‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 31 sur 122 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

MONSIEUR JOURDAIN

Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose, sans que j’en susse rien; et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela/ Je voudrois donc lui mettre dans un billet : Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour ; mais je voudrois que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.

LE MAITRE DE PHILOSOPHIE

Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un...

MONSIEUR JOURDAIN

Non, non, non, je ne veux point tout cela. Je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour,

LE MAITRE DE PHILOSOPHIE

11 faut bien étendre un peu la chose,

Non, VOUS dis-je. Je ne veux que ces seules paroles-îà dans le billet, mais tournées à la mode, bien amiigées comme tl faut. Je vous prie de me dire un peu, pourvoir, les diverses manières dont on les peut mettre.

LE MAITRE DS PHILOSOPHIE

On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle marquise, vos beauau/eux me font mourir d'amour. Ou bien : B' amour mourir me font, belle marquise, vos beauxjyeux. Ou bien : Vo^eux beaux d'amour me font, belle marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beauo^yeux, belle marquis^Jiiè font, Ou bien : Me font vos^eux beaux mourir, belle marquise ^ d'amour.

MONSIEUR JOURDAIN

Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure?

LE MAITRE DE PHILOSOPHIE

Celle que vous avez dite : Belle marquise, vos beaux^eux me font mourir d'amour.

MONSIEUR JOURDAIN

Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

LE MAITRE DE PHILOSOPHIE

Je n’y manquerai pas

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