OËS RUES DE LILLE
L'étranger qui, pour la première fois, entre dans notre
ville, est agréableaieut impressionné ù la vue des nombreux ornements qui décorât les façades de nos maisons et donnenl à la ci lé lilloise un cachet monumental, malgré le stupide badigeon qui déshonore tant d'élégants caprices.
Ce ne sont que festons» ce ne sont qu'astragales.
Ici grimacent de joyeux mascarons ; là grouillent de
naïfs amours enlacés; plus loin couient gracieusement,
iJiyiiizeo
le tong des murs, des cordons de leurs, ou s'enroulent
les acanthes des chapiteâux coi itithiens; plus haut s'élancent de leurs gatnes des figures à mi-corps, étalant des costumes du XV.^ siècle ; et ces sculptures , œuvres d'imagiers inconnus j ont souvent un mérite tel que » pour les remplacer ou les restaurer convenablement, ce n'est pas trop du ciseau de Fâches ou même de Bra.
Les efforts de quelques propriétaires intelligents ont fait ressortir encore le bon goût de nos aïeux.
A la suite du salutaire temple donné par la Bourse, on a fait la toilette de quelques façades à briques rouges et pierres blanches.
Le temps n'est pas loin peut-être où nous assisterons à la résurrection complète de l'art original, où nous le verrons ^ nouveau liaare, sortir tout entier de son hideux linceul d'ocre.
Le UUois, alors , sera tout ébahi de tant de richesses cachées ; il commencera à s'apercevoir que, lui SHBsi, il avait quelque chose i montrer aux étrangers.
Rendons hommage à Tautorité municipale qui a restitué à la Bourse sa physionomie primitive ;
Félimtons-ia de n'avoir pas reculé devant un procès, pour faire respecter par les marchands à enseignes trop ambitieuses, les volontés artistiques du royal fondateur de cet édifice;
Souhaitons seulement qu'elle use plus souvent du
droit,qu'à défaut de titres formels^ lui donneraient incon-
ieslablement les règlements de voirie qui sauvegardent kMiica qui «ert à la décoratioa publique.
Si le titre masque, si le droit absolu parait frire défaut^ l'autorité a est pomt pour cela désarmée ; sou inlervention officieaae arrélerait souvent le marteau déoMH lisseur d uu propriétaire plus ignorant qu'intéressé.
Pourquoi» d'ailleurs » radminislratîon m ferait-oHo paSy pour le maintien des façades et autres restes des vieux temps, ce qu'elle a iait avec avantage p<Hir l'éta* Uissement des trottoirs?
Pourquoi ne s'adresserait-elle pas à Tamoiir-propria on à h cupidité, mobilea asses ordinaires de quiaonqne possède pigoou sur rue, en offrant aux propriétaires des primes proportionnées i la géne que la oonservatioa de 1 uniformité monumentale , ou du signe historiquei causerait à leurs plana d'appropriation ¥
Il n'est pas indifférent pour riiisloire d'une ville de f OIT enregistrer, respecter, mainlenir ces ornements et figures do toute espèce, qui ont servi le plus souvent à dénommer une rue, m quartier; qui, parfois, rappellent bonronaement nn usage antique, an événamenlooblid, un détail de costume.
L'autorité municipale, noua le reconnaissons, peut n'éti^ pas toujours maltresse d empêcher des propriétaires nndalea d'aimer de leur droit rigoureuxt sous
préteite de commodit/» ou d'embellissement; elle peut du moîas chercher à acquérir à peu de Irais les vestiges
les pltts curieux ; elle peut toujours faire reproduire par
le dessin rcnsemble et les détails. C'est autant degagné, non pour Tari peut-être, mais pour Fiiistoire.
Elle serait inexcusable de ne pas prendre ces précautions pour les édifices qui appartiennent à la ville.
n est question ée démolir F^acien presbytère du curé de Saint-Etienne, une des rares maisons flamandes qui existent encore avec leur construction et leur distrir bution primitives.
Ayant qu'elle disparaisse, il est important que Tad* minisiration en fasse soigneusement lever le plan et les
coupes.
A ce propos, je demanderai volontiers ce que sont devenues ces énormes pierres arrondies qu'un archéologue novice pouvait prendre pour des Dolmens 4ruidigues, et qui sei^ai^t tout simplement de pressoir aux raisins flamands, pour en extraire cet aigre jus de nos froides treilles , qui a donné son nom au Marché-au-Yeijus.
Sous le bénéfice de ces observations, comme on dirait au Pnlais, nous commençons notre inspcclion, pour indiquer à nos édiles les parties les plus remarquables de Tornementation delà ville, les signes extérieurs les plus dignes d être conservés.
Comme décoration d'ensemble, nous devons d'abord signaler le rang qui était si bien nommé — du Beau Regard, — avant que la devanture de chêne du Mmknd'Or en eut contrarié la majestueuse uniformité; les
façades, n.<^* pain, place de la Mairie, dont rharmouie vient malheuretisemeiit d'être brisée par la conatniction de l'armurier Béghin • Tancien Marché-aux-Fleurs, entre leP<^«Saiiit-Ëiienne et les Messageries ; la Croix- Sainte-Gaiheriûe , coin de la rue Nationale ; la maison 8 de la rue des Manneliers, où Ton distingue «Doore, malgré leur mutilation , trois figures symboliques qui paraissent représenter fiitondance, le Commerce et l'A^
griculture.
Pour les signespartiddiers, le champ des observations .
est plus iraste.
Les images de vierges et de saints étaient autrefois les plus nombreuses dans notre ville, oA la domination espa* gnole n'avait fait que fortifier l'esprit religieux ; on les plaçait principalement aux angles des rues; on y retrouve encore les dais sculptés en pierre qui les couronnaient.
Maislesrévf»lutions ont passé par^, et presque partout les niches sont vides ; la vierge et le saint, s'ils n'ont pas été brisés par los iconctolastes , sont pieusement gardés dans ritttérieur de la maison, comme les dieux Lares des anciens.
C'est, dit-on, le sort qu'eut la statuette de^ Saintïhomas de Cantorbéry^ qu oa voyait jadis dans le mur de la maison me d'Angleterre, N.o 8, pour eonsacrer
le séjour qu'y fit en 1167 le saint archevêque fuyant les persécutions de Henri U* Le prélat anglais ne laissa
pas seulement à la.pu^ le nom de sa naiiou , il laissa â reaii du puits de la maison la vertu de guérir la fièrre.
La niche extérieure , veuve du saint, a été conservée par Taneien propriétaire (') et restaurée par le nouveau,
qui avait prévenu en cela la sollicitude de la Cooiniission hi8toiii|ue*
Elle poi le cette inscription.:
SANCTO THOMiB
.CAMTVBBIEN» , HVJVS MIS QVONDAM
HOSPITI, SIT > LAVS, HOKOR ET GLORU.
Uno amlsOy non déficit aller ; comme souvenir historique, pour consacrer remplacem^i d'une des tours
(•) Cpile maison qui a|>parlcnait à M. Delespaul , notre regrettable représentant, était réservée à de singulières des* tiné^s.
L'aocien logis de Saf nt-Tbomas de Gantorbéry a comiité
plusieurs fois parmi ses hôtes l'honorable M. Odilon Barrot.
Ce fut là que s'assemblèrent, en 1848, les députés de la gaucbe, partisans de la réforme électorale^ pour j consigner dans un proeès-mbal rendu public, les xal'sons qni les empèebaient d'assister au lianquel où voulait aussi s'asseoir
M. Ledru-Rollin , partisan de la République.
On sait que M. Grémieux, absent, en?oya.le lendemain son adhésion à ce procès-verbal*
de la poi'le SaiiU-Pierre, à l'angle des l'ues SainUPierre el Négrier, le propriétaire vieut de poser, dans une niche affectant la forme de l'ancienne tour, une figure dé la Vierge, avec cette inscription en caractèies gottiiques:
Soyezt Vierge et Mère de Dieu,
La sauve-garde de ce lîeu . O
Au-dessous on lit :
SvPiU POHTAM SaI^CII ViùUiU MDLV.
J*ai pappelé ailleurs la Notre-Dame^le-la-Treille, incrustée dans une façadedelapetite rue de la Préfecture.*
(•> Nous Irouvons dans Martin THermite l'explication de cette déi^oUon à la Sainte-Vierge, eUe reinonleà riostitulion de la processiO|i de LUle, en 1269,^ par la comtesse Margaerite qui , (}it le naïf historien, « donna neaf Jours de francbise en » la ville à ceux qui seraient chargés de dobles et de crimes, » afin qu'ils auraient libre accès à la dévotion publique et » leur part asseurée en ce tbrèsor d'indulgence ; non pas n s'ils en avaient abusé pour un pins grand'meflSiii ou en • fussent bannys nommément. A' la publication de ce privilège » et procession annuelle, la ville fait parade de ce beau listre: » Nostrk-Dame i»£ LiLL£,c'est-à-dire maîtresse et protectrice; » Au mesme se rapporte celte inscripUon sur les murailles « » portes, maisons el carrefours : La sautu-gaudu ni es us •
Une figure de saint eûste ^core, asseï biea coulervée» «ir la mur du N.^ 22 de la rue des Chats-Bossus, regardant la place des Patiniers.
Je ne crois pas qu'on doive considérer comme un signe religieux le monogramme de la Compagnie de Jésus qu'on aperçoit encore sur un assez grand nombre de maisons, notamment me du Vieux-Faubourg; c'est plutôt une estampille de propriétaire, comme les armes de Flandre, sculptées, me de la Monnaie , sur le bâtiment des Moulins-Saint-Pierre.
Saluons ces boulets autri^ens du bombardement , que le bourgeois de Lille montre encastrés dans la façade de sa maison, avec le juste orjueil du vétéran qui se pare des blessures reçues au visage 1
La mine la plus abondigate et la plus curieuse, ce sont las ens^es*
Ce moyen d'indiquer, par un emblème extérieur, la profiession du propriétaire, a, sous différentes-formes, été employé de toute antiquité^
Dé cette époqae et de celle caose procède aussi Tosage de
sculpter sur les murs les slaluelles de la Vierge.
On remarque , dans beaucoup de rues de Lille, des autels mobiles, sous la m6me invoeaUoDientffetenus ei décorés avec beaucoup de soin, auxquels on aliache Uê bUMidemwri des babitanls du voisinage. 11 est probable que ces autels rem* placent les images de la Vierge, détruites avec les aucienucs façades.
Les iioiuaiiis , iodépeiidammeai des Ocul^ères ^ ou étalages en nature des marchandises du jour, avaient des symboles permanents de leui commerce habituel.
C'était ordinairement un tableau grossier, une figure de terre cuite.
Les fouilles de Pompéî ont mis au jour, entr'autres enseignes, un serpeiil mordant une pomme de pin, à la porte d'un apothicaire.
Cet emblème me paraît plus loi^ique que les Itles grotesques qui ^e^nai^n^ sur le 6tfr<9iMil de nos pharmaciens lillois;
On a découvert aussi un ix^uf, au-dessus de la boutique d*un boudier une chèvre, chez un marchand de fromages ; un groupe de vendangeurs, chez un mardiand deirins; une trirème engagée daaslafiiçade d'un magasin où se vendaient des objets de marine. '
Toutefois, pas plus chez les Romains que chez nous, les enseignes ne rappelaient nécessairement les attributs
de la profession du propriétaire.
Un fragment des Fagtes CapitoUns constate qu*en Tan de Home 167, un banquier du Forum, nommé Quintm- Àuft£u8y aVait pour enseigne :~LeGauloistuéparMan^ lius, — figure grotesque citée par Cicéroû dans son livre de TOrateur.
Les railleurs de Rome, dignes aieux des mauvais plaisants qui, de nos jours encore, tapissenide leurs épigrammes les statues mutilées de Paaqiun et de son-con*»
frère Marforio, ont pu trouver quelque analogie entre ies dieat& du préteur d'argent et le Gaulois tù-atU la hngue ; mais il li'est pas présumable que ce rapport eut délennini chez Qyintm-Aufidius le choix de sonenaeigne.
€ Les enseigiies, dit M. Victor Derode (*) » aenl m 1 quelque façou des noms propres donnés aux maisons.
a neneatqtttonttraToraileaaièclasetaeretrovfiWt > encore sur le mur où on les avait originairement a pnvéea» — ee aoftt les notabilités du genre; —
1 d'autres, {)eintes sur bois, sur toile, gravées sur des a plaques métalliques, sont transportées de rue en me; a -^c*estla plèbe, a
Ajoutons que les enseignes étaient indispensables dans un temps oA les rues étaient à peine dénoimnte, où elles prenaient leur nom de la maison la plus apparente, de renseigne la pbis connue et de l'indostrie ^ s'y exerçait plus particulièrement, où les maisons ellesmêmes étaient désignées par leur fonne» par leur #on« leur, â défaut de numérotage, usage assez moderne qui ne date guère que de la lin du siède dernier.
Les ordottianeesde 1867, 4577, 4669, 1673, réglementent la forme et la dimension des enseignes ; les plaintes des voirins, ches lesquels des étrangers frappaient à toute heure de nuit, firent prescrîrei par l'au-
O Histoire de UUe, voL I» page 146.
torité, aux hôteliers, de placer une enseigne aux lieux les plus apparents de leurs auberges Q.
f Le numérotage des maisons fut promptement établi 1 lille, ville renommée surtout par sa bonne administration intérienre.
Un arrêté municipal, que nous regrettons d avoir vu tomber en désuétude, obligeait à la peinture du numéro^ en chiiTres uniformes, sur la partie solide du mur.
Aqjovrd'buiy 4e8cbiffires de fentaisie s*étalent sur des boiseries et vitrines mobiles, et disparaissent avec elles.
Nos vieilles cités abondaient en inscriptions et en images naïves qui reflétaient l'esprit gaulois.
Nous nerappdkrons que pour mémoire les enseignes qiû sont dépourvues d'images explicatives et qui ne motionnent que le nom du marchand et la nature de son commerce, il ne serait pas inutile , cependant , de recommander à l'administration le soin de faire corriger les âmtes d'orth<^phe qui existent sur beaucoup de CCS enseignes.
f Cette orthographe vicieuse^ disais-je qudque part, » en parlant de Lyon Ç*) , accuse rincurie de Fadmij nistration municipale, montre le peu (te cas qu'elle » fait des choses de l'esprit qui ne rapportent rien.
C)Kdtldem7.
D Voyage de Lille à Toulon.
Diyiiizeo by GoOglc
€ Parlez^moi des choses matérielles pour produire à
» la caisse communale!
» Tel maire qui fera avancer ou reculer . une façade,
> suivant un alignement régulier, s'inquiétera fort peu
> de raiiguemeut des lettres d'une iuscription < quel-, » conque, — Defimimis nmcuraf prœtar. La saillie » d'un centimètre , c'est une tapce à percevoir; il n'y a
> rien à toucher pour la malencontreuse addition d'une j» S, ou la non moins fâcheuse omission d ua T; et » pourtant on ne risque que de se- cognei^ le nez à la
)ù saillie matérielle ; il esl plus dangereux de fausser » l'intelligence des enfants par l'orthographe vicieuse » des enseignes qui sont souvent leurs premws4ableaux » de iectua^e.
Nous aurions des choses curieuses à citer sHl entrait
dans notre plan de parler de la plèbe des enseignes, comme dit M. Derode» remplies de calembourgs, de lazzis, decoq-à-l'âne, tels que le Cabaret (un chat coupé diagonalement par une barre Ç) ; VEpicier (un épi ^é);
le Rassuré (un rat sur un E); V Assurance (un A sur une anse) \ le Signe de la Croix (fitt cygne au pied d'une troix) Ç*) -j la Bcme Femme (une femme sans tète) ; le
O Quai de la Basse-Deûie , ^. lO. Pigal a reproduil cell» ' Cûseigae dans une de ses meilleures charges lilloises.
C) Rue de la Grande*Chaus£sée f ancienne maison de la veuve DelesallCi marchande de papiers peinls.
Pa$$e-Partout (un double napoléon) (') , le Ballon (un long bas), chez un boaneUer Ç*) ; le PuUs sans vin (puissant Tin). Cette dernière enseigne, en bois sculpté, est conservé par M. Uurtrel, avoué, propriétaire de Taneien cabaret qu'elle décorait C*).
Il y avaU aussi la Botte pleine de malice, dont tout le monde connaît k composition peu galante (une femme, un siiige et un chat dans une botte).
Quelques-unes de ces enseignes étaient empreintes
d'une philosophie qui if élait guère de circonstance. Je citerai : la Plate Bourse , pendant flasque , à la porta d*un cabaret f***) ; le Mal oei (sic) , se démenant à l'entrée d'un établissement du même genre Ç****) ; la Peine feriue, sous les traits d*un nègre s'épuisant à se blanchir*
Id, au moins, rivrogne peut se dire, à Taide d'une
complaisante équivoque, que perdre sa peine, c*est aussi oublier son chagrin.
D^antres étaient des manifestations politiques.
La Lilloise de la rue de Paris a porté longtemps, à la main, un gros bouquet de Ijs que la Révolution de
(*).RQe de la Monnaie.
(**) Rue de Paris.
(*••) RueSaml-Marlin,N.«t.
Rue de ia Barre» N.o 5*
C***) Ancienne me Française .
iJiyiiizeo
Juillet a subitement laétaaioipkosés eu roses; je n'ai point encore remarqué que la République les eut rea • dues d'un rouge plus vif.
Qui n'a souvenance de la fameuse fleur dely?, en cr, sur un fond d'azur , que feu FonUdnier , le mivmr^ avait arborée à sa boulangerie, près du poids public, avec celte inscription :
A Immortel f plus brillant que jamau!
Beaucoup rappelaient tout bonnement- Tandenne
position du propriétaire.
Avait-il servit il prenait pour enseigne un soldat de son brave régiment. C'était le Dragon du Sixième , le Chasseur de Berry (*) , le Sergent de Poitou Ç*)* Ce dernier, le sabre eu main , s'apprêtait à découper un appétissant jambon.
La guinguette de l'Esplanade , qui a donné son nom à uii pont et à un établissement de bains, le RamponeaUf a emprunté son enseigne à un célèbre cabaretier de Paris, qui a inspiré des poètes et des musiciens, témoin la vieille chanson dont l'abr n'a pas été perdu :
Vive le viô de Ramponeaul Qu'on le boive à la ronde.
Uue de Paris.
' (**) Rue de Roubaix.
Comme les livres dont parle Horace , les enseignes aussi, à ce qu'il paraity Imbml sua /a/a...
Le cabaret du Cavm^iaUy sous le 6rand«Garde, a été longtemps occupé par un honuiie qui y dressait au vol de jeunes enfants.
CerUiiies enseignes étaient en bois sculpté.
Nous avons cité le Puits sans nin; rappelons le vieux soldat en faction à rentrée d'une tente, qui vient de disparaître avec un cabaret de la rue du Gros«Gérard«
n nous reste, en ce genre, le Pont-Rouge^ près de la porte d'ïpresi; la Garde de Dieii , au coin de la rue des Douze-ApAtres ; le Gallion Grande^Flace-Comines ; le Bras-d'Or^ à l'ancienne maison Ravel ; VAnge, sur la Grande-Place ; la MarmUey rue de Ban-de«Wedde.
Nous avons hâte d'arriver aux notabilités du genre : les enseignes sculptées sur les façades des maisons.
M, Victor Derode, qu'il iaut citer toutes les fois qu'on parle de notre histoire locale, n'en indique qu'un nombre assez restreint.
C'est le Saorifice d'Abraham , à Fangle des rues des Prêtres et du Guré-^aint-Etienne ; les trois persomiages
(*) Cette 'enseigne est asses originale; elle représente ife
face un de ces énormes vaissenux (lui rapportaient en Espagne, dans leurs flancs arrondis , les trésors du nouveau monde. L*inscripUoii 9 gravée dans le bols^ est ainsi conçue: O GaUion.
de rigueur, en costume Moyen-Age, sont gravés en relief sur la pierre qui porte la date de 1716.
Ce sont les Qua^eFUsÀ^mmj rue de la'Barre^ K»« 55^ vis-à-vis de Tanden hôtel de la iNobie -Famille«
Les enfants d^Ajfmon sont figurés tons les quatre sur le même cheval , suivant une tradition contraire à leur ' véridique histoire > tirée de la bibliothèque bleue , qui
les munit chacun d'un coursier.
il serait intéressant de rechercher ai cette erreur, aujourd'hui définitivement consacrée, ne provient pas de rinexpérience d'un dessioateor trop naïfi qui, ayant é reproduire, de profil, les quatre frères marchant de irontt aura fondu les quatre chevaux en un sur le premier plan.
C'est le Chevalier-Vertj rue des Suaires, à l'entrée de larue de k Clé. U est représenté en juste-au^orps^ temps de Louis XIV, coiffé d'un feutre, chaussé de bottes & entonnoir ; il tient Tépée hautei son chef al est
au galop.
C*est le Drfigm'V&rtf accroupi près de la rue du Ih^agon, sur la façade d^une maison citée ^ avec cette
enseigne, dans un vieux titre de 1334.
On sait que cet animal fiibidenx, qui ornait le casque
des anciens chevaliers, a laissé au corps des Dragons N nom qu'il porte aiyourd'hui.
C'est, rue du vieux-Marché-aux-Moutoiis, non loin Je la Croix de TAbbiette » le Château de Namur qui lance Im foudres de ses canons.
C'est» dans la rue du Sec-Ârembault » ou Ségard Raimbaut, la Poire ^Or^ fnM merveilleâx qu'une main vandale n est pas encore venue cueillir.
C'est, près de là, le Chef-d'ŒuvreiePark^mgrovi^ ^e personnages entourant une brouette de vinaigrier.
C'est, rue de Paris, N.<> SOI, à la Cataire Or, une ruche brillante, d'un travail assez délicat;
Rue Neuve, N."" 5, la Vdiaire, sous la forme d*an coq triomphant;
Rue des Manndiers, N.<» 4 , deux barques d'or, à l'ancre , devant la maison d'un quincaillier.
Place des Guinguants, ce sont trois mortiers [avec leurs pilons, scdplés sur une pime marquée au millésime de 1722.
C'est sur cette place que le pape , pour rire , des Guingants, donnait son pied à baiser aux ribauds.
Ce souvenir historique tne réconcilie avec la conservation toute nominale d'une place inutile , comprise en réalité dans la rue des Suaires , jusqu'au promontoire formé par la maison aux Trois Mortiers.
C'est, enlin, rue au Péterinck, lePmUDoréf épisode biblique de la Samàritaine.
Là s'arrête la nomenclature de M. Victor Derode ; j'ai voulu , autant que possible , la compléter, et , par on beau jour, je im suis mis bravement en route , cherchant a dénicher les antiquités perchées à plusieurs mètres au-dessus du sol.
La chose n'était pas facile » je vous jure.
H en peut coûter cher de flâner ainsi le nez en l'air , dans notre populeuse et commerçante cité , sillonnée de voitures qui se croisent en tous sens , et oû , d'ailleurs y on est sans pitié pour les hommes chez lesquels la féte seule travaille.
Mais quelle science n'a pas eu ses martyrs y à dater de Pline l'ancien, ce curieux personnage qui voulut voir de trop près F éruption du Vésuve !
Suivez*moi dans mon pélérinage.
Enlevez ce tableau récent de h Brebigette , appendu è la façade du boulanger y à l'angle des rues basse et Esquermoise , vous retrouverez , sculptée sur le mur , l2i petite brebis avec le millésime 1515.
Avez^vous connu ce gros aubergiste, surnommé Y Alouette , qui tenait , il y a trente ou quarante ans , rhôtd Yilleroy ; ce sobriquet ne lui viendrait-il pas de la grosse alouette qui semble gazouiller encore au-dessus de sa porte?
Celte clé énorme , sculptée au premier étage de la maison N.^ 7 , rue des Suaires , n'a-t-elk pas donné son nom à la rue de la Clé , dont cette rue des Suaires n'est que le prolongement vex^s le théâtre?
Remarquez le dessin correct de cette Coupe qui constitue l'enseigne d'un cabaret, Vieux-Marché -aux - Poulets !
Vous parlerai-je des chevaux de toutes couleurs »
Mme , rue du ^ntu\ Jaune , rue Ue la Graude-Chau;»aée ; , rue de Paris?
y énorme Dr agon-dOf\, qui a donoé sou uoiu i une cour, me du Vieux «Faubourg?
De cô buste de femme » iaçou de Je^imie Maiilotte , portant encore des traces de peinture , qui sort de la iaçade N.^ 20 , rue de Paris ?
De ces petits moutons , couchés i droite et à gaucho de Tangle des rues de Tournai et du Vieux-MarchéaiUL-Moutous?
Du Rmer , jadis d*or , qui étale ses fleurs , sans cou* leur et saus parfum , sur la façade de rancieiuie boulangerie d'un des Footainier, Place du Théâtre?
Enfin de la gracieuse mamnceik sculptée sur le mur de M. fiéghin , libraire , me Esquermoisef
N oublions ni les favades N.*** 171, 173 et 185 delà
rue de Paris sur lesquelles nous voyons sculptés un pet 4ê fkmt j un monlm ie èriqum , un §rm poids , ni la maison 23 , rue de la Graude-Uiaussée » qui porte un petit vaisseau « voguant à toutes voiles entre le pre» mier et le demûéme étage , avec cette inscription gravée en crem sur le mur« tAla Nmrin targmi, » Jouisbei! avo( niui de ma découveite. Ou croyait jusqu'ici , et M. Derode développe cette opinion , que le nom àv la rue de la Nef lui provienl de la voùle , en iurme de nef» par laquelle elle débouche sur b Grande* Pince. C'était une erreur que reidèvement d'une boise-
tôt
rie m'a permis de recliiier : elle cachait une véritable mtynavisy avec mât, cabine et gouremail, sculptée daiis la muraille même de la maison , Grande -Place» 25 , qui côtoie la voâie*
Ces deux petits coqs, si animes, qui dresseal leurs aUes frémissantes sur la ftçade 1 , de la me du Vieux-Marché-aux -Moutons , n'iijdiqueiU-ils pas une dépendance du fief des Coquelets , cédé au Hagistrat de LiUe en 1609?
A quoi la rue Sainte-Anne a-t-elle emprunté soa nom , si ce n'est à cette antique sculpture qui nous montre , au M."" le Christ eniani entre deux saintes fenunes?
Que dites-vous de ce saint évéque qui , à i'angle de la rue Saînt-Nicaise, à laquelle il a doimé sou nom, et de la rue de Paris, a pour luclie la volute d'un chapiteau corinthien ? La statuette vous parait l»en petite ^ n'est-ce pas ? regardez de plus près , yous verrez que le saint martyr de Rheims y comme Saint-Denis^ porte naïvement , non sur les épaules , mais sur les mains sa téie encore coiffée de la mitre épiscopaie.
Ai*j^ décrit tout ce que Lille renfennail encore d'i^ mages de ce genre? Je n'en sais rien; je ne le crois pas. A d'autres le soin de terminer l'œuvre commencée par M. Derode et que j'ai entrepris de continuer!
L'essentiel , c'était d'appeler promptement le dessia en aide à la plume.
tôt
Gel appel • été entendo ; un artiste distingué a pensé que ce n'était point dérogei* à la majesté de Tart que de le iiûre serfir à relever ces apparaiiss bagateUes.
Dans la auit du passé , dans le lobvi iuihe de rhi&loire , il a'est point de faienr si faible , il n'eat point de fil si ténu qui ne puisse éclaiicr uu ^luder sûrement la marcbe de robsenrateur.
FJW.