VOIX DE MAURICE
Voilà!
JEAN-LOU, à l'abbé.
Le v'ià!
MAURICE)* le pas dôlurô, l'air gamin entrant vivement et, en passant pour aller à l'abbô, donnant une tape amicale sur la joue de Jean-Lou.
Merci. Jean-Lou. (^e précipitant dans les bras de
l'abbé.) Bonjour, monsieur le curé.
Us s'embrassent pendant que Jean-Lou sort. L'ABBÉ (l).
Mon cher enfant ! Ça me fait plaisir de vous voir.
Et à moi donc ! (passant au (l); tout ce qui suit très chaud, très vibrant, très jeune.) Ail ! mOUsicur le
curé, les joies que je viens d'éprouver en me retrouvant ici.. ! tous ces lieux que je
Maurice est en civil : blouse de chasse à trois plis et ceinture ; knickerbockers, le tout en étoffe anglaise. Legings et feutre mou.
connais depuis mon enfance, il me semble que je les vois avec d'autres yeuxl comme c'est beau, notre cher patelin.
l'abbé, tout près de lui.
C'est aujourd'hui que vous vous en apercevez ?
MAURICE, se retournant vers lui.
Oui ! c'est à croire que je n'ai jamais regardé!., j'ai toujours eu les yeux trop tournés à l'intérieur, alors, je ne voyais pas au dehors ! (Bien gosse.) C'est bien, la nature,
vous savez.
l'abbé.
Si c'est bien !
MAURICE, sans lui laisser le temps de placer sa réponse.
C'est ça qui nous prouve l'existence de
Dieu!
l'abbé.
Tiens !
MAURICI'^, sautant d'une idée à l'autre.
Et à part ça, ça va bien? la santé, oui?
L abbé, s asseyant sur le banc circulaire de 1 arbre de façon à être profil au public et face au presbytère ; partant, face à Maurice.
Ma parole, je ne vous reconnais pas : cette exubérance, cette gaieté... c'est le service militaire qui vous a transformé ainsi ?
MAURICE
Mais oui! le service militaire et aussi...
l'abbé.
Quoi ?
MAUIltCE, iur un ton plein de sons- entendu. Je ne sais pas... un tas de choses I (Brusquement, changeant de ton.) OÙ CSt ma famille?
l'abbk.
Vous aviez à me parler: je l'ai éloignée... habilement.
MAURICE
Bien!
l'abbé.
Qu'avez-vous à me dire ?
MAURICE, se penchant vers lui.
Votre sentiment à vous demander sur un cas de conscience.
Et quoi donc ?
MAURICE, bien précis comme pour l'énoncé d'un problème.
Un homme a aimé une femme; ils s(mt tombés dans le péché; cet homme estime cette femme : quel est son devoir ?
l'.\BBÉ, bien nettement.
Mais cela ne souffre aucun doute! Il doit réparer la faute par le mariage.
MAURICE, lui serrant vigoureusement les mains.
Merci! C'est la réponse que j'attendais.
l'abbé, un peu interloqué, avec une pointe d inquiétude.
Mais pour qui me demandez-vous...?
MAURICE
Chut!... cliut!... je vous le dirai plus tard.
l'abbé.
Je ne suppose pas que ce soit...?
MAURICE
Chut, chut, chut! plus tard, (changeant
de ton.) Et, maintenant, monsieur le curé,
(Avec pompe.) introduisez... la famille.
l'abbé, un peu ahuri.
L'introduire? Mais... elle n'est pas là! il faut que j'aille la chercher...
MAURICE, remontant.
Oh ! monsieur le curé, non ! s'il en est ainsi, je...
l'abbé, qui s'est levé, allant prendre le casier à bouteilles qui est derrière l'aibre sur le même banc que lui.
Laissez donc! laissez donc! Là où sont les vôtres, j'avais justement à aller.
MAURICE
Oh! vraiment, je suis confus.
l'abbé.
Dix minutes!
Il sort par le fond droit.