MONSIEUR JOURDAIN, UN MAITRE D’ARMES
LE MAITRE DE MUSIQUE, LE MAITRE A DANSER UN LAQUAIS, tenant deux fleurets.
LE MAITRE D* ARMES, après axoir pris les deux fleurets de la main du laquais, et en avoir présenté un à monsieur Jourdain.
Allons, monsieur, la révérence. Votre corps droit. Un peu penché sur la cuisse gauche. Les jambes point tant écartées. Vos pieds sur une *meme ligne. Votre poignet à Foppposite de votre hanche. La pointe de votre épée vis-à-vis de votre épaule. Le bras pas tout à fait si étendu. La main gauche à la hauteur de Fœil. L’épaule gauche plus quartée. * ^ La tête droite. Le regard assuré. Avancez. Le corps ferme , Touchez-moi Fépée de quarte, et achevez de meme. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez de pied ferme. [Une, deux.]** Un saut en arrière. Quand vous portez votre botte, monsieur, il faut que Fépée parte la première, et que le corps soit bien effacé. Une, deux. Allons, touchez-moi Fépée de tierce, et achevez de même. Avancez. Le corps ferme. Avancez. Partez de là. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez. [Une, deux.]*** Un saut en arrière. En garde, monsieur, en garde. (Le maître
d’armes lui pousse deux ou trois bottes, en lui disant : En garde.)
MONSIEUR JOURDAIN
I Euh****?
j LE MAITRE DE MUSIQUE.
I Vous faites des merveilles.
* Var. Vépaule gauche plus quarrée, (1682.) Ce mot n’a point de sens.
' Var. Ces deux mots se trouvent seulement dans l’édition de 1682.
Var. Ces deux mots n’existent, de même, que dans l’édition de 1682.
**** Var. Euh! (1682). Suivantl’une ou l’autre ponctuation, onpour- [roit croire soit que M. Jourdain se récrie contre les bott'*s que lui jipousse le maître d’armes, soit qu’il provoque les compliments des i'personnages qui le regardent.
1. Quartée est un terme d’escrime qui indique la position que doit avoir l’épaule gauche, lorsqu’on est en quarte, c’est-à-dire lorsque l’épée de votre adversaire est à votre gauche, et que l’épaule, plus menacée, doit être par conséquent effacée avec plus de soin.
LE MAITRE d’aRMES.
Je VOUS l’ai déjà dit; tout le secret des armes ne consiste qu’en deux choses : à donner et à ne point recevoir ; et, comme je vous fis voir l’autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez si vous savez détourner l’épée de votre ennemi de la ligne de votre corps ; ce qui ne dépend seulement que d’un petit mouvement du poignet, ou en dedans, ou en dehors.
MONSIEUR JOURDAIN
De cette façon, donc, un homme, sans avoir du cœur^ est sûr de tuer son homme, et de n’être point tué?
LE MAITRE d’aRMES.
Sans doute; n’en vîtes- vous pas la démonstration?
MONSIEUR JOURDAIN
Oui.