‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 77 sur 119 · ACTE V. SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V. SCÈNE VII

M. Jourdain. — Voulez-vous vous taire, impertinente ? Vous venez toujours mêler vos extravagances à toutes choses, et il n’y a pas moyen de vous apprendre à être raisonnable.

Mme. Jourdain. — C’est vous qu’il n’y a pas moyen 5 de rendre sage, et vous allez de folie en folie. Quel est votre dessein, et que voulez-vous faire avec cet assemblage ? ’

M. Jourdain. — Je veux marier notre fille avec le fils du Grand Turc ? lo

Mme. Jourdain. — Avec le fils du Grand Turc ?

M. Jourdain. — Oui. ( Montrant Covielle.) Faites-lui faire vos compliments par le truchement que voilà.

Mme. Jourdain. — Je n’ai que faire du truchement, et je lui dirai bien moi-même, à son nez, qu’il n’aura point 15 ma fille.

M. Jourdain. — Voulez-vous vous taire, encore une fois ?

Dorante. — Comment ! madame Jourdain, vous vous opposez à un bonheur comme celui-là ? Vous refusez 20 Son Altesse turque pour gendre ?

Mme. Jourdain. — Mon Dieu, monsieur, mêlez-vous de vos affaires.

Dorimène. — C’est une grande gloire qui n’est pas à rejeter. 25 .

Mme. Jourdain. — Madame, je vous prie aussi de ne vous point embarrasser de ce qui ne vous touche pas.

Dorante. — C’est l’amitié que nous avons pour vous qui nous fait intéresser dans ® vos avantages.

Mme. Jourdain. — Je me passerai bien de votre 30 amitié.

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Dorante. — Voilà votre fille qui consent aux volontés de son père.

Mme. Jourdain. — Ma fille consent à épouser un • Turc ?

5 Dorante. — Sans doute.

Mme. Jourdain. — Elle peut oublier Cléonte ?

Dorante. — Que ne fait-on pas pour être grand’ dame ?

Mme. Jourdain. — Je l’étranglerais de mes mains, si

lû elle avait fait un coup comme celui-là.

M. Jourdain. — Voilà bien du caquet. Je vous dis que ce mariage-là se fera.

Mme. Jourdain. — Je vous dis, moi, qu’il ne se fera point.

ï5 M. Jourdain. — Ah I que de bruit 1

Lucile. — Ma mère !

Mme. Jourdain. — Allez, vous êtes une coquine.

M. Jourdain, à M?ne. Jourdain, — Quoi ! vous la querellez de ce qu’elle m’obéit ?

20 Mme. Jourdain. — Oui ; elle est à moi aussi bien qu’à vous.

Covielle, à Mme. Jourdain. — Madame !

Mme. Jourdain. — Que me voulez-vous conter, vous ?

Covielle. — Un mot.

.25 Mme. Jourdain. — Je n’ai que faire de votre mot.

Covielle, à M. Jourdain. — Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire consentir à ce que vous voulez.

Mme. Jourdain. — Je n’y consentirai point.

30 Covielle. — Écoutez-moi seulement. •

Mme. Jourdain. — Non.

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