‹ Le Bourbonnais Sous La Seconde Restauration: L'Esprit PublicChapitre 43 sur 56 · LEE · texte numérisé non relu

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contrôleur des contributions indirectes ; Colin, ex-capitaine en solde spéciale, mis en surveillance en 18145, pour ses opinions politiques. Tous étaient désignés comme les principaux agents des comités libéraux dans cet arrondissement » (1).

L'échec que le candidat officiel venait de subir à Montluçon donna à réfléchir à nos administrateurs. Le baron de la Varenne n’occupa pas longtemps son siège à la Chambre. Il mourut en effet peu de temps après son élection. Il importait pour les légitimistes que l'échec précédent ne se renouvelât pas. La question du lieu de réunion du collège électoral avait pour eux une importance considérable. La jeune génération, en effet, tournait plutôt ses espérances vers le libéralisme. Les forces royalistes, au contraire, se recrutaient surtout parmi les électeurs âgés, dont l'éducation politique était faite depuis 1789. Les longs déplacements étaient donc peu favorables aux partisans de la légitimité. -

Le chevalier de Bar (2) qui faisait l'intérim de la souspréfecture de Gannat, demandait au Préfet d'intervenir pour que les électeurs se réunissent à Gannat. Les difficultés du chemin empêchaient, écrit-il « les électeurs de se rendre à leurs fonctions ». Flus des deux tiers n'avaient pu assister à la nomination du baron de la Varenne. « Ils ont fait entendre des plaintes sur un placement qui annule entièrement l'arrondissement de Gannat ». Si Gannat ne pouvait être choisi, il y aurait intérêt, selon le chevalier de Bar, à ce que la réunion du collège ait lieu à Saint-Pourçain ou à Montmarault. Un conseiller d'arrondissement, le marquis de Lon-

(1) Archives départementales de l'Allier, M, police 1re série 1822, rapport du Préfet.

(2) Né à Gannat en 1765. Officier d'infanterie avant la Révolution. Il émigra, mais rentra en France sous l'Empire. Il fut adjoint à la mairie de Gannat et membre du collège électoral,

gueil (4) poussait lui aussi ün cri d'alarme. Il ne voulait pas que l'on connût de nouveau la faute de placer le collège à Montluçon. « En prouvant, écrit-il, que les royalistes sont en majorité dans l'arrondissement de Gannat, ses droits seront suffisamment établis, puisque c'est cette croyance qui à fait placer le collège à Montluçon ». Il adresse au Préfet un tableau des électeurs de son arrondissement, tableau que nous reproduisons ci-dessous.

(1) Né à Saulzet en 1775. Curieuse figure. Sur le point d'être arrèté comme suspect, au début de la Révolution, il s’engagea, montrant ainsi une résolution qui ne pouvait que l'honorer. Il préfèra servir sa Patrie, que faire partie de l’urrmeée de Condé.

Son éducation, son instruction, auraïent pu lui assurer une situation brillante dans l’armée. 11 resta simple cavalier au 23e réginent de chasseurs.

L'empire ne fut pas prodigue de distinction pour l'ex-cavauier de Longueil. Rentrë du service, il fut maire de Saulzet et élecieur du département. à

Pendant toute la Restauration, il fit figure d’ultra, s'occupa de politique, mais ne put réussir qu'à obtenir la sous-préfecture de Läpalisse,

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« Il résulte de ce tableau, dont l'exactitude est garantie, que le nombre des électeurs étant de 150, celui des royalistes de 61, on peut, en y joignant les électeurs sous l'influence du Gouvernement, porter à 80 le nombre de ceux qui voteront

en sa faveur ». Et le chevalier ne manque pas de faire remar-

quer que le nombre des électeurs royalistes diminuera, si le chef-lieu de l'arrondissement électoral reste fixé à Montluçon, certains d'entre eux étant empêchés, par l’âge ou les infirmités, d'entreprendre le voyage. Il est peut-être utile de faire remarquer qu'avec 61 électeurs royalistes, sur 150 inscrits, on trouvait quand même le moyen d'avoir une majorité royaliste. Les élections n'offraient donc, alors, que l’apparence de la sincérité. |

Le maire de Moulins, sollicité de donner son avis, doutait que, si le collège restait à Montluçon, les libéraux conservassent leur supériorité : « Les royalistes de Gannat se décideront avec peine à courir les chances d’un nouveau combat sur le même champ de bataille où ils viennent d’être vaincus ». Le sous-préfet de Gannat, Félix de Conny, à son retour de Paris, écrivait au Préfet : « II me semble tout à fait démontré que les royalistes de l'arrondissement de Gannat ne se rendront point à Montluçon aux prochaines élections... Toutes les instances seraient vaines.. Il suit donc de cet état de chose que les électeurs de l'opposition seuls, s'y rendront. Le besoin de changer le lieu du collège me paraît d’une utilité absolue, pour obtenir une élection monarchique ». Son choix se fixait sur Saint-Pourçain. Etant à Paris, il avait répondu dans ce sens à de Corbière et au baron Cappelle, qui lui avaient demandé des renseignements. Le Préfet restait indécis. Il n'osait prendre Ia responsabilité d'indiquer lui-même le lieu le plus propre à la réunion du collège électoral. « Le Conseil général, consulté en 1820, a passé à l’ordre du jour, écrit-il, au Ministre de l'Intérieur. Il me serait difficile, à peine arrivé dans ce pays, de savoir les motifs qui l'ont déterminé : c’est donc à vous, Monseigneur, de décider ». Cepen-

dant, il penchait en faveur de Saint-Pourçain, car « ce serait

par là donner une leçon aux électeurs de Montluçon, qui, en

janvier dernier, n'ont pas donné leurs voix à Monsieur le . président choisi par Sa Majesté ».

Une autre difficulté, non moins grande, existait encore. Les électeurs royalistes de Montluçon se ralliaient autour de Chevenon de Bigny. A Gannat, deux candidats se partageaient à peu près également les faveurs. Dutour de Bellenaves, et le Marquis de Longueil. « Si le collège est à Gannat, écrit le maire de Moulins, les libéraux essaieront de profiter de la division. à Saint-Pourçain, nul doute que M. de Bellenaves, ou de Ghevenon, soit élu. Les royalistes des deux arrondissements restéront unis, et accorderont leurs voix au candidat qui viendra, en tête ». Le choix du Président a, une grande importance pour de Conny : « il importe qu'il ne soit pas candidat lui-même, car dans la disposition des esprits, il n'aurait aucune espèce d'influence ».

En présence de cette situation, le Gouvernement était assez indécis. Pour faire cesser la rivalité des royalistes de Montluçon et de Gannat, une ordonnance du 20 juillet nomma Hutteau d'Origny, maire de l’un des arrondissements de Paris, président du collège électoral. Le Ministre de l’'Intérieur, en annonçant cette nomination au Préfet de l'Allier, l'informait qu’elle avait été faite pour prévenir les difficultés en « offrant aux Royalistes un moyen de conciliation. Quoique propriétaire dans cette partie du département, d'Origny y sera étranger à l'esprit de localité », son domicile habituel étant Paris. Cependant le Préfet n’est pas rassuré ; il répond que la réunion des royalistes sera difficile à réaliser, bien des électeurs ayant déjà pris des engagements difficiles à rompre. Il ne cesse cepandant pas ses efforts et informe immédiatement les sous-préfets de Gannat et de Montluçon, du choix qui venait d'être fait : « Ce choix vous indique assez le député que le Gouvernement désire voir arriver à la Chambre... Je ne doute pas que vous n’employiez tous les moyens de persua-

sion et l'influence légale que vous pouvez et devez exercer! pour faire réussir le choix indiqué par le Gouvernement ». Hutteau d'Origny arriva dans notre département le 31 juillet 1822. Il alla voir Chevenon de Bigny qui lui assura qu'il sa conformerait aux vœux du Gouvernement, ce dont il informa immédiatement le Préfet. Le collège se réunit le 5 août, à Saint-Pourçain. Le bureau provisoire fut ainsi composé par le président :

Chevenon de Bigny, de Bodinat, Lhuilier et d'Aubigneux, scrutateurs ; Amable Dujouhanel, secrétaire.

L'assemblée procéda immédiatement à la nomination de son bureau définitif. Les résultats furent les suivants : Inscrits : 391. — Votants : 225.

Boisrot-Lacour : 117 voix.

Brugière-Lamotte, avoué : 108 voix.

De Chambon : 102 voix.

De Chevenon : 92 voix.

tous les quatre élus scrutateurs définitifs. Venaient ensuite de Bodinat, 81 ; Lhuilier, 79 ; d’Aubigneux, 79. Le baron Camus de Richemont fut nommé secrétaire par 130 voix contre 81 à Dujouhanel.

Les résultats n'étaient pas brillants pour les royalistes. « Il semble, écrit le sous-préfet de Montluçon, que l'on a succombé à l'avant-garde, le bureau a été tout changé, à l’exception de M. de Chevenon ». Cependant il ne perd pas tout espoir. Le général de Richemont « n’a pas même voulu paraître aux élections, et a refusé toutes les sollicitations qu’on lüi a faites de s'y rendre, mêm'e après qu’il à été nommé secrétaire ». Il espère que les voix flottantes qui ont maintenu de Chevenon au bureau peuvent encore être conservées à la cause royaliste (1). | |

(1) Le maire de Montluçon, Cluzel de Sauget, qui s'était rendu aux élections, souffrant, se trouva plus mal et mourut dans la nuit du 5 au 6,

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