‹ Le braceletChapitre 2 sur 2 · RODOLPHE A CHRISTINE · texte numérisé non relu

RODOLPHE A CHRISTINE

Paris, 11 novembre 18...

« 0 ma bien- aimée ! je suis riche ! mon oncle m'a laissé les deux tiers de sa fortune. Avec une légère perte, j'ai déjà tout réalisé. Je tiens entre mes mains pour cent mille écus de traites sur l'Angleterre. N'est-ce pas la somme que nous avions fixée dans nos rêveries pour former entre nous un lien éternel ? Je vais connaître enfin la mesure de ton amour : je t'offre de fuir pour jamais avec moi, de réduire le reste de notre vie à deux choses, nous-mêmes et la nature. Le monde a fait notre malheur, qu'il soit mort pour nous ! qu'il appelle folie notre résolution ; si ton amour est égal au mien, ce sera un acte de sagesse. Choisis entre ces deux partis: une existence misérable, ou une suite d'années heureuses. Nous irons dans ces contrées magnifiques dont nous avons parlé cent fois, et dont je t'apprendrai encore à sentir tout le

prix. Une habitation simple, une vie paisible, l'amour sans contraintes, la réalisation de ce que nous osions à peine supposer : voilà ce que je t'offre ! Et n'aurons-nous pas bientôt une famille ? ne nous verrons-nous pas renaître dans nos enfans, car nous étions nés l'un pour l'autre? et le ciel nous regardera d*un œil indulgent! Pourrais-tu balancer un instant? tes sentimens passés étaient-ils une erreur et nous auraient-ils trompés tous deux? Non, c'est une chose impossible !

Demain, 12 novembre, je t'attendrai depuis neuf heures du matin jusqu'à minuit à la barrière de Une chaise de poste sera prête à

partir.

Si ton amour est dans un moment d'apathie, relis une de mes lettres, la première qui se présentera sous ta main ; recherche dans tes souvenirs la circonstance où elle fut écrite, et l'impression qu'elle avait fait naître; jette les yeux sur ce bracelet, premier gage de la sympathie qui te portait vers moi, et obéis à l'impulsion de ton cœur. Tu viendras, ô Chris-

tine! C'est demain que noire bonheur va commencer. »

Christine alla en effet rejoindre Rodolphe le lendemain, dès neuf heures du matin. Théodore assistait au départ. Les amans étaient émus, mais également joyeux et résolus tous deux. Rodolphe mit entre les mains de son aînijine copie de sa correspondance et du mémoire abrégé de ses amours, écrit à Chartres pendant la maladie de son oncle Rouvard.

Théodore, seul au monde, sait où sont à cette heure Rodolphe et Christine. Leurs mesures ont été prises avec un soin infini : les noms changés, et la fortune du jeune homme transportée dans un pays lointain, avec les précautions nécessaires pour que les traces des fiigitifs soient introuvables. Nous croyons donc pouvoir l'assurer au lecteur :

On ne les rêve rra jamais !

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