LE PALAIS-DE*JUSTIGE
Le lendemam matin, à huit heures et demie, leBoui' geois de Lille, bien peigné, barbe fraîche, habit noir et cravate blanche, costume réservé pour les grandes occasions, se met en route pour le falais.
C'est à peine si en passant il lance un coup-d'œil sur M place Saint-Jacques, où M. le maire projette d'établir la promenade publique, sous ses fenêtres, probablement pour surveiller plus facilement les embellissements;
Sur réglise Saint-Pierre, si fière de son d6me aérien, de ses statues de Bra et de sa grille dorée ;
Sur la jolie petite maison aux élégantes colonnettes qui fait face à la rue des Blancs Mouchons.
Rien ne Tarréte, il se hâte d'arriver à son poste, militairement.
Il est seul sous la grande porte du Palais ; devant lui
stationne une voiture que décharge un homme en redingote bleue; cette voiture porte la guillotine qui vient de fonctionner dans le voisinage ; cet homme c^est le bourreau qui , tout en travaillant , siiQe le galop de Gustave ; le bourreau , honnête garçon , estimé de ses concitoyens. Il y a quelques années qu il a perdu son père , ce gros brave homme dont le costume pittoresque inspirait autant d'effroi aux petits enfants
qu'aux condauinés (*) ; il lui a succédé par droit de légitimité*
Le bourreau est mort ! vive le bourreau!
Le bourreau ne meurt pas en France.
Espérons qu'on ne dira pas toujours cela.
À sa vue, le Bourgeois de Lille éprouve une sensation d*horreur qu'il réprime bientôt en réfléchissant que la nature de ses fonctions de juré va établir peut - être tout-à-rheure , entre cet homme et lui y des rapports dans lesquels, aux yeux de la philosophie, il n'aura pas le plus beau c6té«
Mais la cour du Palais se remplit, les avocats arrivent, les jurés arrivent, les conseillers arrivent , les accusés sont amenés, suivis du peuple qu'attire toujours nombreux le drame des Assises.
Le Bourgeois de Lille se trouve là dans un monde tout nouveau pour lui ; il salue tous les habits noirs qa^l rencontre ; ignorant fai hiérarchie judiciaire , il prend un avoué pour le premier président , un huissier pour le procureur-général ; enfin il parvient dans la
(1) Chapeau à irois coi ues, grosse queue poudrée, balayant le collet d'un babitgris, larges boucles d'oreilles <J*argent, tel étail le costume babituel de Démettre , dit Tiot Piwrref qui a exercé pendant trente ans les fonctions d'eiécuteur des hautes «euvrci» dans le déparicmcni du Nord.
salle où se réoniaieiit les jurés, et là il fiût connaiisuice
avec ses collègues.