SCÈNE IV
PIERROT, CASSANDRE, POLICHINELLE, CHIMÈNE, Plusieurs Convives.
Entrent Polichinelle et sa fille, suivis De quelques invités qui paraissent ravis.
Cassandre développe une grâce infinie A recevoir chez lui l'illustre compagnie.
Pierrot, les yeux pochés, d'un air désespéré,
Commence à dépouiller le monde à peine entré.
Le bras noir prend la bourse aux hommes et la taille Aux femmes, s'adressant même à la valetaille.
La soupe est sur la table. — On se met à manger. Polichinelle a soif et boit sans ménager.
Le vin, par tous les yeux, gosiers et nez éclate !
Bientôt on voit partout danser de l'écarlate.
Polichinelle, comme un vieux coq enrhumé.
Entonne une chanson dont on paraît charmé.
Pierrot, en se montrant charmant avec la fille.
Vole tout ce qu'elle a de faux ou vrai qui brille.
Polichinelle autour de lui sème l'entrain ;
Tout le monde en dansant en rond chante au refrain,
Et comme des volants vont les éclats de rire.
Cassandre, jubilant, dans sa gaieté se mire.
Au dessert, des danseurs emplissent tous les yeux De bonds aériens, de festons gracieux.
En cachette, le bras force Pierrot de boire;
Ce bras de ncgre au moins n’aime pas l’humeur noire !
Pierrot va se noyer. Le maudit bras alors Le gave de gâteaux : on voit enfler le corps.
— Pierrot, indigné, voit le bras faire à Chimène Des attouchements dont elle paraît en peine
— Voilà que tout à coup chacun a constaté Qu'on n'a plus un mouchoir dans la société ?
Les montres et bijoux ont pris la même route ;
Chacun sur son voisin darde par l’œil un doute.
Du soupçon au soufflet la distance est : la main ,
Tout le monde a bientôt passé par ce chemin.
On se boxe, on se rosse, on se roule, on s'entasse.
Les soufflets font un bruit d'assiettes que l'on casse.
— Polichinelle, enfin, plus expérimenté.
Demande à voir les mains de chacun. — C’est voté !
— Pierrot, quand vient son tour, avec beaucoup de grâce. Ne montre qu'une main qui passe et qui repasse.
Mais le bras blanc saisit le bras voleur au cou,
Et montre la main noire encor pleine. — O filou !
Sur Pierrot on se rue, et ce que de ses poches On ôte de foulards, de montres, de brioches.
De couverts, de gâteaux, de bourses pleines d'or,
Est impossible à dire, et n'est pas tout encor !
Cassandre fuit ! — Pierrot, on l'entraîne, on le foule;
On montre un bout de corde avec un nœud qui coule !