SCENE UNIQUE
CHARLES
Oui, car Estelle, je le sais, est trop délicate, trop impressionnable pour cette vie d'émotions, de Ariomphes peut-être
HENRI, cessant de jouer» et Tirement.
Et, comme la Malibran aussi, elle verserait de vrais pleurs sur la scène, et tu as peur... qu'elle ne chante le Saule,
G HARL^S, ému.
Âh! tais- toi, tu m'as fait mal... (uvassied près du piano.) C'est le cœur qui a tué notre mère.
Henri se Iôto très-agité ; il se promène quelque temps sans parler, puis s'arrête tout à coup deyant Forestier.
HENRI
Mon ami, il ne faut pas que ta sœur soit chanteuse.
CHARLES
Que veux-tu qu'elle soit ?
HENRI, s'asseyent en faoe de lui.
Eh 1 je veux qu'elle soit une heureuse châtelaine, parbleu I au fond d'un vieux manoir tout plein d'ombre et de poésie, avec de beaux enfants rieurs jouant sur la pelouse.
CHARLES, souriant.
Biais ma sœur n'a pas de dot !
HENRI
Raison de plus ! Écoute, Forestier, dis-moi, comment crois- tu que finirait, dans un théâtre à colonels, une histoire seniblable à celle-ci, c'est-â-dire commençant par un coq de bruyère truffé pour en arriver à un médaillon et â des breloques ?
^ CHARLES
Je l'ignore, mon ami.
HENRI
1 Eh bien, je vais te le dire. L'ami serait captivé par les grâces enchanteresses du médaillon; il devinerait, dans ce doux et limpide regard, tout un avenir d'amour, dans ce dévouement de jeune fille
* Henri, Charles.
tout un avenir de bonheur, et il le dirait : a Mon cher Forestier,
]e suis jeune, je suis riche, je ne suis pas trop mal et je n*ai jamais I
aimé. »
CHARLES
Voyons, plaisantes-tu ? I
HENRI
Ta sœur ne me connaît pas, elle ne m'a jamais vu ; mais, avec >
un cœur comme le sien, avec une âme comme la sienne, elle en arriverait peut-être à aimer celui qui aurait sauvé la vie à son frère. /^
CHARLES
Que veux-tu dire? Est-ce que c'était toi qui, à Palestre...? i
Ils se lèvent.
HENRI
Non, parole d'honneur! malheureusement... Mais tu le diras, mais tu le laisseras croire. Je ne t*ai pas sauvé la vie ce jourlà, mais je te promets de te la sauver une autre fois.
CHARLES, riant.
Enfant !
HENRI
Voyons, Forestier, mon ami, mon frère, quand irons-nous chez toi jouer la itfttonatse? Demain, aujourd'hui, tout de suite, veux-tu?
CHARLES
Mais ces dames ?
HENRI
Ces dames ? Tu oses me parler de ces dames 1 loi, le père d'Estelle! à moi qui suis presque son mari I car, enfin, suis-je ou non son mari ?
CHARLES, lui prenant les mains.
Oui... si elle y consent... Mais tu me jures de la rendre heureuse ?
HENRI, arec sentiment.
Je te le jure ! et, si je manque à mon serment, eh bien, brûle- moi la cervelle