‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 186 sur 186 · RAC .1 /''T · texte numérisé non relu

RAC .1 /''T

— « Voltaire (à propos da vers de Corneille) trouve le mol impropre : « Traîner, dit-il, donne toujours l'idée de quelque chose de douloureux ou d'humiliant. » Puis, un vers de Racine lui revient en mémoire et. il termine ainsi sa noie : ce Le mol traîner esl encore heureusement employé pour signifier une douce violence, et alors il est mis pour entraîner. »

ii:>.9. Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi. R\c. Phèdre.

(Marty-Laveadx. Le.riii.de Corn.)

Tramontane :

— « Jépers la tramontane, p Bourg, gent. p. 181.

La tramontane étant un veut qui, pour les habitants de Rome et de Florence, venait du Nord, en traversant les montagnes, on

donna le même nom à l'étoile du Nord qui, pour les marins de la Méditerranée, paraissait au delà des montagnes et qui leur servait de guide. Perdre la tramontane, c'est donc perdre de vue l'étoile du Nord.

— « Dans ces ténèbres, M. le cardinal (de Hiclielieu) a-t-il vu moins clair? a-t-il perdu la tram on la ne-} Durant celte tempe ste, n'a-l-il pas toujours tenu le gouvernail d'une main et la boussole de l'autre ? »

Voiture. Lellr. 74 sur la prise de Corbie, 2i déc. 1636. — édit. 1681 p. 163.

Trancher, trancher le mot :

— « On tranche le mot aisément. Ce nom ne fait aucun scrupule à prendre. » Bourg, gent. p. 117.

Dans le langage habituel, trancher le mot, ou le trancher net, c'est parler franchement et sans détour, c'est le « couper court ». Tel n'est pas le sens de Molière. Ce n'est pas dans ce sens non plus qu'il a dit, dans Les Précieuses rid. se. iv : « Pour trancher toutes sortes de discours... », ou Racine :

1335 Pour trancher d'inutiles discours. Iphig.

Molière a donné à cette expression le sens de « employer le mot avec autorité », — sens que M. Marty Laveaux (Lex. de Corn. coll. des Gr. Ecr.) a relevé dans Math. Cordier : « Qiiwcunque dicit, verba sunt prsescripta, ce sont motz trenchez tout ce qu'il dit. » {De Lat. sermonis emendatione, chap. LVIII). — Plus tard, en 1620, Monet parle de « mots qui tranchent, » comme nous parlerions de mots qui portent.

Tredamc, juron; abréviation pour Notre-Dame:

— « Tredame, Monsieur, est-ce que Mme Jourdain est décrépite? »

Bourg, gent. p. ST.

De même

— Il n'y faut point aller. — Tredame, Menez- hardiment rostre femme.

Force nour. de Guillerme, qui mangea les figues du curé. — Ane. th. fr. Il, 394.)

— « Tredame' vous voila grande comme an jour sans pain. »

Comte de Cbahail. Corn, des Prov 1616, Ul, vu. Ane. th. fr.

o ^i11"' Jacob, Vous ne connoissez pas madame Jacob? Tredame est-ce .i cause que depuis dix ans vous ries Béparée de mon rrère l »

I i sage. Turcaret, V, vin.

Trémousser

— « Ces gens-là î« trémoussent bien »

Bourg, genl. p. Mi

i )n a dil d'abord trémousser,

— « Trémousser », c'esl « remuer mollement, et dru, e! menu..: Les abeilles trémoussent des aisles à l'entrée de la ruche. » Monet, abrégé «lu Parallèle, 1620.

La ''"/''// </«v//r' en pjenf; elle trémousse toute. .1. de Schélandre. Tyr et Sidon, trag.-com. 1608, IV, \, |« journée.

— « Il y a des gens qui trémoussent au seul nom de volupté. »

Charbon. De la Sag. III, cta. 3S.

Malherbe trouvant le mol chez Desportes, — « Bec contre bec, en trémoussant des aisles », — l'a souligné el a mis en regard : « Nota ». [Comm. sur les Berg. et Maso. Coll. des Gr. Écr. [V, 450.)

Racine emploie trémousser ou se trémousser.

L'autre (oiseau) console, en trémoussant, Sa pan/Ile dolente.

Ode III, Description des nuis.

— « M. du Tartre se trémousse a son ordinaire. »

Lettre à Mme Racine, 15 mai 1002.

Trompette-marine — Voy. aux notes, p. 214.

Trousser, — bien troussé bien tourné :

« Je trouve eela bien troussé »

Bourg, tient. p. 20,

De même

— «... J'y fus convié des premiers. —Cela fut galant, — Très salant. — C'ctoit un repas bien troussé. »

Mol. Pourc. I, iv.

Trousser, en propre, e'esl mettre dans une trousse; il s'est employé aussi pour « retrousser : trousser sa robe » , pour « arranger, habiller, parer, mettre en ordre, préparer : »

Sus, sus doneques, hast mis! l'entreprise est heureuse... Que tout se trousse, (se prépure) au port, que les rameaux on eoupe. Jodeixe. Bidon, trag. 1558, I, i.

— « La voilà trousser (parée) comme une poire de Chiot. »

Comte de Cramai l. Corn. desProv. 16lti, III, i.

— « Je ne saurois imaginer M. le chevalier de Grignan à Paris sans son petit équipage si honnête, si bien ternisse, a

Sf.v. ii M™ de r.r. Il janv. 1690.

Vache à lait :

— « fiel lioniine-là fait de vous une vache à lait. »

Jïmrrfi fient . p. S3.

De, même :

— « Ce Monsieur Fleurant-là et ce Monsieur Purgon s'égayent bien sur votre corps; ils ont en vous une bonne vache è lait. »

Moi.. Mal. Imag. I.

— « Tlrcabet à la Baronne. — Votre suivante « m'a dit que vous et Monsieur le Chevalier, vous me regardiez comme votre vache à lait. »

Lesage. Turearet. II, ut.

Veau de rivière :

- « Une longe de veau de rivière. »

Bourg, gent. p. 133.

« Les veaux de rivière sonl des vaux cxtrfmemenl gras, qui viennenl de vers Rouen, où i! > a de bons pâturages. » — Fur. Diet.

L'expression a été consacrée par l'Acad. dans sa dernière édit.', 1878.

Verbes :

1" Emploi de l'indic. pour le subj. :

— « C'est une affaire... la plus pleine d'honneur pour tous qui Be peut (puisse souhaiter. <> Bourg, gent. p. 167.

2° Emploi <lu subj. pour l'indic. :

— « 11 y a plaisir... à travaille.' pour des personnes qui soient (sont) capables de sentir le; délicatesses d'un art; qui xçackenl savent] faire un

duiiv. accueil aux beautez d'un ouvrage. » Ibid. p. i.

.!' De l'imparf. [jour le prés, du subj. :

— « Je voy Mon qu'avant qu'il fust [soit) pou, vous n'auriez pas un «ou. » Ibid. p. 162.

h" Infinitif ayant un autre sujel que celui de la proposition a laquelle il se rattache :

— « M. Jourdain... leur montre son habit, pour voir s'il est Lien. » 'pour qu'ils voient.)

iiiid. p. :;:;.

— « Les guerres... n'arrivent que pour n'aprendre pas la musique. » parce qu'on n'apprend pas.) Ibid. p. li.

— « Pour achever mon ambassade (pour que j'achève), il rien/ vous demander vostre fille en mariage. » Ibid. p. lis.

— « J'ay envoyé quérir ma li Ile pour luy donner (pour quV/ lui donne la main. » Ibid. p. 164.

Vertigo :

-■ u Quel vertigo est-ce donc là? »

Bourg, gent. p. 94.

Le mol vertige) parait, pour la ['" fois, dans le Diet. (/es

rimes de 1648 : « Vertigo, mal de teste ; grain de folie. » — Il est e'erit en italiq. comme burlesque. — En 1660, Duez et Oudin l'ont recueilli ; Richelet l'admet, en 1680 ; en 1688, Furetière donne vertigo ou vertigo. — En 1643, le Dict. fr.-flam. avait « vertigine, maladie tenant à la tête », bien que Cotgrave, depuis 1611, et en 1634, 16F)0, etc. ait donné « vertigine ».

— C'est ce mot vertigine qu'on trouve pour vertige dans Ambr. Paré (VIII, n) et dans les Serêes de G. Bouchet, (1,41).

Molière a employé vertigo déjà dans Pourceaugnac, en l'imprimant en italiq., comme mot en dehors de la circulation :

— « Voyez un peu quel vertigo lui prend. »

Mol. Pourceaugnac. II. vi.

Visions, idées singulières, folles, chimériques, ridicules :

— « M. Jourdain, avec les visions de noblesse... qu'il est allé se mettre en teste. »

Bourg, gent. p. 3.

— « Vous >ous moquez, de m'exposer aux sottes visions de cette extravagante. » Ibid. p. 139.

— « Tout cecy n'est fait que pour nous ajuster aux visions de vostre mary. » Ibid. p. 174.

De même :

— « J'ai mal au cœur de la seule vision que cela me fait. »

Mol. Prcc. Rid. se. i.

Au mot idée, Somaize écrit (Dict. des Préc. I, pp. xlix-l de notre édit.) :

— « Les choses que vous m'avez dites me donnent une idée ridicule. Les choses que vous m'avez dites me [uni une vision ridicule. »

1212. C'est une vision de mes soupçons Jaloux..

Corn. Attila.

Voir (pour), loc. adv. :

— « Dis un peu, U, pour voir. » Bourg, gent. p. 09.

— « Là, pousse-moy un peu, pour voir. » Ibid. p. 71. Nous n'hésitons pas à reconnaître dans cette locution un legs

de notre ancienne langue; lorsque voir, vrai, cul été remplacé par ce dernier mot, la ressemblance de l'adj. voir avec le verbe vcoir ou vcir fit oublier l'étymologie ; mais il nous parait hors de doute que, dans la locution puiir voir, OU dan phrases : regarde voir, voyons voir, viens voir un peu, voir n'est qu'un mot explétif qui rappelle l'ancien adv. voir, voire ou \oirc ment.

— « Nos ancestres avoient pris d<- verus el vera, voir et voire, dont il ne nous est resté que les adv. voire el voirement ; nous en avons fait un vray et vraye, qui sont beaucoup plus rudes et de difficile prononciation que les premiers. » — (Pasquier. Iicch. de la Fr., VIII, m.)

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