CHAPITRE IV
» — Pour Ostende.
» — Oh ! j'ai des amis ; je les rassemblerai sur les côtes de Flandre. On peut guetter le bâtiment. Il faut sauver le prince ou mourir.
» — Dieu m'inspirera , je l'espère. Je cours chez le Reward, il m'attend.
» — Vous avez sur lui, je le sais, une mystérieuse puissance. Comptez-vous lui parler d'Urbin ?
» — Le ciel m'en préserve !
» — Et que dire ?
» — J'ai un plan: mais je dois le taire.
» — Puis-je vous être utile, Bertrade ?
» — Venez me trouver demain soir.
» — Où ?
» — A ma maison d'Everghem.
» — Vous m'instruirez de vos desseins ? i- 7
» — Et nous concerterons nos démarches.
» — Sauverons-nous le prince, Bertrade?
» — Oui , si Dieu protège la Flandre. »
Le Reward de Flandre venait de congédier les envoyés des diverses puissances d'Allemagne avec lesquels il avait eu de longs entretiens; il était demeuré seul avec l'ambassadeur britannique. C'était son guide et son appui.
WIUOTHECA
ioo LE BRASSEUR ROI.
La révolution flamande se sentait déjà défaillir dans le vide de ses croyances. Jacque Artevelle, puissant par la destruction , mais commençant à avoir peur des ruines qu'il avait amoncelées , n'était plus ni en dedans ni en dehors du principe de son élévation ; aussi tous ses prestiges s'évanouissaient. Ce qui l'avait créé minait son existence; ce qui eût pu le raffermir repoussait sa domination. Il n'était plus pour chaque parti qu'un homme de mensonge et de crime.
Son gouvernement, qui, pour se soutenir, eût eu besoin d'ordre, de droit et de justice, ne pouvait, sans risque d'inconséquence, en appeler, pour sauver le pays, à ces bases éternelles de la société humaine. Il ne lui restait qu'une ressource: c'était de se réfugier audacieusement dans le despotisme , de tout braver pour tout asservir, et de ne