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Le marquis : César, Alexandre, Victor, Charles Destut de Tracy, naquit à Paris, le 9 septembre 1781. Il était le fils de- « l'idéologue » dont nous avons parlé plus haut. Entré a Polytechnique, il en sortit premier de sa promotion, en 1800. Il fit les guerres de l'Empire et ne se retira qu'en 1818. Les idées qu'il avait reçues de son père ne le prédisposaient pas à approuver la réaction royaliste, mais plutôt à prendre rang dans l'opposition libérale. Nommé député par les libéraux des arrondissements de Gannat et de Lapalisse, il alla siéger dans les rangs occupés par Benjamin Constant, Casimir- Périer, Laffite, Il prit souvent la parole, et il avait l’improvisation facile. Il n’était peut-être pas un très grand orateur, mais ses convictions politiques étaient si sincères qu’il ne pouvait être qu’un des plus fermes appuis du parti libéral. Il ne marchanda pas son concours à Adolphe Michel, lorsque «celui-ci fonda la Gazette Constitutionnelle, organe des l'béraux de l'Allier. En 1830, il vota l'adresse des 221. Au moment des Journées de Juillet, il se trouvait à Paray. Il partit immédiatement pour Paris et contribua au triomphe de Louis-Philippe. Il savait apprécier ses adversaires et ne les accablait pas dans l’adversité. Après la Révolution de 1830, un certain nombre de députés demandèrent la peine de mort pour les ministres qui avaient signé les ordonnances de juillet. Avec un rare courage, de Tracy monta à la tribune et y développa sa fameuse proposition de l'abolition de la peine de mort. Il lutta toujours pour la liberté et prit souvent la parole en faveur des réfugiés politiques et de la liberté de l’enseignement. Il mourut en 1864 (1).
Après sa nomination, en 1822, on essaya de lui susciter des difficultés au sujet du montant de ses impositions. Sa
femme (2) avait acquis le 21 août 1820, une propriété située,
(1) Louis Vacheron : Une grande famille du Bourbonnais. (Bulletin de la Société d'Emulation de l'Allier, tome 9, p. 175 et suivantes. (2) Il avait épouse Sarah Newton, veuve du colonel Letort.
mi-partie dans le département de l'Allier, mi-partie dans celui de la Nièvre. Dans l'Allier, les mutations furent régulièrement faites, mais dans la Nièvre, on oublia de mettre ses prénoms, de sorte que l'extrait de rôle, au lieu d’être établi au nom de Sarah Newton, femme de César, Alexandre, Victor, Charles Destut de Tracy, l'était au nom du Marquis de Tracy, son père. De ce fait, il n’arrivait pas à payer les 1.000 francs de contributions nécessaires, pour être éligible. Le préfet de l'Allier écrivit à son collègue de la Nièvre, pour faire aplanir la difficulté. Le maire de la commune où se trouvait les propriétés pouvait certifier, au vu de l’acte de vente, que Mme Victor de Tracy était le véritable acquéreur. Mais le préfet de la Nièvre était très mal disposé envers de Tracy, et après avoir répondu qu'il ne pouvait intervenir,
ni auprès du directeur des Contributions directes, ni auprès
du maire, il ajoutait : « M. de Tracy étant notoirement un député de l'opposition, c’est pour un homme de son opinion, moins que pour tout autre, qu’il me paraît convenable de faire rien de plus que ce qu’exige le strict devoir ». Le Préfet de l'Allier, le conseiller d'Etat, baron de Talleyrand, dans une lettre très digne, lui répondit : « Je sais, Monsieur et cher collègue, qu’un préfet doit, par tous les moyens légitimes qui sont dans ses attributions, chercher à empêcher la nomination d’un député qui ne convient pas au ministère ; mais ce Céputé, une fois nommé, lui faire des chicanes qui ne prouveraient que l'humeur, sans résultat, est un mode toujours nuisible au ministère qui l’emploie et incompatible avec ia dignité du Gouvernement ». Victor de Tracy n'obtint pas satisfaction : son élection n’en fut pas moins validée ef il put siéger à la Chambre, avec ses amis de gauche.
Les libéraux triomphaient donc dans le Bourbonnais, malgré les entraves que l’on apportait à l'extension de leurs idées. Ce succès s'explique aisément. Le paysan bourbonnais plein de bon sens, se rallie toujours assez rapidement aux défenseurs des causes justes ; il aime son indépendance et sa