‹ Le bourgeon; comédie en trois actesChapitre 62 sur 62 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les Mêmes, VÉTILLE, puis LE MARQUIS et L'ABBÉ.

LA COMTESSE, voyant le docteur qui sort de chez son fils.

Ah! Docteur...! (Redescendant en scène avec lui.)

Eh! bien vous avez examiné mon fils?

VÉTILLE (3)

Eh ! oui., madame ; il se dispose à aller prendre son bain.

LA COMTESSE (2)

Ah? VOUS autorisez?

VÉTILLE

Certes ! très bon, la mer : ça fouette le sang! Tout ce qui est exercice violent, j'approuve.

LA COMTESSE

Ah ! Docteur, si vous saviez — ma cousine peut vous le dire — tous les tourments que cet enfant m'a donnés depuis sa naissance, avec sa santé!... Tout petit, j'ai failli le perdre, de la scarlatine! Les médecins l'avaient abandonné. Docteur !

VÉTILLE

Ils n'en font jamais d'autres!

LA COMTESSE

Heureusement, j'étais là ! je l'ai sauvé, moi!... malgré eux!

VÉTILLE

Eh! mon Dieu!... et comment? Ça m'intéresse, vous comprenez !

LA COMTESSE, comme de la chose la plus simple du monde.

En le vouant au bleu.

VÉTILLE

Quoi ?

LA. COMTESSE

Je l'ai voué au bleu.

VÉTILLE

C'est la première fois que j'entends parler de cette médication-là.

EUGÉNIE, à part, avec pitié.

Médication !

LA COMTESSE, avec un sourire indulgent.

Vous ne me paraissez pas, Docteur, très versé sur les choses de la religion.

VÉTILLE

Dame, madame! évidemment... ! ce n'est pas beaucoup ma partie...

EUGÉNIE, à part et comme précédemment.

Sa partie I

LA COMTESSE

Eh ! bien, docteur, pour vous initier : Quand on a des raisons d'appeler la Miséricorde Divine sur un être aimé, on le voue à la Vierge, oui !... pour un temps déterminé.

VÉTILLE, avec un profond sérieux.

Ah?

LA COMTESSE

Et alors, il est entendu que pendant cette période on ne l'habille, des pieds à la tête, qu'en bleu.

VÉTILLE

Oui dàl

EUGÉNIE

... qui est la couleur de notre sainte Mère la Vierge Marie.

VÉTILLE

Oui, oui. oui, oui!... Eh! bien mais, dites donc, si vous avez confiance dans ce remède, moi vous, savez...! Avant tout la foi.

EUGÉNIE, avec amour.

Oh! oui.

LA COMTESSE

Hélas ! docteur, mon fils part en octobre pour son service militaire.

VÉTILLE

Ah? ah?... oh! mais très bon ça! Je ne voudrais pas vous faire de la peine, mais j'aurais bien plus confiance dans ce remède là, qu'en votre machin bleu vous savez I

EUGÉNIE, scanrialisoo.

Oh!

VÉTILLE

Le régiment, aha I parlez-moi de ça ! voila

qui vous requinque un homme! Sans compter que votre fils trouvera parmi ses camarades des exemples salutaires à son état et s'il a la bonne idée de les suivre...!

LA COMTESSE

Vraiment, Docteur? Ohl vous me tranquillisez: moi qui me faisais un monde...! Mais enfin, qu'est-ce qu'il a ?

VÉTILLE

Votre fils ?

LA COMTESSE

Oui!

VÉTILLE

Eh! bien, mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? C'est un garçon qui fait de la neurasthénie.

LA COMTESSE, s'effarant.

Ah! mon Dieu, c'est grave?

En soi, non ; mais enfin c'est toujours un mauvais terrain.

LA COMTESSE

Dieu! mon Dieu !... et comment pensezvous qu'on puisse enrayer...?

VÉTILLE

Comment ?

LA COMTESSE

Oui.

VÉTILLE, hésite un moment, puis brusquement.

Ecoutez-moi, madame : Je suis un vieux militaire et pour moi un chat est un chat.

LA COMTESSE

Oui, Docteur, oui.

VÉTILLE

Eh ! bien, ce qu'il faudrait à votre fils, dame... il faudrait... il faudrait...

LA COMTESSE, sur les charbons.

Mais quoi ? quoi ?

VÉTILLE, éclatant.

Mais qu'il marche, madame! qu'il marche I

Etc., etc.

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