LES POPULATIONS NÈGRES S6S
voyageant à cheval, de surprendre ces scènes infernales que le passage d'un voyageur ne trouble et n'interrompt en aucune façon, et d'être poursuivi le long du chemin par des cris rauques et parles sons discordants d'une musique barbare !
C'est au cours de ces fêtes que sont dansées les danses nègres, demi-pantominies, demi-ballets : le Coco et la Samba. Elles sont égayées de chansons singulières, souvent dialoguées comme les danses, véritables comédies primitives, semées de mots inintelligibles, restes déformés des langues africaines. Beaucoup des « Modinhas » qu'on chante aujourd'hui autour de Bahia et de Pernambouc ont été composées par des poètes citadins, et ne sont que l'imitation plus ou moins adroite des types primitifs d'origine populaire. Mais les vieux motifs qui datent du temps de l'esclavage ont plus de caractère. Ils rappellent les occupations diverses auxquelles s'employait la population noire dans le^ nord du Brésil. Telle chanson était répandue dans les moulins de canne:
O Lele, tourne moulin
G Leie, moulin a tourné.
Qui n*a pas une chemise.
Pourquoi veut-il un paletot f
Et YÎYe Joachim Nabuco et tout son personnel
Et YiYO le Gordon Bleu» et le parti libéraL
Près de la côte, la mer a sa place dans les chansons;
Mon morceau de Toile
Quel Yent Yeux- tu qui le soulèYO t
Le jour le Yent de la terre,
La nuit le Yent de U mer.
Danses et chansons entretiennent l'allégresse, mais c'est l'eau-de-vie qui la crée. L'intempérance est en
effet le vice de la population noire. L'eau-de-vie est son premier et presque son unique besoin. Le nègre travaille seulement pour acheter de Teau-de-vie ; et c'est par de généreuses distributions d'eau-de-vie que le fazendaire entretient la fidélité de son personnel. J'ai assisté à une de ces distributions ; j'en ai rapporté une véritable impression d'effroi, à voir la quantité d'alcool absorbé par les adultes et même par les enfants. L'eau-de-vie de canne se vend au Brésil à un prix très faible ; le salaire d'un jour de travail permet d'acheter une semaine d'ivresse
Qii*Mt devenu ton camarade, — dit la chanson — L'eau de la montagne Ta emporté.
Ce n*est pai Teau, ce n*est rien.
Cest la cachaça (1) qui Ta tué.
L'alcoolisme n'est pas le seul fléau de la race noire. Elle est rongée par d'autres maladies que propage le défaut total d'hygiène ; aussi ne se multiplie-t-elle pas comme pourrait le faire croire son extrême fécondité. Il serait sans doute exagéré de prédire son extinction prochaine. Cependant il est probable qu'elle ne se développera pas dans la même proportion que les autres éléments de la population brésilienne. Son rôle» au BrésO, ne peut donc que décroître ; elle n'aura jamais d'influence décisive sur les destinées du pays.
(i) Oachaça, eau-de-vie de canne.