‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 13 sur 186 · I.VI1I · texte numérisé non relu

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rémonie d'investilure non moins solennelle et non moini audacieuse peut-être que la mamamouchiGcation de M. Jour dain, cérémonie qui se termina par l'élévation de tous les asgfl tants au grade de commandeui d'un ordre transatlantique! « Voila pour la fausse gentilhommerie.

« Mais les mœurs? » Comment nous reconnaître à travers le bizarres personnages dont Molière entoure son grolesqu héros ? — Vraiment! les mœurs! Elles ont changé tant qii cela ? Il n'y a donc plus de quinquagénaire vieilli derrière 1 c nnptoir à qui la fantaisie vienne , en son • : L 0- de la Saint Martin, de goûter les plaisirs défendus'/ Il n'y a donc plus d gentilhomme libertin qui se fasse un plaisir de présenter l'en richi ou le parvenu d'hier à quelque femme aimable qui n'e est pas moins du monde, et qui entretienne sa maîtresse ave les écus de sa dupe? Tous les comtes Dorante sont don morts, et toutes les marquises Dorimène aussi? Ce n'est pa ce que dit la chronique, si j'en crois certaine aventure qui dat d'hier, dans laquelle Dorimène aurait souffleté Jourdain e présence de Dorante, qui avait commandé le souper en cabini particulier.

» Et cet entourage de complaisants et de pique-assiette] philosophant, chantant ou dansant, ambubajarum collegii pharmacopolae, mendici, mimae, balatroncs, vous imaginez vous que les Jourdains et les Jourdaines de notre âge n'i soient pas dévorés, comme leurs aïeux et aïeules? Allez-y voii je vous donnerai des adresses. — Ici. vous m'arrêtez d'un a triomphant : « Il n'y a plus de théorbes, ni de théorbistes. C'est vrai : la chanteuse en tient lieu chez les uns, la maîtres! de piano ou le ténor chez les autres, sans compter le régisse! de petit théâtre et ses aides, chargés de la surintendance di spectacles de société.

« — Vous me concéderez au moins que le maître de philosopjj ne peut plus se rencontrer; l'espèce en est perdue, si jamais el exista; pure caricature !» — Ne vous avancez pas. Je vous assur moi, que la science des o, des u et des i, était encore profesfl en 1872, sans changement notable, devant les élèves de lEco polytechnique, par un philologue patenté.

» Les costumes différent, j'y souscris; la différence est év dente : sous Louis XIV, les hommes se coiffaient d'une perr que; ce sont vos femmes qui portent perruque aujourd'hui.

« — Mais, enfin, vous m'abandonnerez les tailleurs dansants, qui I» rentrent dans la farce pure, et qui sont dignes des tréteaux de j» la foire, plutôt que du noble proscenium de la Comédie-Fran- » çaise.» — C'est précisément là que je vous attendais, pour vous prendre en flagrant délit de préjugés, et pour vous contraindre à reconnaître l'étonnante actualité du Bourgeois gentilhomme- 'Eh! quoi! il vous fâche que le tailleur de M. Jourdain amène ses gens pour babiller son client en cadence, et pour lui passer le bel habit de la manière qu'ils onl coutume de faire aux personnes de qualité?

« En vérité vous me confondez, et je ne croyais pas qu'on pût ignorer à ce point les usages et les modes de son temps. Sais, consultez, je vous prie, la première DorimèDe venue; elle vous dira que les choses ne se passent pas autrement pour les femmes de nos jours qu'elles ne se passaient pour les hommes en 1G70 ; et que tel grand couturier, lorsqu'il daigne essayer lui-même, fait jouer par son pianiste à l'année un morceau qui correspond au sentiment de sa composition couturière, pendant que la cliente se promène en cadence sous son œil inspiré...

» D'où je conclus que, puisqu'il n'y a contre Le Bourgeois gentilhomme d'autre reproche que de manquer d'actualité, il faut s'en tenir au jugement du grand Roi et répéter à travers les siècles ces paroles définitives : « Molière, votre pièce est excellente! »

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