‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 7 sur 186 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE MUPHTI, DERVIS, MONSIEUR JOURDAIN ; TURCS chantants et dansants.

Le Muphti revient coiffé avec son turban de cérémonie, qui

(1) Hi Valla, ou plutôt Ei Vallah signilie, en turc, Oui, par Dieu. — Les syllabes suivantes, ainsi détachées, n'ont aucun sens. On peut, en en rappelant quelques-unes, retrouver certains mots turcs ; ainsi, baba signifie père; balada rappelle le cri des bateliers de la Corne d'Or, invitant leurs clients à se rendre Balada, c'est-à-dire à lialat, village qui est comme le ghetto des Juifs.

est d'une grosseur démesurée, garni de bougies allumées U quatre ou cinq rangs; il est accompagné de deux Dervis qui portent l'Alcoran, et qui ont des bonnets pointus, garnis aussi ilf bougies allum

Les deux autres Dervis amènent le Bourgeois gui est tout épouvanté de cette cérémonie, et le font mettre à genoux, les par terri', de façon que son dos, sur lequel <-^t mis l'Alcoran, sert de pupitre au Mupbti. Le Muphti fait une seconde invocation burlesque, fronçant le sourcil et ouvrant la bouche, sans dire mot; puis parlant avec véhémence, tantôt radoucissant sa voix, tantôt la poussant d'un enthousiasme à faire trembler, en se tenant les côtes avec les mains, comme pour faire sortir les paroles, fronçant le sourcil, frappant de temps en temps sur l'Alcoran et tournant les feuillets avec précipitation. Après quoi, en levant les yeux au ciel, le Muphti crie à haute voix : Hou (1).

Pendant cette seconde, invocation, les Turcs assistants 8*inclinant, se relevant alternativement, chantent aussi : Hou, hou, hou.

monsieur Jourdain, après qu'on lui a ôté l'Alcoran de dessus le dos.

Ouf.

le muphti, à Monsieur Jourdain.

Ti non star furba (2) ?

(1)//o«, mot arabe qui signifie Lui, est un des noms que les musulmans donnent à Dieu. — Au dix-huitième siècle, dit Bret, l'ambassadeur turc, Saïd Effendi, regarda ce divertissement comme une profanation. Dans les funérailles, ou pour fêter les pèlerins revenant de la Mecque, les prêtres supérieurs, Imans et Hodja, et les savants dans la science du Koran ont seuls le droit de prononcer ce mot. Les derviches hurleurs, dans leurs réunions, le prononcent de la gorge avec tant de force, pour se mortifier qu'ils arrivent à cracher le sang.

(2) Ti non stur furba. a. Tu n'es point fourbe ? — Tu n'es point imposteur ? — Donnez le turban. — Tu es noble. Ce n'est point une fable. Prends ce sabre. — Donnez, donnez la bastonnade.» Bastonala serait sûrement plus exact que bastonara; mais il fallait rimer avec dara. (A.)

LES TURCS

Ko, no, no.

LE MUPHTI

Non star forfanla?

LES TURCS

No, no, no.

le muphti, aux Turcs.

Donar tnrbanla.

LES TURCS

Ti non slar furba ?

No, no, no, Non star forfanla ?

No, no, no.

Donar turbanla.

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