‹ Le bourgeon; comédie en trois actesChapitre 49 sur 62 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LA MARIOTTE, JEAN-LOU, puis L'ABBÉ.

Au lever du rideau, Mariette est assise sur les marches de la porte d'entrée, en train d'éplucher des légumes qu'elle met à mesure dans une terrine placée à côté d elle sur la chaise. Debout sur le banc, Jean-Lou est en train de remett.e un carreau qui manquait à la fenêtre.

LA MARIOTTE

Eh bien, Jean-Lou, ra avance ?

JEAN-LOU, tout en travaillant.

Ça va être fini, la Mariotte ! j'en suis au masticage.

LA MARIOTTE

Oui ? ben, tâche un peu à pas me salir partout avec ton mastic.

JEAN-LOU

Que non! ça me connaît.

LA MARIOTTE

Oui, ben, tâche.

Elle chantonne tout en épluchant.

C'est le mois de Marie,...

JEAN— LOU, sur un ton détaché et tout en travaillant.

Dites donc, la Mariotte ?

LA MARIOTTE

Eh...?

JEAN-LOU

Je voudrais bien vous demander quelque chose.

LA MARIOTTE

Fais, mon petiot...

JEAN-LOU

Vous qui avez du goût...

LA MARIOTTE, modeste, et flattée.

Oh!

JEAN-LOU

Je voudrais avoir votre avis sur un objet...

LA MARIOTTE

Et quoi donc ?

JEAN-LOU

Oh ! C'est peu do chose... C'est pour la demoiselle du château, vous savez... qui m'a sauvé de la noyade, le jour où je faisais l'idiot sans connaissance sur la plage... Il paraît que sans elle, ça y était de mon Jean- Lou...

LA MARIOTTE

Ca!

JEAN-LOU

Alors, ça vaut bien quéqu'chose, n'est-ce pas? Seulement quoi?... Ah! ce que j'ai cherché ! Quand on n'est pas riche, pas vrai ? et puis, je voulais que ce soit un souvenir qui eût rapport... et puis, qu'il vînt bien de moi... Alors je ne sais pas si c'est bien?... j'ai pensé que ça...?

Il saute à bas de son banc et va chercher quelque chose dans le casier qui forme le bas de son crochet, lequel est contre la table du jardin, LA MARIOTTE.

Voyons ?

JEAN— LOU, tirant du casier de son crochet, un objet assez volumineux enveloppé soigneusement dans de l'ouate.

Oh ! ce n'est pas un objet de valeur I... ce n'est qu'un objet d'art... fait par moi... c'est tout le mérite.

Il présente l'objet qu'il a développé tout on parlant; c'est une espèce de grand verre gravé.

LA MARIOTTE

Ah ! mais c'est joli !

JEAN-LOU, flatté dans son for intérieur.

Vous trouvez ? C'est moi qui l'ai gravé. Vous voyez, d'un côté : « A ma sauveteuse, son saiweté. » Ça dit tout!... Et au milieu: nos initiales entrelacées. De l'autre côté, elle, assise.

LA MARIOTTE

Ah! c'est elle, ça?

JEAN-LOU

C'est elle.

LA MARIOTTE

Je ne l'aurais pas reconnue.

JEAN-LOU

Sur du verre, n'est-ce pas? et au-dessus de sa tête, une femme en l'air, qui brandit une couronne; j'ai vu ça dans des tableaux... ça fait bien... Et moi, à genoux, lui baisant respectueusement le bout des doigts, une main sur mon cœur.

LA MARIOTTE

Oui, oui.

JEAN-LOU

Au fond, la mer avec une moitié de soleil qui en sort. C'est ce qu'on appelle une allégorique.

LA MARIOTTE

Comme tu es instruit.

JEAN-LOU

On a été élevé à la ville, pas vrai? vous croyez que ça lui fera plaisir ?

LA MARIOTTE

Comment, mais c'est très joli!

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JEAN-LOU, modeste.

C'est simple... (changeant de ton.) Ça pourra lui servir de verre à table; comme ça, chaque fois qu'elle boira, ce verre lui dira : « c'est le petit que j'ai sauvé!... » et ça fera plaisir à tous les deux.

LA MARIOÏTE.

Bien pensé, mon p'tiot; faut lui porter ça.

JEA.N'-I-OU, comme saisi d'épouvante à cette perspective.

Qui. moi?... Oh! non... non!

LA MARIOTTE

Comment?

JEAN— LOU, sur un ton câlin.

Non, vous!... vous, vous lui porterez!... moi, voyez-vous, j'oserais pas la regarder en face. Quand on a été vu tout nu par une demoiselle, et que c'est pas voulu, on a trop iionte.

LA MARIOÏTE.

Jean-Lou, t'as de l'orgueil !

JEAN-LOU

J'aime pas me faire remarquer.

n retourne à son crochet dans l'intention de ranger son précieux cadeau.

l'abbé, paraissant au seuil de la porle du presbytère. II tient à la main un porte-bouteilles muni de quatre bouteilles cachetées.

Eh bien, c'est coinnie en que tu travailles, flâneur?

JEAN-LOU

J'ai fini, monsieur l'Abbé.

L ABBÉ, descendant au 2.

Qu'est-ce que tu niontrais-là, à la Mariette?

JEAN-LOU, 3

Oli! c'est rien d'intéressant, monsieur l'abbé.

LA MARIOTTE, 1, toujours assise sur sa marche.

C'est un cadeau qu'il voulait ofirir à la demoiselle du château en manière de reconnaissance.

l'abbé.

Ah?... voyons!

JEAN-LOU, confus.

Oh! monsieur l'Abbé!...

l'abbé.

Allons! allons!

LA MARIOTTE

Te fais donc pas prier.

Oli! pour ce que c'est... !

Il présente le verre à l'abbé.

l'abbé.

Ah ! uiais c'est bien, ça !

JEAN-LOU

C'est simple.

l'abbé, lisant l'inscription.

« A ma sauveteuse, son sauveté. »

Il s incline avec un sourire légèrement ironique, JEAX-LOU.

Ça peut aller?

l'abbé.

Mon Dieu!... c'est du français du cœur.

JEAN-LOU, sincère.

Ah ! oui. du cœur...

l'abbé.

Alors, c'est parfait. Qu'est-ce que c'est que cette chose-là, cette espèce de brioclie qui est au milieu.

JEAN-LOU

C'est mademoiselle!

L'ABBÉ

Ahl c'est mademoiselle! oui, oui, oui... mais évidemment, je regardais mal...

JEA.N-LOU.

Et moi à côté.

L ABBÉ^ lui rendant le verre.

Mes compliments, Jean-Lou, c'est tout à fait gentil.

JEAN-LOU

Ail, bien, je suis bien content, monsieur l'Abbé !

11 remonte au-dessus de la table pour ranger ses outils et se préparer au départ.

l'abbé, à la Mariette.

Je sors, la Mariotte.

LA MARIOTTE

Où est-ce que vous allez encore porter notre vin ?

l'abbé.

Qu'est-ce que ça te fait?., puisque nous n'en buvons ni l'un ni l'autre.

LA MARIOTTE

Possible; mais quand il n'y en aura plus pour mettre dans les burettes, hein ? comment fera-t-on pour le Saint-Office, hein ?

L'ABBÉ, la singeant.

Eh! bien, on en fera venir d'autre « hein » ! Ne grogne pas. Je m'absente cinq minutes. Si madame la comtesse et sa fa-

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mille arrivent pendant ce temps, dis-leur que je suis à deux pas, chez la Marie-Jeanne qui est accouchée ce matin ; qu'on veuille bien m'attendre, le temps que tu viennes me chercher.

LA MARIOTTE

Voilà donc où il va passer, notre vin : chez la Marie-Jeanne, une fille-mère!

I/aMBK, corrig'eant.

Une mère, c'est tout ce que j'ai à savoir I et une mère qui a d'autant plus besoin de moi que la place du mari est vide à son chevet, par conséquent...!

LA MARIOTTIC.

C'est bon, allez. Tout ce que je dirai ou rien...

l'abbé.

Tu es bien aimable de me donner la permission.

Il remonte. La Mariotte hausse les épaules et pendant ce qui suit rentio dans le presbytère en emportant ses ustensiles de ménage.

JEAN-LOU, tout en passant les bretelles de son crochet.

Je peux disposer, monsieur l'Abbé?

i/AUBÈ, au fond..

Oui!... Ah! Et puis, si tu vois ton oncle,

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dis-lui qu'il vienne réparer mon mur, là.

(il indique lo côté droit de la scène.) CeS (HablcS (lo

gamins me l'ont dégradé en l'escaladant pour venir marauder dans mes espaliers!

Que diantre I je leur laisse ma porte ouverte, ils pourraient bien se dispenser de détériorer ma clôture. Enfin! va!

JBAN-LOU.

Oui, M. L'Abbé.

Il se diriRo vera la droite.

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