ACTE III. SCÈNE XIX
Dorimène. — Quoi donc ?
M. Jourdain. — Reculez un peu pour la troisième.
Dorante. — Madame, monsieur Jourdain sait son^^ monde.'
M. Jourdain. — Madame, ce m’est une gloire^ bien 5 grande de me voir assez fortuné pour être si heureux que d’avoir le bonheur que vous ayez eu la bonté de m’accorder la grâce de me faire l’honneur de m’honorer de la faveur de votre présence ; et si j’avais aussi le mérite pour mériter un mérite comme le vôtre, et que le ciel. • . . 10 vP envieux de mon bien. . . . m’eût accordé. . . . l’avantage de me voir digne. . . . des. ...
Dorante. — Monsieur Jourdain, en voilà assez; madame n’aime pas les grands compliments, et elle sait que vous êtes homme d’esprit. (Bas à Dorimene.) C’est un 15 bon bourgeois assez ridicule, comme vous voyez, dans toutes ses manières.
Dorimène, bas à Dorante, — Il n’est pas malaisé de s’en apercevoir.
Dorante. — Madame, voilà le meilleur de mes amis. 20
M. Jourdain. — C’est trop d’honneur que vous me faites.
Dorante. — Galant homme ^ tout à fait.
Dorimène. — J’ai beaucoup d’estime pour lui.
M. Jourdain. — Je n’ai rien fait encore, madame, pour 25 mériter cette grâce.
Dorante, bas à M. Jourdain. — Prenez bien garde au moins à ne lui point parler du diamant que vous lui avez donné.
M. Jourdain, bas à Dorante. — Ne pourrais-je pas seu- 30 lement lui demander comment elle le trouve ?
Dorante, bas à M. Jourdain. — Comment ? gardezvous-en bien. Cela serait vilain à vous ; et pour agir en galant homme, il faut que vous fassiez comme si ce n’était pas vous qui lui eussiez fait ce présent. ( Haut.) Mon- 5 sieur Jourdain, madame, dit qu’il est ravi de vous voir chez lui. *
Dorimène. — Il m’honore beaucoup.
M. Jourdain, bas à Dorante. — Que je vous suis obligé, monsieur, de lui parler ainsi pour moi !
10 Dorante, bas à M. Jourdain. — J’ai eu une peine effroyable à la faire venir ici.
M. Jourdain, bas à Dorante. — Je ne sais quelles grâces vous en rendre.
Dorante. — Il dit, madame, qu’il vous trouve la plus 15 belle personne du monde.
Dorimène. — C’est bien de la grâce qu’il me fait.
M. Jourdain. — Madame, c’est vous qui faites les grâces, et. . . .
Dorante. — Songeons à manger.