‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 62 sur 119 · ACTE IV. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV. SCÈNE V

fille : Ah ! me dit-il, marababa sahem ! C’est-à-dire : Ah ! que je suis amoureux d’elle I

M. Jourdain. — Marababa sahem veut dire ; Ah I que je suis amoureux d’elle ?

Covielle. — Oui. S

M. Jourdain. — Par ma foi, vous faites bien de me le dire ; car, pour moi, je n’aurais jamais cru que marababa sahem eût voulu dire : Ah ! que je suis amoureux d’elle 1 Voilà une langue admirable que ce turc !

Covielle. — Plus admirable qu’on ne peut croire. lo Savez-vous bien ce que veut dire cacaracamouchen ?

M. Jourdain. — Cacaracamouchen ? Non.

Covielle. — C’est-à-dire : Ma chère âme.

M. Jourdain. — Cacaracamouchen veut dire: Ma chère âme ? 15

Covielle. — Oui.

M. Jourdain. — Voilà qui est merveilleux ! Cacaracamouchen, mdi c\ïhrQ.km& \ Dirait-on jamais cela? Voilà qui me confond.

Covielle. — Enfin, pour achever mon ambassade, il 20 vient vous demander votre fille en mariage ; et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire mamamouchi, qui est une certaine grande dignité de son pays.

M. Jourdain. — Mamamouchil 25

Covielle. — Oui, mamamouchi, c’est-à-dire, en notre langue, paladin. Paladin,^ ce sont de ces anciens. . . . Paladin enfin. Il n’y a rien de plus noble que cela dans le monde, et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la terre. 30

M. Jourdain. — Le fils du Grand Turc m’honore

beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui pour lui en faire mes remercienients.

CoviELLE. — Comment 1 le voilà qui va venir ici.

M. Jourdain. — Il va venir ici ?

5 CoviELLE. — Oui ; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.

M. Jourdain. — Voilà qui est bien prompt.

CoviELLE. — Son amour ne peut souffrir aucun retardement.

lo M. Jourdain. — Tout ce qui m’embarrasse ici, c’est que ma fille est une opiniâtre qui s’est allé mettre ‘ dans la tête un certain Cléonte ; et elle jure de n’épouser personne que celui-là.

CoviELLE. — Elle changera de sentiment quand elle 15 verra le fils du Grand Turc ; et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse : c’est que le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près. Je viens de le voir, on me l’a montré ; et l’amour qu’elle a pour l’un pourra passer aisément à l’autre, et. . . .Je 20 l’entends venir j le voilà.

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