‹ Le Bourgeois de Lille esquisses localesChapitre 12 sur 20 · LA RÉCUSATION · texte numérisé non relu

LA RÉCUSATION

Ennemi des proc(^s ei nalurellement humain , le Bourgeois de Lille n'a jamais po se décider à livrer à la justice la servante qui le volait. Quelle aille se faire femke aUieursl voili son refrain ea pareille circonstance.

II acquitte fort souvent. Aussi les avocats ne le récusent jamais.

Il en résulte qu'il siégedans presque toutes les aflaires, ce qui Tennuie assez, lui qui, arrivé au sixième jour de la session, n'a pas encore eu le temps d'aller visiter les

curiosités de la ville.

Comme il se plaignait de cet assiyeitissemeût à l un de ses collègues : — ^Que ne faites-tous comme moi ? loi

ditce dernier. Que ne vous faites-vous récuser? Autrefois^ quand le droit de récusation n'appartenait qu'à l'accusé, c elait la moiiidre des choses. Il suffisait d'aller le trouver à la prison et de lui donner la pièce. Aujourd'hui, c*est un peu plus difficile ; mais enfin vous nètes pas sans connaître Tavocat-général de service ou le défenseur » adressez-vous à l'un d'eux.

' — Vous me croirez si vous voulez, répond notre

Bourgeois, je ne voudrais pas solliciter une récusation pour tout au monde. Si le sort me désigne , je fois mon de?oir, je juge en conscience, je suis tranquille. Si je ma fiiis récuser et qu'une condamnation intervienne , f ai cette condamnation sur le cœur , car ma voix aurait pu Fempêcher. Tenez, ajoute-t-il, je ne suis pas fort expert sur ces soi Les de matières , mais je crois qu'il y a un vice dans la loi qui admet la récusation. ËUe n'est pas instituée dans l'intérêt des accusés , puisque le procuretir<*général Fexerce également, et elle est un outrage permanent pour les jurés qui doivent prêter le serment de se dépouiller de leurs passions d'hommes.

Si le préfet tirait au sort , au lieu de les choisir , les 300 jurés pom* le service de Tannée, j aimerais mieux que le sort aussi présidât seul à la formation du jui7 de jugement, sans récusation possible.

Le choix direct du hasard serait plus juste et plus loyal que le choix, par voie de récusatiuii, de la passion on de la complaisance. —

Et le Bourgeois se conlirme encore dans son opmion, bonne ouinauvaise, lorsqu'à la fin de la session, après le départ des jurés dispensés, il voit que 1 e service des derniers jours est nécessairement restreint à 12 jurés, tousconnus d*avance, les autres ne figurant sur la liste que nominalement, lesquels 12 jurés sont pris en partie, parmi les habitants de Douai; aussi ces jours-là les huissiers ne

trouveut-ils personne à domicile , le libraii*e est en voyage , le pharmacien est malade , Toriévre eit à la messe, etc. C'est une véritable débâcle.

l'aubiengb.

Le Bourgeois de Lille apporte à Taudience la digmié la plus parfidte et rattention la plus souiemie. La première fois qu*il siège, il écoute tout : l'arrêt de renvoi, Taete d'accusation, les dépositions des témoins, l'interrogatoire des accusés, le réquisitoire, la plaidoirie, les répliques et le résumé ; c'est même au résumé qu'il attache le plus (i importance, parce qu'il sort de la bouche du Président, toujours si aimaUe avec lui... H n'a pas siégé trois fois qu'il se relâche un peu, non pas de sa dignité qu'il s'est stéréotypée sur la figure , mais de son attention.

L'acte d'accusation et l'audition de quelques témoins ont suffisamment formé sa conviction ; il trouve que les orateurs de Taccusation et de la délense répètent trop souvent la même chose , et , quant au résumé , il lui arrive de dire, à quoi cela sert4l? Dès ce moment le résumé est jugé ; le résumé, cette gloire et cet écneîl des Présidents d'Assises; le résumé que les crimiualistes ont tant de fois attaqué comme unesoperfétationjudiciaire, inutile quand il u est qu exact, odieux quant il est par-

iial«... La réprobaiioa du Bourgeois de Lille Tt tué; ce que je ne sais quel ancien a dit desDieui da pagfr* nisme, ce que M. Lainé a dit naguàre desRoiSi on peut désormais le dire du résumé :

Le rémmé s en va !

J'avançais lout-à-rtieure que le Bourgeois de Lille

consei vait sa dignité en perdant un peu de son zèle ; aussi, dans les moments oû son intelligence satisfûle n*a plus besoin d'inter roger les débals , ne se compromet-il pas, comme certains , jusqu'à parcourir d*un œil peu magistral les tribunes garnies de dames, qu'attire à l'audience la soif des émotions fortes, ou le désir d'entendre râoquence d'un frère ou d'un mari, ou, ce qui est beaucoup moins poétique , le besoin de savoir au juste le point où en est le procès , pour ne pas laisser iii ùler le poulet destiné au diaer du juré invité. — Non, c'est tout aupluss'il arrête ses regards distraits sur Biiez, le concierge du Palais qui dort paisiblement près des gendarmes; Briez qui unit, par un cumul en dehors des prohibitions légales, la qualité de concierge à celle de cuisinier, de cuisinier artiste, bien pénétré de l'importance de son état

II faut que Bernaixl Léon ait passé par Douai avant de créer son personnagede Vatel. — Voilà bien l'homme qu'il a voulu représenter : figure frakiie et rebondie , yeux yib à moitié couverts par de& cheveux crépjés qui lui tombent sur le front comme un vieux ^àion roussi*

es

Briez ue {wussdrait peut-être pas l'héroïsme cuiiaaire jusqu'à se percer le cœur parce que la marée aurait œauquéi comme ce Vatei doat M.u^« deSévigné raconte si gatment la tragique aventure , mais il a su prouver qu'il était maître dans sa cuisine. On raconte que lors d*un voyage de Charles X à Douai, leprtfetdu Nord, qui avait faim.

Car pour cire préfet on D*eo est pas moias Uomiuc,

étant venu le harceler dans son laboratoire, pour presser lediner, Briez le mit fort rudement à la porte, sans respect pour les broderies adiDÎiiistratîves.

Briez a émigré ; il a suivi dans Texil les membres de rancienne compag:iiie judiciaire doiU il gardait aussi la porte , et souvent on Tentend répéter avec complaisance ! f Nous ne sommes plus que trois du Parlement : M. de Forest de Quartrde-Yille , M« Marescaiile de Coureelles et moi. »

Les fonctions de chef du |ury , A ambitionnées par

les esprits vulgaii'es , le Bourgeois de Lille les repousse de toutes ses forces.quand elles lui sont attribuées par le sort ; c'est Teffet de la répugnance instinctive qu'il éprouve pour tout ce qui peut le mettre en évidence , et je ne crois pas les mauvais plaisants qui prétendent qu'il a peur ^ en lisant la formule sacramentelle , que

rémotion n'arrache de son gosier rebelle une consonne qui unirait fort désagrcabiemeul Dieu et les iwmme» Ç)*

Vous voulez savoir ce que c'est qu'un intérieur de diambre des délibérations ? me dit à son retour le Bourgeois de Lille. — Ecoutez. — El il prit un livre :

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