‹ Le bourgeon; comédie en trois actesChapitre 35 sur 62 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, ROGER, HEURTELOUP, LA CHÛUTE.

ROGER, paraissant au fond et se rangeant à droite de la porte.

Monsieur et madame Heurteloup !

Pendant ce qui suit il ramasse les tasses qui traînent et les range sur le plateau qu il emporte aussitôt. UEUKTELOUP et LA GHOUTE, passant leurs deux têtes dans 1 embrasure de la porte.

Bonjour, les enfants!

ÉTIENNETTE, désappointée.

Vous I

PAULETTE, debout dos au public non loin du tabouret de gauche.

Heurteloup!

GLÉO.

La Choute I

GUÉRASSIN, sur un ton de déception atfecté.

Ah I . . . Ce n'est que vous !

HEURTELOUP, qui est allé embrasser Étiennette puis Gléo, descendant par la gauche vers Paulette et tout en marchant.

Comment : « Ce n'est que nous » ?

n embrasse Paulette.

LA. GHOUTE, qui est allée embrasser Étiennette et Cleo, descendant vers Paulette par la droite du canapé, ce qui la fait se croiser avec Heurteloup qui va serrer la main à Guérassin.

C'est encore gentil!...

Elle embrasse Pauielte.

ÉTIENNETTE, descendant par le milieu de la scène.

Ne faites pas attention : c'est son genre d'esprit.

GUÉRASSIN, avec un geste do désinvolture.

C'est mon genre I

GLÉO, qui est descendue près de la cheminée.

Ahl ça, vous êtes à Paris,, vous autres?

LA GHOUTE et HEUHTELOUP, ensemble et vivement.

Non, non !

GLÉO.

Comment : « non non » ?

HEURTELOUP *, sur un ton dévot.

Je suis actuellement en retraite au monastère de Concarneau, où je prépare mon jubilé.

TOUS

Non?

LA GHOUTE) dévotement, les mains croisées sur la poitrine.

Et moi aussi.

*GI. 1,— Paul 2, —H. 3, — la Gh. 4, — Et. 5, —G. 6.

ÉTIENNETTE

C'est du joli !

PAULETTE

Et ta femme a donné là-dedans?

HEUKÏELOUP.

Ma femme, tu parles I... Elle est ici avec la famille à l'occasion de l'entrée de notre neveu au régiment.

GUÉRASSIN.

Oui, oui... le petit séminariste.

ÉTIENNETTE, très simplemeut.

En effet, c'est demain qu'il entre au corps.

HEURTELOUP.

Ahl tu sais?

GUÉRASSIN.

Comment, si elle sait!

HEUTELOUP.

Alors j'ai trouvé ce truc pour me donner campo! et surtout, défense de m'écrire, de m'envoyer mes lettres : tout au jubilé! Je suis retiré du monde! Comme ça, c'est un mois de bon! Ohé I Ohé I

Il s assied sur le tabouret de gauche, LA CHOU TE.

Et ce qu'on jubile, ouh, mon Totor !

Elle lui saute sur les épaules.

148 LE BOUllGEON^

HEURTELOUP, gesticulant des épaules pour se dégager de son étreinte.

Allons, voyons! Alil celle-là, quand elle n'est pas sur mon dos, sur mes reins ou sur mes épaules...!

GUÉE.ASSIN, jovialement.

... c'est que tu te retournes.

On rit.

LA GHOUTK, quittant lleurteloup et sur un ton scandalisé que dément une envie do rire mal dissimulée.

Ah! dis donc, toi! si tu étais convenable!

HKURTELOUP, se levant et passant devant la Ghoute pour aller à Éliennette.

Au fait, à propos de convenances, qu'estce qu'a donc Musignol? Xous venons de le croiser dans la rue. Je lui ai dit : « Bonjour, Musignol. » Il m'a répondu : « ... la garde meurt et ne se rend pas. »

LA GHOUTE, un genou sur le tabouret quitté par Heurteloup.

Gomment, pas du tout. 11 t'a répondu : m...

HEURTELOUP, vivement, lui mettant la main sur la bouche; et presque crié :

Je sais! (-sur un ton de voix plus pondéré.) MaiS

c'est comme (;a que ça se dit dans les salons...

LA CHOU TE, bien naïvement.

Ohl... comme c'est plus longf

On rit.

GUÉRASSIN.

Ah! il t'a dit...? Eh bien, ça ne m'étonne pas ! ce pauvre Musignoll campo aussi ; mais lui pas de son propre gré : Étiennette vient de rompre.

LA GHOUTE et HEURT ELOUP.

Non?

GUÉRASSIN.

Et en cinq sec encore I

ÉTIENNETTE, remontant jusqu'à la petite table près du paravent. — Avec humeur.

Mais qu'est-ce que ça a d'intéressant?

HEURTELOUP.

Ah! bien, je comprends alors.

GUÉRASSIN, se rapprochant d'Heurteloup.

Et pourquoi, je vous le demande?

ÉTIENNETTK, se précipitant (6) sur Gucrassin (5).

Allons, voyons Guérassin!

GUÉRASSIN, l'écartant du bras gauche.

Si ! si ! il faut qu'ils sachent.

ÉTIENNETTK, essayant de le faire taire en lui mettant la main sur la bouche.

Non !... non I

QUÉRASSIN, se débattant contre son étreinte et dominant la voix d'Étiennette qui pendant celte phrase pique autant qu'elle peut des « non !... non !... C'est pas vrai ! »

C'est parce que madame est amoureuse do ton neveu, le jeune Plounidec.

HEURTELOUP, LA GHOUTE, ahuris.

Non?

ÉTIENNETTR, furieuse.

Ce n'est pas vrai !

GUÉRASSIN, GLÉO, PADLETTE.

Si, si... c'est vrai, c'est vrai!...

ÊTIENNETTE, très vexée allant s'asseoir sur le tabouret de droite.

Vous êtes stupides!

HEURTELOUP, se tordant.

Maurice? ah! ah! Elle est bien bonne.

LA GHOUTE, se laissant tomber sur le tabouret de gauche.

Le petit séminariste! ah! ah! je me tords.

GUÉRASSIN.

Hein? N'est-ce pas qu'elle est drôle?

GLÉO.

^' Croyez-vous, hein?

^i PAULETTE.

Ah ! la pauvre Etiennette !

Tous les cinq se tordent de rire.

ÉTIENNETTE, après les avoir laissé rire un instant en les considérant d un air do profonde pitié.

Non, mais je vous en prie!... voulez-vous que j'appelle les domestiques, le concierge?

GLÉO, un genou sur le tabouret sur lequel la Chouto est elle-même assise.

Oh! bien quoi? du moment qu'il y a do l'amour au fond d'une chose, il y a pas de mal.

ÉTIENNETTE, dépitée.

Je ne vous dis pas ! mais enfin ça ne regarde que moi.

PAULBTTE.

C'est égal, une soutane, moi. ça me jetterait un froid.

GLÉO.

Pourquoi ? c'est toujours un homme qui est dedans. Tiens, moi, j'en ai connu un comme ça, qui avait voulu se faire prêtre.

TOUS, étonnés.

Ah!

GLÉO.

C'était un juif!

TOUS

Quoi?

CLÉO

Oui. enfin, un prêtre juif.

GUÉRASSIN.

Ah ! un ralibin !

GLÉO, affirmative.

C'est (;al... (changeant de ton.) Seulement après, ça ne lui avait plus dit... alors il était entré à la Bourse.

GUÉRASSIN, avec bonne humeur.

Oui!.,, monsieur voulait un temple!

CLÉO

Eh bien, vous savez, mes enfants, c'était un homme comme tout le monde... à peu de chose près.

GUÉRASSIN, s'inrlinant gouailleur.

Voyez-vous ça !...

CLÉO résumant.

Tout ça, c'est pour dire qu'un homme n'est jamais qu'un homme.

Elle remonte au coin droit du canapé.

HEURTELOUP, gagnant le 5, vers Étiennette.

Ahl non, mais c'est égal, Maurice! Ah I ma pauvre Etiennette celui qui le dég-ourdira celui-là !

ÉTIENNKTTIO, sur un ton sans réplique.

Je n'ai pas l'intention de le dég-ourdir.

GUÉRASSIN.

Mais non! c'est ce qu'il y a de superbe :

foin do la chair I l'amour psychique! le collage hlanc!... Voilà ce qu'elle rêve!

LA GHOUTE

Ah! ben!...

HEURTELOUP.

Mon Dieu ! à ce compte-Li... on peut s'entendre... Mais autrement! ah! la la ! Mais tenez, voilà Maurice soldat; je parie qu'il sortira du rég-iment aussi novice qu'il y entre. Il le quittera gradé... et vierge.

LA. CHOUTE, avec une conviction comique.

Sortir vierge d'un régiment! olil... moi je pourrais pas !

GUÉRASSIN, moqueur.

Tiens, l'autre!

On rit.

HEURTELOUP.

Assez, la Choute! je suis là.

On sonne.

ÉTIENNETTE, se dressant tout d'une pièce.

On a sonné !

vivement, elle court vers la porte. Dans son mouvement précipité, elle a été donner contre Heurteloup qui lui barre le chemin, le dos tourné; elle le fait pivoter et gagne le fond, en proie à la même agitation que précédemment.

GUÉRASSIN.

Tenez là I regarJez-la! le boston qui recommence.

ÉTIENNETTE, au fond.

Eh bien, quoi? je no peux plus bouger ? c'est extraordinaire, ma parole !

Heurteloup va s asseoir sur le tabouret de droite.

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