DIVERTISSEMENTS
Chant. — MM. Vernouillet, Fontaine, Mlle Jacob, du Conservatoire national de Musique.
Danse. — MM. Mariijs, François, Perrot, E. Berge,
du Théâtre national de l'Opéra.
Les divertissements de danse ont été réglés
par Mlle Laure Fonta, de l'Opéra.
A la suite de i rep ition, M. Auguste Yilu éer
un remarquable article qu'il a bien voulu qous autoris produire ici :
« Parmi les grands ouvrages d Molière, je n'en connais qui soienl restés si vrais, si vivants, si actu Le Bo
geois gentilhomme.
« Connais-toi toi-même '. ■ oscrai-je diri de mes c
temporains qui voyagent à travers la vie à peu près comme Anglais qui lisent en chemin do fer le handbook et ne reg déni pas le paysage. Commenl ! on osera dire que le cas M. Jourdain est une maladie disparu':, et qu'il n'y a plus bourgeois-gentilhomme dans noir.' société démocratique où ti le.-; hommes sont égaux ! Mais regardez donc autour de voi A aucune époque la superstition des titres, la soif des distii lions, l'amour des hochets et du panache n'ont régné plus di potiquemenl sur les hommes. La noblesse n'est plus rien d; l'Etat ; elle tient une place d'autant plus grande dans les mœu Le marchand d'aujourd'hui, comme au temps de Molière, méfli envers les pauvres et les humbles, livre sa boutique au j.ill; des escrocs qui s'affublent d'un titre sonore ; M. Diniam s'incline plus bas que jamais devant don Juan, qui, de s côté, ne s'abaisse plus à lui demander des nouvelles de s petit dernier ni du petit chien Brisquet.
« — Mon gentilhomme, donnez, s'il vous plaît aux garce » quelque chose pour boire ! — Tenez, voilà pour mon gen » homme. — Monseigneur, nous vous sommes bien obligés. » Tenez, voilà ce que Monseigneur vous donne. — Monscigne « nous allons boire tous à la santé de Votre Grandeur. » Tenez, voilà pour ma Grandeur. S'il étoit allé jusqu'à 1* » tesse, il auroil eu toute la bourse. » De bonne foi, croyc vous qu'il faille remonter jusqu'à Molière pour entendre dialogue? Mais non, vous l'avez mille fois surpris à l'enti des restaurants et des spectacles, et vous avez vu plus d' cuistre se rengorger en s'entendant appeler mon ambassade! par un ramasseur de bouts de cigares.
Le ridicule du bourgeois qui veut trancher du gentilhomi est plus répandu que jamais ; la Révolution française l'a vj garisé, bien loin de le faire disparaître. Comme la qualité gentilhomme ne se prouve plus, comme il n'existe plus de charg de magistrature ni de finance par lesquelles la noblesse s'a
ière, comme les terres ne sonl. plus seigneuriales et ne coneiit plus de titres à ceux qui les achètent, l'entrée de la no- :ssc, si largement ouverte à la bourgeoisie d'autrefois, lui est mée depuis 1789; aussi se dispute-t-elle avec une ardeur féile les litres et les cordons, du moins ceux qui se peuvent corc acheter.
> Si j'entreprenais de raconter ici tout ce que j'ai vu dé- »yer de volonté, d'imagination, de persévérance, ce que j'ai de trucs et de tours à la Mascarille exe;cutés par quclques- 3 de mes contemporains les mieux posés, je remplirais pluurs numéros du journal où j'écris. Ils en ont tant l'ait que chancelleries étrangères sonl devenues prudentes. Mais on peut ni tout prévoir ni tout refuser.
Et le curieux, c'est que la manie de M. Jourdain descend ; sommets de la haute bourgeoisie et s'infiltre dans les cou- !S modestes de l'industrie et du négoce. J'ai connu un trèsable officier ministériel, né do tabellions et tabellion luime, qui est mort dans la peau d'un marquis des croisades, sais un ancien dentiste qui est duc. Notez qu'on ne oont pas de duc qui se soit fait dentiste : c'est trop difficile.
N'était-ce pas encore un bourgeois gentilhomme que ce ?chand de cravates qui a mal fini, et qui, baronnifié sous lis-Philippe par de hautes influences, dont la moindre n'était celle d'une spirituelle personne dont Paris galant a pleuré 3mment la perte, aimait à discuter, devant les gentilhommes enus ses pairs, sur le parti qu'il aurait pris pour ou contre îigralion, s'il avait vécu du temps de la Révolution fran- ;e ? Aurait-il émigré comme les Polignac ? C'est une ques- 1 qu'il agitait sans la pouvoir résoudre. Il a eu le temps réfléchir en faisant tourner le tread mill. La chasse aux commanderies, aux canonicats, aux ordres astiques de la maison d'Esté et des Quatre Empereurs, aux aités chimériques, telles que membre de l'Institut de France l'Algérie, est si courue et si fructueuse qu'elle fait vivre un tain nombre de maisons de confiance, qui trouvent dans ce imeree l'honneur non moins que le profit. N'est-ce donc pas hier qu'un ex-marchand de cirage, qui ait déclaré proprio molli délégué-général du président irponsablo et intangible d'une république qui reste à décou- •, exécuta, en faveur d'un banquier de second ordre, une ce-