‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 20 sur 122 · ACTE II, SdÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SdÈNE I

LE MAITRE DE MUSIQUE

Vous aurez tout ce qu'il vous faut.

MONSIEUR JOURDAIN

Mais, surtout, que le ballet soit beau.

LE MAITRE DE MUSIQUE

Vous en serez content, et, entre autres choses, de certains menuets que vous y verrez.

MONSIEUR JOURDAIN

Ah! les menuets sont ma danse, et je veux que vous me les voyiez danser ^ Allons, mon maître ^

je dînais, et que mes violons jouaient; elle me dit : « Avez-vous le cœur « d’entendre ces violons, pendant que l’on assure que nous serons tous chassés? » Je lui répondis : « Il faut attendre et se résoudre. »■

Et encore, cent ans plus tard : « Aux festins splendides que La Poupelinière donnait en son château de Passy, dit Marmontel, lorsque de belles voix avaient charmé l’oreille, que Jéliotte et mademoiselle Fel avaient chanté les délices de l’amour heureux ; que Chassé, d’une voix éclatante et sonore, frappait la dernière cadence d’une chanson bachique, on était agréablement surpris de voir Lany, sa sœur, mademoiselle Puvigné, quitter la table, et dans la même salle danser les airs que l’orchestre exécutait. »

1. On disait danser les menuets^ suivant l’étymologie du mot : danser les pas menus.

;2. Cette leçon de danse reçoit ordinairement à la scène des développements ([ui ne sont pas de Molière, mais bien d’un nommé Faure, qui avait été danseur à l’Opéra avant la Révolution et avait débuté à la Comédie-Française en 1808. Son triomphe était le rôle du maître de danse qu’il jouait avec l’autorité que lui donnait son ancien métier de danseur.

Il est intéressant de reproduire les additions faites par lui au texte de Molière et qui sont restées de tradition à la Comédie.

« Placez-vous, monsieur, dit le maître à M. Jourdain, le corps droit, la tête haute, le sourire sur les lèvres. Bien. — Troisième position : le talon à la rosette du soulier. Effacez vos épaules... Un peu plus. Soutenez vos coudes... sans raideur. La poitrine en avant... Un peu moins. Ecartez le petit doigt. — C’est ce que nons appelons de la grâce. Souriez. Bon. — Nous saluons du bras droit. [Il salue.) Un, deux, trois et quatre. — Pour le bras gauche : le coude à la hauteur de l’épaule. En passant la main devant vous, déployez le bras dans toute sa longueur pour présenter, en souriant, la main à la dame. Ainsi : [galamment^ Madame ! Moi, seul, une fois, pour la mémoire : [Il danse en chantant.) La, la, la, la, la, la, la, etc.

A vous, monsieur. [Pendant que M. Jourdain danse., le maître à danser chante,) La, la, la, la, la; en cadence, s’il vous plaît. La, la, la, la, la; la jambe droite. La, la, la. Bien.

Ensemble maintenant, monsieur. ^

Vous, par ici, moi, par là. [Chantant et dansant.) La, la, la, la, la, la, la, etc.

Bien. — Tenez-vous droit, monsieur. Le corps sur la jambe qui est derrière. Le menton à l’épaule; regardez-moi; souriez. Nous partons. Deux pas en avant ; en cadence ; [Il danse avec M. Jourdain.) La, la, la. Ne remuez point tant les épaules. Donnez-moi la main. La, la, la. Regardez-moi, monsieur, sous le bras, gracieusement. Là ; vos deux bras sont estropiés.

Nous continuons, monsieur. Rendons les saignées. Ne cassez point vos poignets. Deux pas en avant. En cadence •. [Il chante et danse.) La, la, la, la, la. Haussez la tête. Donnez-moi la main. La, la, la. Tournez la pointe du pied en dehors. La, la, la. Dressez votre corps. Bien. Assemblé soutenu en tournant. Des demi-pointes. Monsieur, des demi-pointes! — Bon. Saluez. Souriez... On ne peut pas mieux !

LE MAITRE A DANSER

Un chapeau, monsieur, s’il vous plaît. (Monsieui’ Jonrdaîn prendre le chapeau de son laquais, et le met par-dessus son bonnet de nuit. Son maître lui prend les mains, et le fait danser sur un air de menuet qu’il

chante.) La, la, la; la, la., la, la, la, la; la, la, la {bis).\ la, la, la; la, la. En cadence, s’il vous plaît. La, la, la, la, la. La jambe droite. La, la, la. Ne remuez point tant les épaules. La, la, la, la, la ; la, la, la, la, la. Vos deux bras sont estropiés. La, la, la, la, la. Haussez la tête. Tournez la pointe du pieÜ en dehors, La, la, la. Dressez votre corps.

MONSIEUR JOURDAIN

Euh?

LE MAITRE DE MUSIQUE

Voilà qui est le mieux du monde.

MONSIEUR JOURDAIN

Apropos, Apprenez-moi comme il faut faire une révérence pour saluer une marquise ; j’en aurai besoin tantôt.

LE MAITRE A DANSER

Une révérence pour saluer une marquise?

MONSIEUR JOURDAIN

Oui. Une marquise qui s’appelle Dorimène.

LE MAITRE A DANSER

Donnez* moi la main.

Non. Vous n’avez qu’à faire; je retiendrai bien.

LE MAITRE A DANSER

Si VOUS voulez la saluer avec beaucoup de respect, il faut faire d’abord une révérence en arrière, puis marcher vers elle avec trois révérences en avant, et à la dernière vous baisser jusqu’à ses genoux.

MONSIEUR JOURDAIN

Faites un peu. (Après que le maître à danser a fait trois révérences.) Bon.

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