‹ Le bout de l'an de l'amour: causerie a deuxChapitre 9 sur 12 · SCÈNE UNIQUE i · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE i

LE GARÇON, entrant précipitamment de la gauche*

Messieurs, je crois que voici ces dames.

Il sort comme il est entré. Henri et Charles ont un mourement d'humeur trèsprononcé. Ils rangent les chaises et rétablissent leur toilette.

LE GARÇON, rentrant.

Messieurs, je me suis trompé. u disporait.

HENRI, furieux.

Que le bon Dieu te bénisse!

CHARLES

Que le diable t'emporte 1

HENRI

Continue.

CHARLES

Où en étais-je ?

HENRI

A rhôpital.

CHARLES

Aht oui... (Se retournant vers la porte.) Que le diable t'empOrte:

Une nuit donc que, couché sur mon lit de souffrance, je m'agitais fiévreux, dans une de ces insomnies que connaissent seuls les exilés qui luttent contre la mort à cinq cents lieues de la patrie, je vis tout à coup se dresser devant moi une ombre gracieuse... Une femme était là qui se penchait vers moi, m'étreignant de ses deux bras, me couvrant de ses baisers et de ses larmes.

HENRL <

C'était Estelle?... (se reprenant.) C'était ta sœur?

Oui, ma pauvre petite sœur, qui, à la première nouvelle de ma {blessure, avait tout quitté pour venir me servir de garde-malade... [N'est-ce pas que c'est gentil, Ci ^

HENRI

Siiprrbc !

CHARLES

Pour la peine que je t'ai raconté mon histoire, tu vas me jouer la Milanaise, l*air favori d'Estelle. Tu sais comme je le le demandais bien vite en Italie, dès que nous avions seulement à notre service un petit bout d'épinette grand comme ça.

HENRI

Oui, et je comprends maintenant pourquoi ; tu te disais : « Cet air, Estelle le joue peut-être aussi en France, dans ce môme moment, » et c'était comme si tu avais causé avec elle.

CHARLES, riant.

Oui, c'est vrai.

HENRI, 86 mettant au piano.

Eh bien, nous allons causer tous les trois, (ii joue.) Gomme cela, je serai déjà un peu de la famille. (Pariant tout en jonant.) Ta sœur est bonne musicienne ?

CHARLES

Que trop bonne, hélas I

HENRI

Gomment?

CHARLES

Eh I sans doute, car elle chante à elle seule comme la Sontag et la Malibran ensemble.

HENRI

Oh! la Malibran... (ii joue *; après un temps.) Eh bien, tu disais quêta sœur?...

CHARLES

Eh bien, je disais que cela lui a donné Tidée de se mettre au théâtre.

HENRI

Et cela te fait de la peine''

* Romance da Saule.

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