Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps
Mol. Misanthr
— « Vous donnez furieusement dans le marquis. »
Mol. L'Av.
Donner, donner dans, sont des termes de guerre et de chasse: « la cavalerie a donné » équivaut à « s'est élancée, a attaqué », et ce sens est dans la langue de toute antiquité ; on le trouve, notamment, en 1539, dans le Dict. fr. lat. de Rob. E^stienne. On a dit de même : « Le lièvre a donné dans le panneau. »
— « La flotte a donne tout droit dans l'embuscade. »
Rac. Lettr. (Coll. des Gr. Écr. VII, 183.)
— « Ce bonheur me parut donner tout droit dans le 13 d'un troumadame. »
Le.viq. de Mma de Sévign é.
On voit par quelles transitions successives donner dans a pu être employé dans un sens figuré.
— « Marier, se marier : donner dans l'amour permis. »
Somaize. Dict. des Précieuses, t. I, p. n, de notre édit. {Bibl. elzév.)
— « De dire donner là-dedans , pour signifier qu'on se range à quelque • avis, c'est en parler comme si on disoit : donner dans quelque barricade, au lieu que cela peut se faire paisiblement et sans violence. Il y a pourtant des occasions où cela est dit fort proprement, à cause de l'impétuosité qu'on témoigne. »
Sorel. Conn. des liv. 1671; chap. du nouv. langage fr.
La même année 1671, le P. Bouhours, dans ses Entretiens d'Ariste et d'Eugène, signalait l'emploi nouveau de donner dans :
« Donner, dit-il, se dit depuis quelque temps en plusieurs façons élégantes, comme : « donner dans le sens quelqu'un, donner dans le galimathias. »
Dresser, redresser:
— « Dressez vostre corps. »
Bourg, gent p, 21.
Drôlerie
Me ferez-voua voir vostre pei petite di ''■
De môme :
— « Je « i ion, mon ieu, q • I elque petiM
drôlerie poui
Moi . M ./. ,,/. lui, III, II.
— c En Homère, les plus grands rivent disputent i -> -mble, -<■ l'nn l'antre : tellement trempez de vin qu quelquefois ;'< la teste d'Ulysse un pied de bœuf. Quel] le droû lerie voudriez-vous .' »
(,iiii. Boochet. Serées, éd. Roybet, chez Lemerre, I, p. tiv.
Le sens du mol drôle donnera le sens de drôlerie.
Le mot drolle paraît dan i ■■ ■ ■ ■ ^ de Guill . I ■ I554i
«Une fesse-tondue, un drolle, un franc-à-trippe veulent rire; » — en 1596, le Dici. des rimes explique le mol draulc, sans i peu connu : « draule; quelque niais qui tomberoit entre les mains et laquais de la Cour, sçauroit incon-
tinent que c'est que draule. — C'est un draule, pour dire : un bon compagnon sans souci. »
En 1611, Cotgrave écrit draule et renvoie à drôle, qu'il d'Huit : « A good fellow, boone companion, » un bon garçon, uu bon compagnon. — A la même date à peu près, Béroa Verville, Moyen de parv., emploie ce mot. — Yoy le Lexiq. des Serées de Guill. Bouchet, édit. Roybet, chez Lemerre.
— « Le Manan... Je vois bien que vous estes un bon drôle. — Le Philos. Comment ? je suis un drùle : me prends-tu pour quelque lutin, ou pour un diable familier. — Le Manan. Dieu m'en garde '.... Je veux dire que vous estes un galand, et un plaisant homme, car il me semble que le mot de drôle signifie cela. — Le Philos. II est vray qu'on en use vulgairement en cette signification ; et toutefois c'est le nom que les peuples plus avancés vers le septentrion donnent aux diables familiers qui conveS sent dans leurs maisons et servent en leurs ménages... La connoissanaj de ces bons valets ayant esté divulguée parmy les autres nations, quand on a yen quelques bons compagnons qui sçavoient faire rire et amuser le monde, qui estoient tins, adroits et madrez, on les a nommez des drôles, à l'imitation de ces diables folets. >
Les Illustres Prov. 1663, t. Il, cb. vin, pp. 33-3j.)
Ébuubi. êbobi :
Ils seront bien ébobis, Quand ils nous verront partis.
Bourg, gent. p. 182.
De même :
lSli... Je suis toute ébaubie, et Je tombe des nues.
Mol. Tart.
Le texte du Tartuffe donne ébaubie; celui du Bourg, gent. donne ébobis.
Le mot, sous la double forme ahaubi ou abaubit, se trouve dans les romans de Coucy, de Berthe, de Parthonopeus de Blois..., puis il disparaît; on ne le trouve ni dans Palsgrave (1530), ni dans Rob. Eslienne (1539), ni dans Nicot (1573, 1606, 1618), ni dans Cotgrave (1611, 1634, 1650...), ni dans Monet {1620, 1636); en 16o5, Borel note le mot esbaubely, qu'il traduit par surpris, enchanté, et qui rappelle les formes angevines étourdeli, engourdeli, mais il ne songe pas à le l'approcher de baube, bègue, (Charles-le-Baube ou Charles-le-Bègue), ni de bauboyer, bégayer, qu'il a relevé dans Alain Chartier. Il semble bien cependant que l'homme ébaubi soit l'homme que la surprise prive de la parole ou fait bégayer.
En 1660, le Dict. fr.-ital. de Duez et le Tesoro de las leng. franc, et espan. d'Ant. Oudin l'admettent sous la forme esbobi, attonito, — espantado.
Écu : — Voici le reste de notre écu :
— « Ah! ah! voicy justement le reste de nostre écu. »
Bourg, gent. p. 161.