SCÈNE
MONSIEUR JOURDAIN, en robe de chambre et en bonnet de nuit ;
LE MAITRE DE MUSIQUE
LE MAITRE A DANSER, I/ELÈVE du maître de musique UNE MUSICIENNE, DEUX MUSICIENS, DANSEURS, DEUX LAQUAIS.
MONSIEUR JOURDAIN
Hé bien, messieurs? Qu’est-ce? Me ferez-vous voir votre petite drôlerie?
le MAITRE A DANSER.
Gomment? Quelle petite drôlerie?
MONSIEUR JOURDAIN
Hé! la... Comment appelez-vous cela? Votre prologue ou dialogue de chansons et de danse.
LE MAITRE A DANSER
Ah! ah!
LE MAITRE DE MUSIQUÈ
Vous nous y voyez préparés.
MONSIEUR JOURDAIN
Je vous ai fait un peu attendre; mais c’est que je me fais habiller aujourd’hui comme les gens de qualité; et mon tailleur m’a envoyé des bas de soie que j’ai pensé ne mettre jamais.
LE MAITRE DE MUSIQUE
Nous ne sommes ici que pour attendre votre loisir.
l’art de la danse était alors eu beaucoup plus haute considération qu’il ne l’est aujourd’hui. M. Castil-Blaze cite à ce propos les considérants de l’acte de Louis XIV qui fonda l’Académie de Danse en 1661 : « Bien que l’art de la danse ait toujours été reconnu l’un des plus honnêtes et des plus nécessaires à former le corps, et lui donner les premières et les plus naturelles dispositions à toutes sortes d’exercices, et entre autres à ceux des armes, et par conséquent l’un des plus utiles à notre noblesse et autres qui ont l’honneur de nous approcher, non seulement en temps de guerre, dans nos armées, mais encore en temps de paix, dans les divertissements de nos ballets ; néanmoins il s’est, pendant les désordres des dernières guerres, introduit dans ledit art, comme dans tous les autres, un grand nombre d’abus capables de les porter à leur ruine irréparable. Beaucoup l’ignorants ont tâ^îhé de défigurer la danse et de la corrompre en la personne de la plus grande partie des gens de qualité; ce qui fait que nous en voyons peu, dans notre cour et suite, capables d’entrer dans nos ballets, quelque dessein que nous eussions de les y appeler. A quoi étant nécessaire de pourvoir, et désirant rétablir ledit art dans sa perfection, et l’augmenter en tant que faire se pourra, nous avons jugé à propos d’établir dans notre bonne ville de Paris une Académie royale de Danse. »