‹ Le bourgeois gentilhommeChapitre 8 sur 122 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

plus agréable qu’on puisse recevoir des choses que Ton t'ait, c’est de les voir connues, de les voir caressées d’un applaudissement qui vous honore. Il n’y a rien, à mon avis, qui nous paye mieux que cela de toutes nos fatigues; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.

LE MAITRE DE MUSIQUE

J’en demeure d’accord, et je les goûte comme vous. 11 n’y a rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites ; mais cet encens ne fait pas vivre. Des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mêler du solide : et la meilleure façon de louer, c’est de louer avec les mains ^ C’est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n’applaudit qu’à contresens; mais son argent redresse les jugements de son esprit. Il a du discernement dans sa bourse; ses louanges sont monnoyées; et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé qui nous a introduits ici.

LE MAITRE A DANSER

Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites; mais je trouve que vous appuyez un peu trop sur l’argent; et rintérêt est quelque chose de si bas, qu’il ne faut jamais qu’un honnête homme montre pour lui de l’attachement.

LE MAITRE DE MUSIQUE

Vous recevez fort bien pourtant l’argent que notre homme vous donne.

LE MAITRE A DANSER

Assurément; mais je n’en fais pas tout mon bonheur; et je voudrois qu’avec son bien il eût encore quelque bon goût des choses.

Je le voudrois aussi ; et c’est à quoi nous travaillons tous deux autant que nous pouvons. Mais, en tout cas, il nous donne moyen de nous faire connoître dans le monde; et il payera pour les autres ce que les autres loueront pour lui

Page 1