PERSONNAGES
HENRI VOLNAY MM. Berton.
CHARLES FORESTIER Lapontainb
Un Garçon db bbstaurant Ulrio.
1859, trois mois après le retour d'Italfa.
LE
Un cabinet dans l'on des meilleurs restaurants de Paris. — - An milieu, une table de quatre couverts richement servie. — A gauche, cheminée avec du feu. — Candélabres aUumés. — Un piano à droite. — Fenôtre an fond. — Porte au fond à gauche. — Porte à droite.
CHARLES FORESTIER, HENRI VOLNAY. — Henri estau
piano» Charles fume un cigare aor le balcon* HENRI, jooant*.
Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
CHARLES
Je ne vois que le macadam qui poudroie et les kiosques qu flamboient
HENRI
Ces dames se font bien attendre I
CHARLES
Pour quelle heure leur as-tu donné rendez-vous?
HENRI
Pour sept heures précises.
"Mwcheautriclileime. '^*" -
CHARLES
11 n*esl que sept heures un quart. Ces dames ont encore quarante-cinq minutes à elles. Je te disafs bien que nous avions le temps, mais tu ne tenais pas en place.
HENRI
Aussi, c'est que, toi, lorsque tu es à ton café du Helder.,.^
Mon café du Helder I c'est plutôt ton café que le mien ; car enfin, moi, je ne suis qu'un simple colon, comme vous nous appelez assez impoliment au 3* zouaves; un pauvre petit historiographe à la mine de plomb, à qui l'on permet de suivre nos victorieuses armées et de dessiner tranquillement.
HENRI, riant.
Au milieu des coups de fusil.
Il le lèTe. Un gardon entre de la ganche portant deoz boaqaeta. LE GARÇON, à Henri.
Monsieur, voici ce qu'on envoie de la rue Laffitte.
HENRI
Bon 1 posez ça là.
Le garçon place les bonnets sur la table et sort. CHARLES, lisant le menu, près de la cbeminée.
< Soupe à la tortue, Laitances de carpes à la Demidoff, Homard à l'américaine.
Sorbets à l'ananas,
Gop de bruyère truffé, etc., etc. »
Ahl mais, décidément, mon cher Yolnay, qui traitons-nous donc?
HENRI, riant.
Ton cœur ne te dit donc rfen ?
CHARLES
Eh non I parbleu 1 mon estomac seul me dit quelque chose, et il crie assez fort pour que je Tentende; il crie famine. Voyons, ut
tiens à me faire une surprise? Eh bien, surprends-moi ua peu plus tôt. Dis-moi le nom des gentilles ogresses auxquelles sont des- 6nées ces fantastiques agapes.
HENRI
Est-ce que vraiment le lieu où nous sommes ne te rappelle pas quelque chose ?
CHARLES
Il ne me rappelle rien du tout. — Ah 1 si, si, il me rappelle que, dans un certain souper que nous donnait un prix de Rome, je me suis querellé avec Blanchard à propos de rien ; qu'à bout d'arguments, je lui ai jeié mon Champagne à la tête, et que, le lendemain matin, dans le bois de Meudon, il m'a troué un chapeau neuf.
HENRI
Tu ne te souviens que de cela?
CHARLES
Absolument.
HENRI, loi montrant on panneaa de la boiserie près de la cheminée.
Eh bien, lis donc, cœur sans mémoire!
CHARLES, lisant.
1 15 septembre 1856... » Eh bien?...
HENRI
Eh bien !
Ah ! j'y suis.
C'est bien heureux!
CHARLES
Oui, oui... Il y a trob ans, la veille de notre départ pour l'Afrique, c'est bien ici qu'a eu lieu la scène déchirante de nos adieux à la charmante Alexina, à la gracieuse Colombe. Ces murs ont
«Henri, GbarU ^
CHARLES
HENRI
retenti des sanglots de nos Arianes, délais sées par ordre du min^s- Ire de la guerre.
HENRI
Ëh bien, mon cher, nos Arianes ne sont pas mortes de noire bandon»
CHARLES, riant.
Elles pas bêtes!
HENRI
Et tu les verras tout à Theure.
CHARLES
Tiens 1 tiens 1 tiens!... Mais où et quand les as-tu donc rencontrées?
HENRI
Hier soir, aux Italiens. Ne le dis pas au ténor Morini, mais nous n^avons pas entendu une note de la Norma. Nous avons parlé tout le temps de Magenta, de Solferino, et surtout des beaux jours passés. Alexina a gardé de toi le meilleur souvenir. Elle était même tout émue en me montrant, à son joli bras, ton petit bracelet, tu sais !
Ah ! oui... Un aspic de chez Ferrée, avec des yeux en rubis.
HENRI
. Elle m'a juré qu elle ne l'avait jamais quitta
CHARLES
Jamais?
HENRI
Pas une minute.
CHARLES, aree une grimace significatire
Merci bien!... Ah! si j'avais pu prévoir ça, c'est moi qui aurais crevé les yeux de l'aspic!