‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 50 sur 119 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

Dorimène, Dorante.

DoRmÈNE. — Je ne sais pas, Dorante ; je fais encore ^ ici une étrange démarche, de me laisser amener par vous dans une maison ou je ne connais personne.

Dorante. — Quel lieu voulez-vous donc, madame, que S mon amour choisisse pour vous régaler, puisque, pour fuir l’éclat, vous ne voulez ni votre maison, ni la mienne ?

Dorimène. — Mais vous rie dites pas que je m’engage insensiblement chaque jour à recevoir ’ de trop grands témoignages de votre passion. J’ai beau me défendre 10 des choses,** vous fatiguez ma résistance, et vous avez une civile opiniâtreté qui me fait venir doucement à tout ce qu’il vous plaît. Les visites fréquentes ont commencé ; les déclarations sont venues ensuite, qui après elles ont traîné les sérénades et les oadeaiix, que les présents ont 15 suivis. Je me suis opposée à tout cela, mais vous ne vous rebutez point, et pied à pied vous gagnez mes résolutions. Pour moi, je ne puis plus répondre de rien, et je crois qu’à la fin vous me ferez venir au mariage dont je me suis tant éloignée. 20

Dorante. — Ma foi, madame, vous y devriez déjà être. Vous êtes vguye et ne dépendez que de vous. Je suis maître de moi, et vous aime plus que ma vie. A quoi tient-il que dès aujourd’hui vous ne fassiez tout mon bonheur ? 25

Dorimène. — Mon Dieu ! Dorante, il faut des deux parts bien des qualités pour vivre heureusement ensemble ;

et les deux plus raisonnables personnes du monde ont souvent peine à composer une union dont ils soient satisfaits. ^

Dorante. — Vous vous moquez, madame, de vous y 5 figurer tant de difficultés ; et l’expérience que vous avez faite ne conclut rien pour tous les autres.

Dorimène. — Enfin, j’en reviens toujours là. Les dépenses que je vous vois faire pour moi m’inquiètent par ‘ deux raisons : l’une qu’elles m’engagent plus que je lo ne voudrais ; et l’autre, que je suis sûre, sans vous déplaire, que vous ne les faites point que vous ne vous incommodiez ; ^ et je ne veux point cela. ^

Dorante. — Ah, madame ! ce sont des bagatelles, et ce n’est pas par là. . . .

15 Dorimène. — Je sais ce que je dis; et entre autres le diamant que vous m’avez forcée à prendre est d’un

prix. . .

Dorante. — Hé, madame, de grâce, ne faites point tant valoir une chose que mon amour trouve indigne de vous, 20 et souffrez. . . . Voici le maître du logis.

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