‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 42 sur 122 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

^ui parle au roi tout comme je vous parle. N’est-ce pas une chose qui m’est tout à fait honorable, que l’on voie venir chez moi si souvent une personne de celte qualité, qui m’appelle son cher ami, et me traite comme si j’étois son égal? Il a pour moi des bontés qu’on ne devineroit jamais ; et, devant tout le monde, il me fait des caresses dont je suis moi-même confus.

MADAME JOURDAIN

Oui, il a des bontés pour vous, et vous fait des caresses; mais il yous emprunte votre argent.

MONSIEUR JOURDAIN

Hé bien! ne m’est-ce pas de l’honneur, de prêter de l’argent à un homme de cette condition-là ? et puis-je faire moins pour un seigneur qui m’appelle son cher ami ?

MADAME JOURDAIN

Et ce seigneur, que fait-il pour vous?

Des choses dont on seroit étonné, si on les savoit E

MADAME JOURDAIN

Et quoi?

MONSIEUR JOURDAIN

Caste ! je ne puis pas m’expliquer. Il suffit que si je lui ai prêté de l’argent, il me le rendra bien, et avant qu’il soit peu.

MADAME JOURDAIN

Oui. Attendez-vous à cela.

MONSIEUR JOURDAIN

Assurément. Ne me l’a-t-il pas dit?

MADAME JOURDAIN

Oui, oui, il ne manquera pas d’y faillir 2,

MONSIEUR JOURDAIN

il m’a juré sa foi de gentilhomme,

MADAME JOURDAIN

Chansons !

MONSIEUR JOUDAIN.

Ouais! Vous êtes bien obstinée, ma femme! Je vous dis qu’il me tiendra sa parole ; j’en suis sûr.

MADAME JOURDAIN

Et moi, je suis sûre que non, et que toutes les caresses quïl vous fait ne sont que pour vous enjôler.

1. Nous les saurons bientôt, ces choses; et vraiment il y aura de quoi être Stonné, pour le moins. (Augeu.)

2. Aujourd’hui qu’on a retranché, ou à peu près, le verbe faillir, comme su- I raiiné, il faudrait dire : Il ne manquera pas d’y manquer. Voilà l’avantag-e de I supprimer les synonymes. (F. Génin.)

LE BOURGEOIS GENTILUOMM^; .

MONSIEUR JOURDAIN

Taisez- VOUS. Le voici.

MADAME JOURDAIN

Il ne nous faut plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt ; et il me semble que j’ai dîné quand je le vois.

MONSIEUR JOURDAIN

Taisez-vous, vous dis-je.

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