SCÈNE UNIQUE
CHARLES FORESTIER, HENRI YOLNAY.— Henri est au piano. Charles fume un cigare sur le balcon.
HENRI, jouant *.
Anne, ma sœur Anne, ne vois- lu rien venir?
CHARLES
Je ne vois que le macadam qui. poudroie et les kiosques qui flamboient.
Ces dames se font bien attendre!
CHARLES
Pour quelle heure leur as- tu donné rendez-vous?
HENRI
Pour sept heures précises.
* Marche autrichienne. * . ..
CHARLES
Il n’est que sept heures un quart. Ces dames ont encore quarante-cinq minutes à elles. Je te disais bien que nous avions le temps, mais tu ne tenais pas en place.
HENRI
Aussi, c’est que, toi, lorsque tu es à ton café du Helder...
CHARLES
Mon café du Helder! c’est bien plutôt ton café que le mien ; car enfin, moi, je ne suis qu’un simple colon, comme vous nous appelez assez impoliment au 3° zouaves; un pauvre petit histo* riographe à la mine de plomb, à qui l’on permet de suivre nos victorieuses armées et de dessiner tranquillement.
HENRI, riant.
Au milieu des coups de fusil. (Il 89 lève. Un gardon entre de la gauche, portant deux bouquets.)
LE GARÇON, à Henri.
Monsieur, voici ce qu’on envoie de la rue Laffitte.
nENRI.
Boni posez ça là. (Le garçon place les bouquets sur la table .et sort.)
CHARLES, lisaut le menu, près de la cheminée.
« Soupe à la tortue,
Laitances de carpes à la Demidoff,
Homard à l’américaine.
Sorbets à l’ananas, 1
Coq de bruyère truffé, etc., etc. »
Ahl mais, décidément, mon cher Yolnay, qui traitons-nous donc?
HENRI, riant.
Ton cœur ne te dit donc rien?
CHARLES
Eh nonl parbleu 1 mon estomac seul me dit quelque chose, et il crie assez fort pour que je l’entende ; il crie famine. Voyons, tu