TITRE DE L'OUVRAGE
Bourgeois. — L'Académie définit «Bourgeois, citoyen d'une ville », comprenant dans sa définition les artisans, les nobles, et aussi les propriétaires, les rentiers, les négociants, les fonctionnaires, les hommes adonnés aux professions libérales : ce sont plutôt ces derniers qui forment aujourd'hui ce qu'on appelle, dans une ville, la bourgeoisie, pour les distinguer des ouvriers, des petits marchands et rie la noblesse. La définition de l'Académie, reproduite depuis la lre éd. jusqu'à nos jours, n'est donc pas absolument conforme au sens actuel le plus général.
Cependant l'Académie, dans sa dernière édition, constate que « bourgeois » se dit aussi par opposition à noble ou à militaire : « il n'est pas gentilhomme; mais c'est un honnête bourgeois ». — La première éd., 1694, avait fait une distinction analogue; mais l'exemple cité trahit la différence des deux sociétés, à deux siècles de distance : « Bourgeois, une personne du tiers-état. Les Bourgeois ont leurs privilèges, aussi bien que les Ecclésiastiques et la Noblesse. » — L'édition de 1718 supprime cette acception et cet exemple; mais on y trouve déjà: « Bourgeois, se dit aussi
pour roturier, 01 par opposition à gentilhomme : il n'eal pas gentilhomme, mais c'est un bonneste bourgeois. »
On entend par bourgeois de Paris, dit Brillon, ceux qui jraonl demeuranSfOU qui y ont demeuré paranetjour. — Leurs prn b<>nt considérables, dit Rob. de Hesselîn : ils peuvent posséder des liefs -ans payer le droil de francs-fiefs; ils sont exempts du ban et de l'arrière-ban; ils ont droit de vendre eux-mêmes le vin de leur cru ; ils ont la garde bourgeoise de leurs enfants; ils ne peuvent être contraints de plaider hors de leur ville ; ils peuvent faire valoir eux-mêmes les terres qui leur appartiennent dans l'élection de Paris, sans être assujettis à la taille ; ils peuvent faire saisir, sans titre, et arrêter les biens et effets, trouvés à Paris, de leur- débiteurs forains; etc.
Le privilège de scolarité entraînait le droil de bourgeoisie, el ce droit était si important que les gentilshommes le réclamaient au besoin, comme le prouve le cas de la marquise d'Isle, cité par Brillon, Dict. des arrêts l~-l. I. 966*. — De La Roque, dans son Traité de la Noblesse, a écrit tout un chapitre pour prouver que les gentil-hommes, dans une ville, y sont bourgeois.
Gentilhomme. — Tout gentilhomme est noble, mais toul noble n'est pas gentilhomme.
Il y a trois sortes de noblesse: noblesse de race, — delellres. — d'offices. Les nobles de race, c'est-à-dire pouvant mettre dans leurs armes les seize quartiers qui prouvaient la noblesse de quatre races ou générations paternelles et maternelles, sont seuls appelés gentilshommes ; les nobles de lettres doivent leurs privilèges à des lettres d'anoblissement que le Roi seul peut conférer, soit à eux personnellement, soit à eux et à leurs descendants, tantôt pour services rendus, tantôt à prix d'argent : enfin certains offices confèrent la noblesse : par exemple, tous les officiers du Roi, les valets de chambre (comme Molière, sont nobles et peuvent même prendre le titre d'écuyer ou de chevalier ; d'autres officiers ne sont nobles qu'après avoir tenu leur emploi pendant vingt ans. Cette noblesse due aux offices était tantôt propre à l'officier seul et à sa veuve, tantôt transmissible à ses descendants.
Tous les nobles avaient les mûmes privilèges utiles, mais non les mêmes honneurs : ainsi les gentilshommes seuls pouvaient être chevaliers des ordres du Roi.
La noblesse conférant l'exemption des tailles, on peut considérer l'achat de la noblesse comme le versement d'un capital dont on n'avait plus à payer le revenu. De même la noblesse conférée après vingt années d'exercice d'une charge correspond assez bien à notre décoration de la légion d'honneur, donnée aux fonctionnaires civils après vingt ans de services, a moins de circonstances exceptionnelles, et apportant aux militaires une pension équivalente à une exemption de tailles et autres redevances.
Molière était noble comme officier du Roi, mais il ne se prétendait pas gentilhomme. M. Jourdain, au contraire, voulait prendre rang parmi les gentilshommes.
Comédie-ballet. — Par ce titre, Molière n'entend pas une comédie qui serait un ballet ou un ballet qui serait une comédie, mais une comédie servant de prétexte a un ballet.
Les ballets, selon le R. P. Menestrier, qui a composé un traité « des ballets anciens et modernes selon les règles du théâtre •> — Paris, 1682, — sont des comédies muettes, c'est-à-dire des œuvres dramatiques, comiques ou tragiques, où des danses figurées expriment diverses choses. Ils doivent être divisés par actes cl par scènes, comme les autres pièces de théâtre; les « Récits » séparent les actes, et les « Entrées » des danseurs sont autant de scènes.
Selon le savant jésuite, «les ballets entrent généralement dans toutes les représentations : la Tragédie et la Comédie en ont composé leurs chœurs et leurs intermèdes ; les actions en musique les reçoivent dans leurs prologues et les entremêlent à leurs récits. Ils font une partie des Carrousels; et il n'est pas jusqu'aux cérémonies les plus saintes qui ne les admettent, en Espagne et en Portugal, dans les Eglises et aux processions les plus sérieuses et les plus graves.
« L'office divin, ajoute le R. P. Menestrier, éloit composé de
psa i i et de cantiq i oit, fol
i hantoit, el l'on dahsoil les Dieu. i i g
rendoil a Dieu ces actes il': religion en eul le nom de <.'li>-ui a ces parti s de la Ti le la Cou on joij
gnoil la danse .ni chant pour mi faii i des intermi les. »
Apres avoir servi aux manifestations ■■ li i us -. comme d témoigne le P. Meneslrier, qui fail un mélange assez profan de la ( lomédie, de la Ti*agédie el de la I leligion, ! renl leur emploi dans des manifestations puremenl politiques « Nous en faisons des réjouissances publiqm :--ore 1
I!. P., el souvent, sous des allégories ingénieuses, sente les événements qui fonl le bonheur de l'ijat. pour e: fairi goûter aux peuples toutes les douceurs sous les appas di plaisir et du divertissement, qui les leur rendenl plus sensi blés. »
Qui s'attendrait à voir tant de choses dans un ballet, et sur toul à voir qu'un ballet, dansé par le Roi, à Paris, doit êtr une réjouissance pour toute la nation? C'est vraimenl un docu ment pour l'histoire que la page suivante, empruntée à l'.Vr/ qui précède le Ballet de la Prospérité des armes de France dansé, non pas par le Roi Louis XIV peu de temps apri - s majorité, comme le dit le P. 'Meneslrier, mais au Palais Cardin; en 1641 :
« Après avoir receu celle année (1641) tant de victoires d: Ciel, ce n'eSI pas assez de l'avoir remercie dans les temples, i faut encore (pie le ressentiment de nos cœurs éclate par de réjouissances publiques. C'est ainsi que l'on célèbre les grande festes : une partie du jour s'emploie à louer Dieu, et l'autre au: passe-temps honnesles. Cet hiver doit estre comme une longu feste, après de longs travaux. Xon-seulement le Roy LouisXIIl et son grand ministre (Richelieu), qui ont tant veillé et travaill pour l'agrandissement de l'Etat, et tous ces vaillants guerrier qui ont si valeureusement exécuté ses nobles desseins, doives prendre du repos et du divertissement ; mais encore tout 1 peuple doit se réjouir. »
Si us Louis XIV, les ballets de la cour, où il dansa lui-même
rent un éclat extraordinaire, et Qrent la gloire de Bensserade, i composa les principaux. Le succès de ces ballets donna de'e de les transporter au théâtre, et voilà comment nous en iiavons dans plusieurs comédies de Molière, où ils furent incorrés de manière à faire en quelque sorte partie de l'action.
Chambord. — Ce château célèbre, situé dans le Blésois (déparnent de Loir-et-Cher) fut commencé par François Ior, et presque iiev ; par Henri II ; Bruzen de la Martinière constate qu'il Hait pas terminé en 1740. Lorsque le Roi allait dans un de 3 châteaux, Versailles, Saint-Germain, Fontainebleau, Chamrd, il y appelait souvent la troupe de Molière, obligé alors nterrompre ses représentations à Paris. C'est à Chambord que t représenté aussi pour la première fois, en septembre 1669", de Pourceaugnac, comédie-ballet, comme Le Bourgeois Gen- ' homme.
Divertissement dn Roy. — Le Divertissement du Roi, c'est un rvice public: s'il se réjouit, la France est en joie. Le plaisir ml nécessaire à sa santé, qui est nécessaire à la nation, entre ns les prévisions de sa vie comme la Guerre ou les Conseils. )y. ci-dessus, p. 194, l'extrait de l'Avis qui précède le Ballet la Prospérité des armes de France.
Où l'on voit mieux encore ce qu'était le « Divertissement du )y », c'est dans les édits et ordonnances concernant la chasse. nsi, par une ordonnance du 7 décembre 1GG0, « Sa Majesté, isirant continuer le divertissement qu'elle prend à la chasse, pourtour de sa bonne ville de Paris, ayant reconnu l'empestement notable qu'apportent à ses Plaisirs les échalas qui sont ms les vignes, elle fait défense aux propriétaires de laisser cun échalas dans lesdites vignes. » — Ainsi, une autre ordon- :ince, du 9 août 16G6, « fait inhibitions et défenses à tous les opriélaires des terres situées dans lesdites plaines de l'étendue ; six lieues de ladite Varenne du Louvre, de bastir maisons ny re de fossez autour de leurs héritages, qui puissent empester le plaisir de la chasse de Sa Majesté » : suit l'ordre de imbler les fossés déjà faits, « ensemble les trous et fenles des
carrières sur lesquelles il n'y aura roues ni engins à Iravai pour éviter Les inconvénients qui pourroienl arrivera Si Majesté ou à ceux de sa Buite chassant dans lesdi tes plaines (Nouveau Traité du droit de chasse, PariSj Quinet, 1681.)
Se vend pour Vautheur. — Aujourd'hui, tout cequi n'est défendu par la loi est permis ; autrefois, tout ce qui n'était expressément autorisé était défendu. Nul ne pouvait doue primei ou faire imprimer sans l'autorisation que lui en confi un privilège exclusif. Ce privilège était accordé tantôt àl'aut tantôt a un libraire à qui il avait cédé ses droits, tantôt a personnage que le Roi voulait favoriser en lui assurant revenu certain sur une vente en quelque sorte forcée : tel le de Roannez, comte de La Feuillade, à qui le Roi avait acci un privilège de cinquante ans pour l'impression des « Form d'actes et de procédure pour l'exécution des ordonnances. des mois d'août 1667 et 1610 ».
Pour plusieurs de ses comédies, Molière abandonne son vilège a ,1. Ribou, devenu son libraire habituel, depuis querelle avec lui à propos des Précieuses ridicules; j les quatre dernières oeuvres imprimées de son vivant, Bourgeois Gentilhomme, Psyché, Les Fourberies de Scapi Les Femmes Savantes. Le litre porte la mention suivante : i se vend pour l'autheur, à Paris, chez 1'. Le Monoier >;, (Femmes Savantes) « se vend pour l'autheur, a Paris, au P£ et chez P. Promé ». — C'est que, au moment où parurent dernières pièces, Molière avait obtenu un privilège tellen contraire aux intérêts des libraires qu'il n'avait pu décider syndic à les inscrire sur le registre de la communauté, et c se l'était aliénée. L'histoire de ce privilège, qui témoigne d faveur du Roi, mais qui, en même temps, méconnaît de la fa la plus scandaleusement arbitraire, des droits acquis, a été éc par nous dans Le Moliériste, t. III, pp. 172-18o.