‹ Le bout de l'an de l'amour causerie a deux (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

CHARLES, allumant une cigarette.

Quel bonheur!

Forestier, je te trouve froid I

CHARLES

Qu’est-ce que tu veux! j’ai ure idée que je n’avais pas voulu te dire d’abord, de peur de te co itrarier, mais que...

HENRI

Quoi donc ?

CHARLES

Eli bien, s’il faut te l’avouer, je trouve qu’en organisant celte petite fô;e du souvenir, tu as commis une imprudence... ou, si tu l’aimes mieux, une maladresse.

HENRI

Une maladresse!

CHARLES

Imperitia... chez les anciens... impair chez les modernes, qui n’y regardent pas de si près.

HENRI

Ah ! je te trouva' s froid tout à l'heure, maintenant je te trouve sévère.

CHARLES

Sévère... mais juste.

HENRI

Enfin, pourquoi?

CHARLES

Pourquoi? pourquoi? Ah! un mot,' d'abord! me permets-tu de 'e parler du fleuve du Tendre?.

HENRI, riant.

Tu es insupportable.

CHARLES

Réponds... c’est important.

Eh bien , oui.

CHARLES

Merci I à charge de revanche... Je te dirai donc que le fleuve du Tendre peut être descendu, mais qu’il ne faut jamais le remonter.

HENRI

Je ne comprends pas.

CHARLES

Ah! tu ne comprends pas? Eh bien, sais-tu ce que nous eussions fait tous quatre ici, ce soir, si ces dames étaient venues? Sais-tu ce que nous ferions encore, si elles venaient ?

HENRI

Nous ferions un bon dîner.

CHARLES

Pas du tout, car on vient de te dire qu’il serait détestable. Nous ferions ce que j’appelle le bout de l’an de l’amour.

HENRI, riant.

Très-jolie, l’image!

CHARLES

Oui, le bout de l’an de l’amour; et les bouts de l’an, vois-tu, Henri, ce n’est plus cela. Les yeux lisent bien les mêmes versets, la bouche récite bien les mêmes psaumes, mais l’émotion est partie, la ferveur est absente. Alors, on ne se gène guère pour parler de celui qui n’est plus; on le discute, on le juge, quelquefois on le condamne, et l’on s’en va dîner... Eh bien, mon cher, généralement, en est de même aux bouts de l’an de l'amour.

HENRI

Ce qui donnerait à entendre qu’avant minuit nous aurons dit pis que pendre du défunt.

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