‹ Le bourgeois gentilhomme (volume 2)Chapitre 84 sur 186 · ACTE III, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IX

COVIELLE

Qui songe à cela?

CLEONTE.

Je veux contr'elle conserver mon ressentiment, et rompre ensemble tout commerce.

COVIELLE

J'y consens.

CLEONTE.

Ce Monsieur le Comte qui va chez clic, luy donne peut-estre dans la veue ; et son esprit, je le voy bien, se laisse éblouir à la qualité. Mais il me faut, pour mon honneur, prévenir l'éclat de son inconstance. Je veux faire autant de pas qu'elle au changement où je la voy courir, et ne luy laisser pas toute la gloire de me quitter.

COVIELLE

C'est fort bien dit, et j'entre pour mon compte dans tous vos sentimens.

CLEONTE.

Donne la main à mon dépit, et soutien ma résolution contre tous lès restes d'amour qui me pouroient

BIBUOTHECA

100 i.f. nouruiKois gentilhomme.

parler pour elle. Dy-m'en, je t'en conjure, tout le mal que lu pourras; fais-moy de sa personne une peinture qui mêla rende méprisable; et marque-moy bien, pour m'en dégouster, tous les défauts que lu peux voir en elle.

CO VI ELLE

Elle, Monsieur! voilà une belle mijaurée, une pimpe-souée bien bastié, pour vous donner tant d'amour! Je ne luy voy rien que de tres-médiocre, et vous trouverez cent personnes qui seront plus dignes de vous. Premièrement, elle a les yeux petits.

CLEONTE.

Cela est vray, elle a les yeux petits *; mais elle les a pleins de feux, les plus brillans, les plus perçans du monde, les plus toucbans qu'on puisse voir.

COVIELLE

Elle a la bouche grande.

CLEONTE.

Oùy; mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches, et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde.

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