‹ Le bout de l'an de l'amour causerie a deux (volume 2)Chapitre 10 sur 13 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

CHARLES

Eh ! mon Dieu ! sur quoi donc as-tu marché depuis cinq minutes?

HENRI

Ah! j’ai marché sur des Colombe... sur des gens du monde, sur les habitants de la lune, sur le régent, sur tous ces souvenirs qui ne sont bons qu’à faire des regrets. Enfin, je m’ennuie* profondément. Ça vient de me prendre là tout de suite ; et, après tout, il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais. Eh bien, ma vie me semble vide, creuse, qu'est-ce que tu veux que je te dise I En temps de guerre, on s’étourdit, on ne réfléchit pas; mais quelque chose me dit que nous allons avoir la paix et pour longtemps peut-être; et, alors, je me souviens de ce que tu m’as dit. Je pense que j’ai, quelque part dans un riant pays, ma maison et ma vigne, et qu’il serait doux d’avoir des fils à qui laisser la vendange. Tu no sais pas ce que tu devrais faire? Eh bien, tu devrais me marier.

CHARLES, éclatant de rire.

Ah 1 ah ! ah !

* HENRI, touchant la chaino de Charles.

Tiens ! qu’estrce que tu as là?

CHARLES

Tu le vois bien, ce sont des breloques.

HENRI

Oui... ça s’ouvre cela? Qu’est-co qu’il y a là-dedans?

CHARLES

Des portraits: mon père, ma mère et ma sœur... (il les lui montre.) Nos parents sont morts, tu le sais 1 alors, je tiens lieu de père à ma sœur, et ma sœur me tient lieu de mère.

Ah! tu n’es pas un chien errant, toi. Elle est bien jolie, ta sœur. Tu ne m’en avais jamais parlé?

CHARLES

Tu crois?

HENRI.'

J’en sais sûr.

CHARLES. '

AhI... Eh bien, tu t’es trouvé en rapport avec elle, sans t’en douter.

* HENRI

Comment cela?

CHARLES

Tu te souviens de l’air national de là-bas?

HENRI

La Milanaise.

CHARLES

Oui, que je t’avais prié de noter; c’était pour l’envoyer à Estelle. j

Ah ! elle se nomme Estelle?

CHARLES

Cher petit ange! ah! Je ne t’ai jamais parlé d’elle! Eh bien, je suis un misérable, parce que ce qu’elle a fait, j’aurais dù le raconter à toute la terre.

HENRI

Raconte-le-moi bien vile, alors.

* CHARLES

C’était en 1854. Estelle avait alors dix-huit ans... Je faisais encore partie de l’armée. Tu ne m’as jamais vu en uniforme, toi ? Tu as perdu ; il parait que j’étais très-bien.

HENRI

Fat!

CHARLES

Bref, je venais d’être blessé à Inkermann, et Ton m’avait transporté à Constantinople, au palais de l’ambassade russe, que le sultan avait consenti à transformer en hôpital français. Une nuit...

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