LISTE DES PERSONNAGES
M. Jourdain. — Selon M. Lorédan Larehey, <> ce nom é donné jadis à ceux qu'on baptisait avec l'eau sainte du Jourd:
rapportée exprès de Palestine. C'était un nom nécessairement réservé à l'aristocratie. » Le munie auteur voit aussi dans Jourdain une forme de Gourdin, dérivé de l'adj. gourd, gourde,
i lourd, engourdi. (Dict. hist. des noms.)
Dans le Journal des audiences du Parlement, éd. 1757, t. I, p. 311, il est question d'un « Claude Jourdain ».
On remarquera, dans la liste des personnages, des noms delà vie réelle, comme Jourdain, mêlés à des noms de convention,
; comme Dorante. — Voy. à ce sujet, notre éd. des Précieuses ridicules, pp. 80-82.
Goviclle. — Dans l'ancienne Comédie Italienne, Covielle compte parmi les Zanni, valets fourbes et rusés ou dupes et imbéciles, comme Brighclle, Arlequin, Scapin, Mezzetin, Pierrot. Dans le théâtre plus moderne, recueilli par Gherardi, son nom ne paraît pas une seule fois parmi les personnages. Le prologue des Originaux, pièce de M. D. L. M... jouée en 1693, se borne à vanter « l'habileté du seigneur Cinthio, le tendre du seigneur Octave, le bouffon de Mezzetin, l'agilcté de Pasquariel, le naïf de Pierre! , les bons mots et la souplesse d'esprit d'Arlequin, la mémoire de Coloinbine et l'agrément de Marinetle». - — [Théât. Ital. de Gherardi, éd. 1717, t. IV, p. 313.)
Covielle est un type, « un masque », disent les Italiens, originaire des Abruzzes, comme Stcntcrello de Florence, Meneghino Pecena de Milan, Arlequin de Bergame , Dottor Balanzouc el mrighella de Bologne, Pulcinclla de Naples, Gianduja de Turin, Pantalon dei Bisognosi de Venise, etc. Comme on l'a justement remarqué, tous ces personnages de convention, portant toujours le même costume, n'avaient pas de frais d'habits à faire, et c'était là une considération de premier ordre dans leurs théâtres, où le bas prix des places ne leur assurait que.de très modestes bénéfices.
Salvator Rosa, nous écrit un savant correspondant d'Italie, a représenté un type du Covielle, qu'il modifia ensuite en faisant son Formica.
Le conte d'Hoffmann, intitulé Salvator Rosa, contient d'intéressants détails sur ce personnage et ses transformations.
Covielle est rusé, agile, dégagé el vaniteux; il conseï
de son pays; il a la veste el le pantalon de velours noir
broderies d'argent; il porte un masque avec les joue
le fi'oni el le nez noir; e'est un spadassin et un sol qui fait I
bravache, le! que le Thrason de Térence. — <
leur, répétant les pari que Molière l'a inlrodu
dans Le />' mrgcois gentilhomme.
Covielle esl passé de mode en Italie au roui' i de i
-i i le, continue notre correspondanl ; il paraissail â peine dai les marionnettes, avec un costume entièrenv ni changé, di 9 plume de grosses moustaches : tenant plus ducapitanqui de loutauti personnage. — Covielle a donné naissance à d'autres masqu - Fritellino, Tabarin, Burattino, Cavicchio et Ficchetlo.
Maistre demusigue. — Le maître de musiquea plusieurs emplo chez M. Jourdain: il compose ou fait composer pour lui des air une sérénade, par un de ses écoliers; il lui enseigne la musiqi
comme aux gens de qualilé; il organisera scsconcerls dechaqi semaine, en recrutera les musiciens, les dirigera, etc.
Lapluparl des musiciens de la Chambre ou de la],ChapeIIe ( Roi étaient, en même temps, maîtres de musique : la musiqi de la Chambre était conduite en 1G70 par Eoëssel et La sous la surintendance de Lulli; celle de la Chapelle, parBum et Robert ; Gobert, ancien maître de musique, avait le titre 1 compositeur.
Le Roi avait encore en 1G70 pour maître ou professeur ( luth, le sr Florent Indret, aux gages de 300 livres ; il avait « pour maître de guitare d'abord le s1' Bernard Jourdan [165t puis le s1' de la Salle, aux gages de 1,200 livrés. — Yov. note suiv,
Maistre à dancer. — Le maître à danser du Roi était s' Henri Prévost, aux gages de 2,000 liv., mais on voit que si certains actes, cités par M. Jal, d'autres maîtres, comme 1< s" Ch. de la Motte el Henri Mahieux, prenaient le même titr< — Dans Arlequin misanthrope, 169Ô, M. de Colafon, maître danser, nous fait connaître deux sortes de danses : « Mon fo
st dans la clause haute, dit-il; je n'ai pas la patience de monrer la danse basse.» (Acte II, s.-, vin.)- «La danse haute, ou lansc par haut, nous dit Furetière, est celle des baladins, qui tant des cabrioles et des gambades; la danse basse, ou danse )ar bas, est celle qui se fait modestement et terre à terre, comme iellc des honnêtes gens. »
Nous apprenons par le Diction, de Jal que la maîtrise dos Aîtres à danser leur coulait 450 liv. et leur brevet 40 liv.
Maîtres de musique et maîtres à danser avaient fort mauvaise eputalion. Dans Arlequin, homme à bonne fortune, de Rcgnard, 1690, la seconde des conditions imposée par Arlequin à la femme qu'il doit épouser est celle-ci :
Secundo. Dan? ma maison il n'entrera,
De peur de maligne pratique,
Aucun lévrier d'opéra, Symphoniste, chanteur, ou suppôt de musique.
Item, point de maître à danser.
Ce sont courtiers d'amour dont il faut se passer...
— Cf. Sorel, Francion, 1641, pp. 355-356.
En mars 1661, par lettres patentes enregistrées le 30 mars, fut •tablC une académie de danse, composée de treize membres. On it dans les considérants : « Bien que l'art de la danse ait toujours été reconnu comme un des plus honnestes el des plus nécessaires à former le corps et lui donner les première-; et les plus naturelles dispositions à toutes sortes d'exercices, et entre autres à ceux des armes, el, par conséquent, l'un des plus util- à notre noblesse et autres-, qui ont l'honneur de nous approcher, non seulement en temps de guerre dans nos armées, mais encore en temps de paix dans les divertissements de nos ballets... Beaucoup d'ignorans ont tasché de défigurer la danse et de la corrompre en la personne de la plus grande partie des gens de qualité : ce qui fait que nous en voyons peu dans notre Cour et suite capables d'entrer clans nos Ballets, quelque dessein que nous eussions de les y appeler. A quoy estant nécessaira de pourvoir., ., nous avons jugé à propos d'établir dans nostre
bonne ville de Paris, une Académie Royale de danse, compc de treize des plus expérimentés dudit art, savoir : MM. Ga du Désert, maître à danser de la Hein».'; — Prévost, maîti danser du Roy; — Jean Renaud, maître à danser de Monsie — Guillaume Raynal, maître à danser du Dauphin qui ne de naître que sept mois plus lard, le L" nov. 1661}; — Nicolas Lorges; -- Guillaume Renaud; — Jean Picquet, — Floi Galanl du Désert; — Jean de Grigny... »
Ces académistes devaient se réunir une fois le mois dans 1 salle du Louvre; mais ils préféraient le cabaret de L'Epêe bois, où l'on ne voit pas qu'il ait été tenu registre de le séances. Le samedi de chaque semaine, deux d'entre eux d( naient une leçon de danse, publique et gratuite.
L'Académie de musique fut la première de nos académi Elle fut établie par J.-A. de Baïf et Joacliim Thibaud de Courvi par lettres patentes de Charles IX, de nov. 1Ô70, enregistrées Parlement le 4 déc. 1570. Elle survécut peu à ses « entrep neurs». L'n siècle après, par lettres de mars 0372. enregistn le 27 juin suivant, il fut permis à J.-B. Lulii, surintendant compositeur de la musique de la Chambre de S. M., d'établi Paris une Académie royale de musique, composée de tel nom! et qualité des personnes qu'il aviserait et que le Roi choisir et arrêterait sur son rapport. Par ces mêmes lettres, les genli hommes et demoiselles pouvaient chanter aux pièces et repi sentalions de ladite Académie royale, sans que, pour ce, fussent censés dérogera leurs titres de noblesse, ni à leurs p vilèges, charges, droits et immunités. — L'Académie royale musique n'était autre que l'Opéra, qui, dans ses affiches, pre encore son ancien titre.
Maistre d'armes. — Le nombre des maîtres d'armes, fixé an rieurement à vingt-cinq, avait été réduit, a vingt par lellr patentes de mai 1656, enregistrées seulement le o sept. 16V>i. I1 ces lettres, le Roi veut et ordonne que dorénavant ceux qui sero reçus maîtres en fait d'armes ayent lettres de son procureur < Roi au Chatelet, dans lesquelles mention sera faite du mérite i la profession; les maîtres se rendront devant Sa Majesté po
aire nomination entre eux jusqu'au nombre de six, auxquels lie accordera lettres de noblesse, à eux et à leurs descendants, pour porter à l'avenir le litre de Noble après vingt années de service actuel en la ville de Paris, à compter du jour de leurs réceptions : à la mort de l'un des six maîtres pourvus de la noblesse, le plus ancien maître, ayant au moins vingt années d'exercice, recevrait le même privilège. — Nul ne pouvait être maître à Paris ou dans le royaume, sans avoir servi pendant quatre ans au moins comme prévôt sous les maîtres de Paris.
Parmi les alliés de la femme de Molière, on trouve « ce fameux maître d'escrime et infâme gladiateur Papillon, qui ne fut point pendu ni roué, mais qui mérita mille fois de l'être ». Papillon était frère de Jeanne Papillon, qui épousa Aubry le paveur, et lui donna trois enfants, trois fils : Aubry des Carrières, qui épousa une Béjart, sœur de Mlle Molière; Nicolas Aubry, « un débauché, un prodigue, un cruel d'inclination, un bretteur, un brigand, un assassin de profession », enfin Sébastien, dit le petit Aubry, lieutenant de M. de Grandmaison, lieutenant criminel de robe courte, celui-là même qui révéla à Lulli le projet de l'empoisonner conçu par Guichard. C'est dans le mémoire écrit par Guichard pour sa défense, que nous apprenons ces détails. — Voy. notre édit. du libelle intitulé : Les Intrigues de Molière et celles de sa femme. — 1 vol. in-8°, Paris, Liseux, pp. 229-244. Le « maistre pour enseigner à tirer les armes à S. M.» était le Sr Vincent de St-Ange, aux gages de 2,000 liv.
Maistre de philosophie. — Le maître ou professeur de philosophie avait à enseigner la logique, la morale, la métaphysique et enfin la physique, c'est-à-dire la science des causes naturelles devant rendre compte de tous les phénomènes du Ciel et de la Terre, et comprenant, à ce titre, l'analomie, l'astronomie etc. — Voy. la Se, IV de l'acte II. — Les questions de grammaire n'étaient point de sa compétence : s'il les traite, — et il en traitera,— ce sera au point de vue purement physiologique de la formation des sons.
Maistre tailleur. — Le maître tailleur était le tailleur qui avait
obtenu, après apprentissage fail et chcf-dVuvrc produit, ses lettres de maîtrise.
Quand on lui parlait, on l'appelait, comme tous les arti en lui donnanl le litre du maftre devant son nom de bap
i ré alors comme « nom propre » : Maître Pierre; M contraire, si l'on parlait ;i un avocal ou un procureur, on fail Bail suivre îe titre de maître, de son nom de famille, considéra alors comme «■ surnom»: Maître Furetière; maftre CharlëM Sorel. — C'esl par ironie cpie M. Jourdain dit, II, v, p. :,\ : « Ah, oh ! Monsieur le tailleur ! »
On voit, par la se. v du deuxième acte, que le maître tailleuj de M. Jourdain lui fournit toutes les parties du vêtement, de l'habit, comme il dit, depuis les bas de soie jusqu'aux plumai du chapeau, en passant par le haut-de-chausse et le pourpoint. On en peul conclure que M. Jourdain s'était adressé à l'un des vingt-six tailleurs d'habits, chaassetiers-pourpointiers, priviléj giés suivant la Cour. Car ceux-là seuls avaient le droit de réunir les deux métiers de tailleurs-pourpointiers et de tailleurs! chaussetiers, à la grande jalousie des drapiers-chaussetiers. A celle époque où la division était tranchée entre les diverse! corporations, les syndics et jurés des Communautés veillaient avec le plus grand éoin, par des visites fréquentes, à ce qu'aucun corps d'elat n'empiétât, » n'entreprit », comme on disait alors, sur le monopole d'un autre. — Voir à ce sujet dans le Dict. des Arrêts, de Brillon, v Tailleurs, p. 495, lr" col. un arrêt du Grand Conseil, 12 septembre 1659.
La scène est à Paris. — Nous savons en outre que la scène était dans la maison de M. Jourdain. Le théâtre, d'après le « Méî moire îles Décorations », représentait une « chambre », non une chambre à coucher, comme le mot l'indiquerait aujourd'hui, où nous distinguons les chambres des salles, salons, salles à manger, mais une pièce quelconque : c'est là que l'écolier du m.-utre de musique trouvera une table pour écrire la sérénade commandée par M. Jourdain; là que sera donné le festin servi par les cuisiniers dansants.