CHAPITRE V. ioi
croire à rien qu'à la force. Il étendait
donc sa tyrannie avec une imposante assurance. Il avait partagé la Flandre en commandemens militaires. Des gouverneurs s'étaient installés dans les principales villes du royaume, et chacun de ces dictateurs obéissait aux ordres du chef suprême (i). Il faisait pleuvoir les châtimens sur toute rébellion au pouvoir , s'efforçant d'oublier que peu auparavant il avait proclamé l'insurrection élan sublime et droit sacré. De noirs cachots se refermaient sur de nombreuses victimes. Des têtes tombaient à sa voix (2) ; mais les amputations sociales ne
(i) Kronyhe Van Flaend., t. i. — Van Praet, Hist. de Flandre, t. 2.
(2) Van Praet, t. 2 , p. 3 1 et 40. — Mézerai , Hist. de France , in fol., t. 1, p. 769 et sniv. — Daniel, Hist. de France , in-4, t. 5 , p. 3i3 et suiv. — Froissard, ch. 3. — Meyer. — Anqueiil, et les auteurs déjà cités.
io2 LE BRASSEUR ROI.
ravivent pas les chairs mortes d'une nation. La Flandre tombait d'opprobre en opprobre et de désastres en désastres. Jacque se croyait grand de succès, il ne l'était que de flétrissures.
Le haut commerce inquiet , la noblesse indignée, la bourgeoisie mécontente et les ouvriers furieux, prophétisaient de nouveaux troubles. Quand un pays s'est une fois jeté dans la carrière des révolutions , « Marche ! lui crie le génie des vengeances ; C'est toi qui l'as voulu, marche encore! » et le malheureux pays, précipité d'abîme en abîme, sans pouvoir arrêter sa course, se débat convulsivement sous ce mot d'arrêt infernal, mot brûlant d'ana thème, marche!
Le Brasseur Roi, vainqueur des émeutes, s'était flatté de consolider son usurpation en obtenant pour son fils la main de quelque illustre princesse. Des propositions étaient