnent naissance aux institutions. Le législateur, avant de promulguer une loi, doit s'assurer qu'elle n’est pas contraire à l’opinion prédominante de la nation. Il ne doit pas précéder l’opinion, ni songer à la former. C’est l'opinion, au contraire, qui lui impose. sa loi.

Il importe donc, pour se faire une juste idée de la législation d’un pays et d’une époque, de bien se pénétrer de l'esprit de ce pays et de cette époque. C’est le seul moyen de comprendre pourquoi telle mesure, paraissant arbitraire, jouit cependant de la faveur de la foule et pourquoi telle autre semblant répondre à un sentiment de justice et d'équité, ne saurait être prise, sans soulever des murmures.

Nous avons pensé que l'étude de l'esprit public en Bourbonnais, sous la deuxième Restauration, serait une

modeste, mais utile contribution à l'histoire de la législation de cette époque importante entre toutes. Suivre pas à pas la lutte constante entre royalistes et libéraux, étudier les moyens employés par le Gouvernement d'alors et ses représentants pour faire triompher la cause de la légitimifé, montrer l'évolution des idées libérales dans notré département : tel a été le but que nous noùs sommes proposé d'atteindre. Nous ne nous sommes pas attaché à composer un récit historique mais nous nous sommes efforcé d'expliquer l'esprit de la législation de la seconde Restauration.

Sous les deux premiers Préfets nommés par Louis XVITT, à son retour de Gand, le comte de la Vieuville et le comte de la Villegontier, la réaction royaliste atteignit son plus haut degré. Partisans des mesures de rigueur, nos administrateurs vont souvent, dans cette voie, plus loin que le pouvoir central, qui la plupart du temps, est obligé de leur conseiller la modération. Le successeur de la Villegontier, le maitre des requêtes, de Fumeron d’Ardeuil, chercha, au contraire, à concilier les esprits. Il fit preuve, autant que le lui permettaient les institutions de l'époque, de justice et d'équité. Sous son administration, les luttes sociales s’apaisèrent pour un temps, dans notre département. Ses successeurs se préoccupèrent surtout de bien préparer les élections et si les candidats du Gouvernement ne triomphèrent pas toujours, nous verrons qu'ils n'avaient rien négligé pour éviter les échecs. Malgré tout, les libéraux virent leurs rangs grossir de plus en plus et en 1830, les populations rurales du Bourbonnais accueillirent, avec tout l'enthousiasme dont elles étaient capables, le drapeau tricolore, pour elles symbole de liberté.

Plusieurs plans s’offraient à nous pour traiter ce sujet. En adoptant un ordre purement chronologique, il nous aurait été difficile, de déterminer les causes qui influèrent sur l'esprit public et d'étudier son évolution. Par contre, dans l'histoire des élections, il eût été difficile d'observer un ordre purement méthodique. Aussi nous avons été amené

à adopter un plan mixte, dont nous allons brièvement eXposer des grandes lignes. Notre étude est divisée en deux parties. Dans la première mous examinons les diverses influences qui s’exercèrent sur l'esprit de nos compatriotes. Nous étudions successivement l’organisation de l’'administration de notre département, le rôle des préfets, des souspréfets et des maires, l'application des mesures de répression votées tant par la Chambre introuvable que par celle de 1824, le rôle prépondérant que joua le clergé dans le développement des idées, l'occupation du département par les armées étrangères, le licenciement de l'armée, et enfin l'influence exercée par la presse plaçant ainsi les facteurs, dont l'influence agissante pouvait amener des modifications dans l'orientation de l'esprit public, suivant l’ordre decrescenda de leur importance. L’Administration, en effet, joua le rôle le plus actif. Elle disposait de deux leviers puissants, dévant la force desquels la plupart des individus s’inclinent : les récompenses et les punitions. Le clergé faisait

entendre sa voix jusque dans les moindres hameaux ; ses

efforts étaient coordonnés et tendaient vers un seul but ; le triomphe des idées légitimistes. Les nombreux mulitaires que le licenciement de l’armée avait dépossédés de leur emploi, vinrent, au contraire, se ranger parmi les mécontents et à la fin de la Restauration, ils avaient grossi les rangs du parti libéral. Quant à la presse, elle eut peu d’influence dans notre département. Cependant, à la fin de la deuxième Restauration, la « Gazette constitutionnelle » commença à faire campagne en faveur des idées libérales.

La deuxième partie est consacrée à l'étude de l'esprit public proprement dit et plus spécialement des élections. Nous nous efforcerons de montrer dans quel esprit étaient faites ces élections, et surtout, comment elles étaient préparées par nos Préfets, essayant ainsi de faire ressortir que les collèges électoraux ne pouvaient donner qu’une idée bien vague des aspirations des populations bourbonnaises,

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