‹ Le bout de l'an de l'amour: causerie a deuxChapitre 10 sur 12 · SCENE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCENE UNIQUE

CHARLES

Oui, car Estelle, je le sais, est trop délicate, trop impressionnable pour cette vie d'émotions, de Ariomphes peut-être

HENRI, cessant de jouer» et Tirement.

Et, comme la Malibran aussi, elle verserait de vrais pleurs sur la scène, et tu as peur... qu'elle ne chante le Saule,

G HARL^S, ému.

Âh! tais- toi, tu m'as fait mal... (uvassied près du piano.) C'est le cœur qui a tué notre mère.

Henri se Iôto très-agité ; il se promène quelque temps sans parler, puis s'arrête tout à coup deyant Forestier.

HENRI

Mon ami, il ne faut pas que ta sœur soit chanteuse.

CHARLES

Que veux-tu qu'elle soit ?

HENRI, s'asseyent en faoe de lui.

Eh 1 je veux qu'elle soit une heureuse châtelaine, parbleu I au fond d'un vieux manoir tout plein d'ombre et de poésie, avec de beaux enfants rieurs jouant sur la pelouse.

CHARLES, souriant.

Biais ma sœur n'a pas de dot !

HENRI

Raison de plus ! Écoute, Forestier, dis-moi, comment crois- tu que finirait, dans un théâtre à colonels, une histoire seniblable à celle-ci, c'est-â-dire commençant par un coq de bruyère truffé pour en arriver à un médaillon et â des breloques ?

^ CHARLES

Je l'ignore, mon ami.

HENRI

1 Eh bien, je vais te le dire. L'ami serait captivé par les grâces enchanteresses du médaillon; il devinerait, dans ce doux et limpide regard, tout un avenir d'amour, dans ce dévouement de jeune fille

* Henri, Charles.

tout un avenir de bonheur, et il le dirait : a Mon cher Forestier,

]e suis jeune, je suis riche, je ne suis pas trop mal et je n*ai jamais I

aimé. »

CHARLES

Voyons, plaisantes-tu ? I

HENRI

Ta sœur ne me connaît pas, elle ne m'a jamais vu ; mais, avec >

un cœur comme le sien, avec une âme comme la sienne, elle en arriverait peut-être à aimer celui qui aurait sauvé la vie à son frère. /^

CHARLES

Que veux-tu dire? Est-ce que c'était toi qui, à Palestre...? i

Ils se lèvent.

HENRI

Non, parole d'honneur! malheureusement... Mais tu le diras, mais tu le laisseras croire. Je ne t*ai pas sauvé la vie ce jourlà, mais je te promets de te la sauver une autre fois.

CHARLES, riant.

Enfant !

HENRI

Voyons, Forestier, mon ami, mon frère, quand irons-nous chez toi jouer la itfttonatse? Demain, aujourd'hui, tout de suite, veux-tu?

CHARLES

Mais ces dames ?

HENRI

Ces dames ? Tu oses me parler de ces dames 1 loi, le père d'Estelle! à moi qui suis presque son mari I car, enfin, suis-je ou non son mari ?

CHARLES, lui prenant les mains.

Oui... si elle y consent... Mais tu me jures de la rendre heureuse ?

HENRI, arec sentiment.

Je te le jure ! et, si je manque à mon serment, eh bien, brûle- moi la cervelle

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