ACTE III, S C K X E I
vostre. Je voudrois bien sçavoir ce que vous pensez faire d'un Maistre à dancer à l'âge que vous avez?
Et d'un grandMaistre tireur d'armes, qui vient, avec ses battemens de pied, ébranler toute la maison, et nous déraciner tous les carriaux de nostre salle ?
MONSIEUR JOURDAIN
Taisez-vous, ma Servante, et ma Femme.
MADAME JOURDAIN
Est-ce que vous voulez aprendre à dancer, pour :juand vous n'aurez plus de jambes?
XICOLE.
Est-ce que vous avez envie de tuer quelqu'un ?
MONSIEUR JOURDAIN
~ Taisez-vous, vous dis-je, vous estes des ignorantes l'une et l'autre, et vous ne sçavez pas les prérogatives :1e tout cela. /
MADAME JOURDAIN
Vous devriez bien plutost songer à marier vostre fille qui est en âge d'estre pourveue.
MONSIEUR JOURDAIN
Je songeray à marier ma fille, quand il se présentera un party pour elle ; mais je veux songer aussi à apprendre les belles choses.
J'ay encore ouy dire, Madame, qu'il a pris aujourd'hui', pour renfort dépotage, un Maistre de philosophie.
MONSIEUR JOURDAIN
Fort-bien. Je veux avoir de l'esprit, et savoir raisonner des choses parmy les honnestes gens *.
MADAME JOURDAIN
N'irez-vous point l'un de ces jours au collège vous faire donner le fouet *, à vostre âge?
MONSIEUR JOURDAIN
Pourquoy non ? Plût à Dieu l'avoir tout-à-1'heure, le fouet, devant tout le monde, et sçavoir ce qu'on aprend au collège!
NICOLE
Ouy, ma foy, cela vous rendroit la jambe bien mieux faite.