SECOND LAQUAIS
Monsieur.
MONSIEUR JOURDAIN, ôtant sa robe de chambre.
Tenez ma robe. (Au maître de musique et au maître à danser.) Me
trouvez-vous bien comme cela?
LE MAITRE A DANSER
Fort bien. On ne peut pas mieux.
MONSIEUR JOURDAIN
Voyons un peu votre affaire.
LE MAITRE DE MUSIQUE
Je voudrais bien auparavant vous faire entendre un air (Montrant son élève.) qu’il vient de composer pour la sérénade que vous m’avez demandée. C’est un de mes écoliers, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.
MONSIEUR JOURDAIN
Oui, mais il ne falloit pas faire faire cela par un écolier; et vous n’étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.
LE MAITRE DE MUSIQUE
Il ne faut pas, monsieur, que le nom d’écolier vous abuse. Ces sortes d’écoliers en savent autant que les plus grands maîtres ; et l’air est aussi beau qu’il s’en puisse faire. Écoutez seulement.
MONSIEUR JOURDAIN, à ses laquais.
Donnez-moi ma robe pour mieux entendre... Attendez, je crois que je serai mieux sans robe. Non, redonnez-la-moi ; cela ira mieux.
UN MUSICIEN, chantant*.
Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême,
Depuis qu’à vos rigueurs vos beaux yeux m’ont soumis.
Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime,
Hélas! que pourriez-vous faire à vos ennemis?
MONSIEUR JOURDAIN
Cette chanson me semble un peu lugubre; elle endort, et je voudrois que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci par-là h
■f Var. Une musicienne est pmée de chanter Vair qu*a composé VÈlève; laquelle chante les paroles qui suivent : (Livre du ballet.)
1. Le flûtiste Descoteaux, le même à qui Molière disait un jour en parlant de La Fontaine : « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils n’effaceront pas le bonhomme, » Descoteaux faisait cette remarque : « Si je joue à ma fenêtre un air du Pont-Neuf, une brunette du temps d’Henri IV, tout le monde s’arrête. Si je fais entendre un air nouveau, quel qu’il soit, les Parisiens passent leur chemin sans y prêter la moindre attention. » Le goût musical de M. Jourdain était donc celui qui régnait alors dans la classe moyenne ; quelque chose en reste encore aujourd’hui.