‹ Le Brésil, Buenos-Ayres, Montevideo et le Paraguay devant la civilisationChapitre 2 sur 11 · ADIINISTMTION BU LIVRE D'OR · texte numérisé non relu

ADIINISTMTION BU LIVRE D'OR

HBNRI WILLBMS BT C éditeurs

2 , m des Enfants-

PARIS r'-'::^L

B. •I>iwiîtî//"3^'ll?BXJR Libraire de la Société des Gens de lettres,

?alai8-Ri)jal> 17-19. Galerie d'Orléans.

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PREFACE

PREFACE

PRÉFACE

Cette Préface représentera pour le lecteur une page curieuse d'un livre à faire sur le journalisme, tant parisien, que provincial.

Au début du conflit entre le Brésil et le Paraguay, j'ai voulu remplir un devoir, en apportant quelque lumière dans une question que les correspondances brésiliennes s'attachaient à obscurcir. Mon séjour dans l^empire esclavagiste; des études spéciales, poursuivies depuis mon retour en Europe, et qui ont obtenu l'approbation d'hommes compétents, en France, en Angleterre , en Italie et en Allemagne, m'autorisaient peut^ être à prendre la plume, aftn de chercher à ramener l 'opinion ^'ott s'érér* * tuait à égarer.

Une brochure substantielle, attribuée à M. Juan-B. Alberdi* et qui, si elle n*esl pas signée de son nom, a, du moins, été reconnue par l'éroinent publiciste argentin comme ayant été inspirée par ses opinions (1) : Les Di:!SBNSiONS DES Républiques de la Plata et les HACHiNATioifS du Brésil (2) ; une seconde brochure» signée celle-là : Los Intereses argen- TiNOs, etc., etc.» me fortifièrent dans mon projet, en me prouvant que J'avais vu clair dans cette affaire, nouée par l'esprit de conquête contre l'indépendance de deux petites Républiques.

On nous donnait une seconde édition de la guerre en faveur des duchés de l'Elbe.

De l'autre c6té de l'Atlantique, la Prusse s'appelait le Brésil ; l'Autriche, c'était Buenos-Ayres. Les territoires convoités étaient ceux du Paraguay et de la Banda-Oriental.

Fermement convaincu qu'une nouvelle Convention de Gastein consacrerait, le lendemain de leur victoire, l'iniquité poursuivie par les alliés, J'ai voulu pousser le cri d'alarme de la sentinelle vigilante, et dénoncer le but véritable du conflit platéen.

Mais pour que ma voix fût entendue, il me fallait trouver une tribune retentissante.

L'empire esclavagiste a ses feuilles dévouées; Je cherchai parmi les Journaux qui, chacun à son point de vue, ont la prétention de combattre pour la liberté et la civilisation, des colonnes favorables à ma démonstration.

J'ai de vieux camarades dans deux journaux impbrtants; c'est à ces journaux que Je m'adressai d'abord ; mais cette double démarche n'obtint aucun succès. Je frappai à la porte de deux autres rédactions. Même résultat négatif.

(1) Todas sus ideas me pertenecen. Si no es mi hijo, es mi nieto , pues nace de mis escritos anteriores, (Los Intereses argektinos en u gcbira del Paraguay cor el Brasil. Carta primera, Por Jaan B. Alberdi. Paris, 1865.

(3) Brochure in-8. E. Dentu, éditeur. Paris, 1865.

Bien différent de Ja presse américaioe et anglaise, qui se préoccupe coDstamment des questions politiques et commerciales engagées sur tous les points du globe, le journalisme français dédaigne d'interroger les horizons lointains. Pour lui, aucun fait, vraiment digne d'intérêt, ne peut se passer au delà d'une certaine zone; et, malheureusement, cette zone est excessivement réduite.

Cette insouciance suffit pour expliquer mon échec.

— Le Paraguay? allons donci Cela ne vaut pas l'honneur d'une discussion sérieuse, répondait-on.

Si j'insistaiSy en signalant l'ambition malsaine du Brésil; la liberté commerciale menacée ; la violation de traités où la France était intervenue l'extension de l'esclavage sur tout l'estuaire de la Plata ; on répliquait qu'on ne voyait pas distinctement de quel côté se trouvait le droit, et que la question Brasilo-Paraguayenne était une espèce de pot-à-encre.

Il faut être riche, à Paris, quand on n'appartient à aucune coterie, pour défendre une cause, quelque juste que soit cette cause. Cette vérité m'est depuis longtemps connue, et pourtant, devant chaque fait qui la proclame, mon incorrigible npîveté s'étonne; parfois même, elle s'oublie jusqu'à l'indignation.

On le voit, les épreuves traversées étaient déjà assez rudes; néanmoins une déception plus grande encore m'était réservée.

Travailleur assidu et obscur; étranger à toute question de boutique (à Paris, c'est là un tort grave, Je le confesse humblement), je tentai une dernière démarche. Cette fois, je me croyais sûr de réussir^ car je m'adressais à l'Avenir national.

J'ignorais, hélas! que cette feuille, si ombrageuse en fait de décentralisation; si absolue en fait de démocratie, s'était égarée dans cette question jufqu à soutenir la cause de l'empire esclavagiste. Elle combattait pour la Prusse et l'Autriche d'Amérique, contre les Républiques menacées dans leurs droits et dans leur indépendance.

Un vent funeste, qui soufflait du côté du Comptoir d'Escompte, avait

aveuglé tAxienir national au poiot de dérober entièrement à sa vue la couleur des.dra|)eaux qui flottaient sur les deux camps.

Je suis convaincu que V Avenir national a fait fausse route. Par suite d'une f&cheuse illusion que je déplore amèrement, c'est au nom des généreux principes qu'il se flatte de représenter, que ce journal combat le Paraguay, armé pour maintenir le respect des traités, l'équilibre des États platéens, la libre navigation des rivières ; et, encore, pour défendre les nationalités opprimées et pour protéger la faiblesse contre une perfide agression.

Gonséquemment, c'est toujours au nom des mêmes principes féconds et régénérateurs, que cette feuille démocratique soutient Florès, lesim'stre Judas qui, par l'appât d'une vice-royauté, a vendu son pays à l'étranger; Buenos-Ayres, qui représente le monopole colonial par l'oppression des provinces Argentines ; et, enfln, le Brésil ; le Brésil que ronge la lèpr,e de l'esclavage, et qui n'aspire à s'établir à Montevideo qu'afln de propager cette lèpre sociale et de fermer au commerce les portes de la Plata, comme il le fait des bouches de l'Amazone.

Le Paraguay, on le voit, ce comptait pas beaucoup de défenseurs dans la presse parisienne ; mais, du moins, il ne rencontrait aucun ennemi parmi les organes des idées avancées. Seul, V Avenir national n'a pas craint d'attaquer ce petit État, au proQt de la triple alliance.

Attristé, mais non découragé par l'insuccès de mes tentatives auprès des journaux parisiens, je résolus de transporter le débat dans une ville commerçante. Je partis pour Marseille.

Le moment étair mal choisi, j'en conviens, pour entreprendre cette campagne.

Le choléra désolait la capitale maritime de la France, et, dans la ville, les meilleurs esprits subissaient l'influence des ravages quotidiens du fléau.

Les feuilles locales se faisaient naturellement les échos de cette douloureuse préoccupation.

Le Courrier de MarseillCj où j'ai toujours trouvé un accueil si cordial, était envahi par une polémique ardente, à propos des deux systèmes qui se partageaient alors l'opinion. Ce journal exécutait chaque matin des charges à fond contre les non-contagionistes:

Le Sémaphore soutenait la même thèse; mais, pourtant, avec une conviction moins passionnée. J'appris, du reste, que cette feuille, dont les sympathies orléanistes ne sont ignorées de personne, inclinait naturellement du côté du Brésil. Déjà, même, elle avait publié des correspondances hostiles au Paraguay.

Restait la Gazette duMidiy journal sérieux et indépendant, sans doute, mais qui représente^en politique, des opinions qui ne sont pas les miennes. Il est vrai que plusieurs de mes compositions littéraires avaient eu la bonne fortune d'être agréées par h Gazette; je n'étais doue pas un inconnu pour cette feuille ; néanmoins, j'hésitais à m'adresser à sa rédaction.

Un de mes amis ût cesser mon indécision, en m'assurant que la Gazette du Midi se préoccupait beaucoup des intérêts de la race latine, de l'autre côté de l'Atlantique; que, même, elle avait déjà traité la question platéenne dans le sens de m^ idées.

Aussitôt je m'acheminai vers les bureaux de la rue Paradis^ oA j'expliquai au rédacteur en chef du journal l'objet de ma visite.

Comme tous ctuz qui ont eu des rapports avec lui, je connaissais i'ur-* bauité parfaite et le savoir étendu de ce publiciste ; j'ignorais toutefois qu'il eût étudié à fond la question du Sud-Amérique. Je fus agréablement surpris de me trouver d'accord avec lui sur tous les points.

Lui aussi affirmait le bon droit du Paraguay dans cette occasion, et il prenait résolument parti contre la triple alliance.

A la fin de notre entretien^ M. E. Roux m'ofTrit gracieusement l'hospitalité de ses colonnes.

Je me mis aussitôt à l'œuvre.

Comme je possédais moa sujet, quelques jours suffirent pour Taccomplissement de ma fâche.

Mon travail parut alors dans la Gazette du Midi,

En France, nous ne sommes guère versés dans les connaissances historiques. Pour beaucoup; disons mieux : pour le plus grand nombre, ce mot PàRAGOAT n'éveille qu'une idée confuse qui se résume dans ces deux noms : Jésuites ! Francia I

On oublie, on ignore souvent, que les jésuites ont été expulsés définitivement de l'Amérique espagnole en 1767, après une résistance désespérée derrière ce fantôme de roi qu'ils avaient appelé Nicolas /«'; et, aussi, que le dictateur paraguayen est mort en 1840 ; et, enfin, que le temps a marché depuis cette dernière date.

Le commerce français connaît le Brésil, Montevideo et Buenos-Ayres, avec lesquels il poursuit, par les trois ports du Havre, de Marseille et de % Bordeaux, d'importantes transactions ; mais, il ne remonte guère les fleuves plaléens, où, pourtant, se trouvent en réserve des débouchés considérables. Les ports de destination, dans ces' parages, sont Montevideo et Buenos-Ayres. C'est là que les cargaisons sont débarquées. Chargées alors sur des bâtiments argentins et orientaux , les marchandises du Vieux- Monde : vins, liqueurs de France et d'Espagne ; fer, cuivre, bières, draps, étoflTes de soie et de coton d'Angleterre et d'Allemagne, sans oublier les farines des États-Unis, sont transportées jusqu'à l'Assomption, d'où elles se répandent dans l'intérieur du Paraguay; ce sont les mêmes bâtiments qui rapportent aux mêmes lieux de transit les productions paraguayennes parmi lesquelles figurent en première ligne la yerba-maté^ le tabac et les cuirs; et, en deuxième ligne: le café, les fibres textiles, l'indigo, le coton et les bois d'ébénisterie.

Il fallait révéler à notre commerce ces marchés ignorés, splendides, pourtant, que le despotisme superbe de Buenos-Ayres s'obstine à considérer comme un champ d'exploitation exclusive pour lui; et accuser ce despotisme, en même temps que Tégoïsme féroce du Brésil qui ferme non-

seulement aux capitaux européens, mais encore à l'activité humaine, les immenses territoires qu'arrose l'Amazone.

Tel est le but que je poursuivais, en dénonçant la politique agressive, envahissante, inféconde, delà triple alliance; et les projets de conquête, servis par une infftme trahison, de Buenos-Ayres et de l'empire esclavagiste.

Brusquement saisie par mes articles, l'opinion s'étonna ; puis, elle s'intéressa à une question dont l'importance lui avait complètement échappé jusqu'alors.

A mesure que j'avançais dans ma démonstration, d'honorables encouragements m'arrivaient, et de précieuses sympathies étaient gagnées à la cause du Paraguay.

Voici maintenant le revers de la médaille :

Le Courrier de Marseille venait de signaler mou travail à l'attention publique, lorsque parut dans une feuille aixoise une protestation aussi grossière qu'elle était imprévue.

Dans cette protestation, on tançait vertement la Gazette d'avoir accueilli mes articles ; le Courrier d'en approuver l'esprit ; on me reprochait à moi-même, qu'on appelait dédaigneusement un Paraguayen Français^ d'avoir entassé inconséquences sur errewrs^ et énor-mités sur inconséquences.

Des accusations de ce genre ont toujours une certaine gravité, même quand elles ne s'appuient sur aucune preuve. 11 est des gens, en effet, qui prennent tout démenti au sérieux; leur honnêteté répugnant à admettre qu'une affirmation, ou une dénégation, se produise à la légère, et sans pouvoir être immédiatement justifiée.

Quant à moi, je dois le confesser, l'attaque me trouva d'autant plus sensible, que j'y étais moins habitué. ^

Depuis vingt-huit ans que j'ai l'honneur de tenir une plume, je n'ai point été engagé dans une polémique acerbe. Mes livres ont élé discutés; approuvés par les uns, critiqués par les autres , leur caractère conscien-

cieui, comme leur portée morale, n'ont encore été niés par personne. Profondément pénétré du sentiment de la dignité des lettres, je n'ai jamais adressé à autrui une expression malséante; on pe m'en a jamais adressé.

Je prie le lecteur de me pardonner si je lui parle de moi; les circonstances m'y obligent. Après avoir signalé les conditions au milieu desquelles s'agite le journalisme parisien, il me faut bien exciper de mon expérience personnelle pour caractériser les allures que prend, dans certaines localités, le journalisme provincial.

Cette étude contient aussi son enseignement.

Le lendemain de l'attaque brutale dont il vient d'être question, j'adressai à son auteur, par le canal de la Gazette du Midi, une lettre précédée des lignes suivantes :

« A Monsieur le rédacteur de la Gazette du Midi.

» Monsieur et cher confrère,

» Je vous prie de vouloir bien publier dans la Gazette du Midi la lettre suivante, que j'adresse à M. L. Arnaud, directeur-gérant, du Messager de Provencej et que ce directeur-gérant trouvera, sans doute, juste et convenable de reproduire dans le prochain numéro de son journal.

» D'avance mes remercîments, avec mes salutations confraternelles,

» Charles Expillt. y>

MaiD tenant, voici ma lettre :

« Marseille, le 16 octobre 1865.

» A Monsieur I. Arnaud, Directeur-Gérant du Messager de Provence.

y> Monsieur,

» On vient de me communiquer le dernier numéro de votre Journal, » dans lequel vous prenez à partie la Gazette du Midi et le Courrier » de Marseille^ à propos d'un travail que J'ai publié sur le conflit » BrasilO'Paraguayen, Non-seulement vous protestez hautement contre » Tapprcciation de ces deux feuilles marseillaises, mais encore vous ne » craignez pas de me reprocher d'avoir entassé dans mes articles erreurs » sur inconséquences.

» Voilà, certes, une accusation nettement formulée; il ne lui manque » qu'une chose pour obtenir crédit auprès des esprits impartiaux, c'est » d'être Justifiée. Vous oubliez, monsieur, qu'une allégation, même lors- » qu'elle est brutalement présentée, ne saurait jamais tenir lieu d'une » démonstration sérieuse. Or, Jusqu'à présent, votre affirmation n'a pas » d'autre autorité que celle d'un témoignage qui ne s'appuie sur aucun » ftiit, et qui, de, plus, s'est affranchi de ces formes, dignes, de langage, y> habituelles aux écrivains qui se respectent jusque dans la personne de » leurs contradicteurs.

» La vérité n'a pas besoin d'être violemment agressive : elle reste » calme et sereine dans ses manifestations, parce qu'elle a conscience de » sa force.

» Donc, vous déclarez que les erreurs^ les inconséquences^ voire » même les énormités abondent dans mon étude, et, convaincu que les

r> lecteurs du Messager de Provence voue croironi momentanément sur » parole» vous attendez le compte rendu du Courrier pour dire toute ^ votre pensée à cet égard. Mais il me semble que l'opinion du Courrier » importe peu ici. Le travail incriminé a paru : il a même pénétré jusque )> dans vos bureaux de la rue des Chaudronniers. Dès lors, les pièces du » procès se trouvent entre vos mains. Qui peut vous empêcher, en l'état, » de soumettre ces pièces à un examen loyal, et de communiquer aussi- » tôt le résultat de cet examen aux abonnés du Messager de Pro^ » vence?

» Je me demande même pourquoi vous avez tant tardé pour engager » le débat sur la question qui nous occupe; ignorez-vous que VEurope^ » de Francfort, a publié des articles favorables au Paraguay? que le » Siècle a reproduit ces articles, et que, dernièrement, VOpinion notioy> nale a défendu cette cause du droit égorgé par la force?

)> Peut-être, comme le czar de toutes les Russies, vous avez voulu » i>ous recueillir^ vous aussi. £h bien! soit : mais j'espère que vous » allez parler, enfin ; cela est de toute nécessité, je vous en avertis, si » vous désirez réellement qu'on prenne au sérieux votre protestation » contre le jugement du Courrier, et l'approbation de la Gazette du » Midi; et, encore, faudra-t-il que vous fournissiez des arguments » solides, au lieu d'affirmations que j'ai le droit, jusqu'à ce jour, de » trouver imprudentes. Allons! décidez-vous à proclamer vos sympa^ )> thies pour )e Brésil esclavagiste, et laissez éclater votre indignation » contre le Paraguay, coupable de préférer la mort à la perte de son » indépendance.

» Un publiciste qui emploie des formules aussi tranchantes, doit » nécessairement avoir une conviction raisonnée sur ces matières. » Hàtez-vous de la faire connaître avant mon dépari — il est prochain — » de Marseille; car je serais vraiment fâché de perdre l'enseignement » que promet aux partisans du Paraguay votre numéro du 14 octobre.

^ Un dernier avis : Si vous tardiez à accomplir {^exécution annoncée.

» les esprits moroses seraient tentés de vous accuser, à leur tour, d'avoir » maladroitement provoqué une polémique sur une question insuflSsam- » ment étudiée par vous; et de n'avoir eu d'autre but, en vous livrant > à des personnalités inconvenantes, que de révéler Texislence du Mes- » sager de Provence.

» Afin de faciliter votre travail (Véreinlementf je m'empresse de » vous envoyer, avec cette lettre, un exemplaire de ma brochure qui 3> vient de paraître.

» Veuillez en agréer Thommage, ainsi que l'expression de mes » sentiments,

» Charles Expillt. >

Le Jour même où cette lettre était publiée, j'3xpéd lais par la poste ma brochure : La Vérité sur le Conflit entre le Brésil, Bubnos-Avres, Montevideo et le Paraguay, à mon contradicteur.

Celui-ci ne tint aucun compte de la sommation qui lui était adressée; Il ne m'accusa même pas réception de ma brochure. Bien plus, il prétendit, dans le numéro suivant de son journal, qiie ma lettre ne lui était point parvenue; mais il maintint ses affirmations, tout en se réservant le droit de répondre, à son heure.

Cette menace, ainsi suspendue sur ma tôte, me causait de constantes préoccupations. Assurément, je défiais quiconque de détruire mes arguments; il n'en est pas moins vrai que Tattente à laquelle j*éluis condamné devenait pour moi un véritable supplice.

Pour tromper mon impatience, je me renseignai sur la position et le caractère de mou contradicteur.

L'auteur de cette protestation était un publiciste complètement ignoré, partant, sans autorité aucune. Fruit sec du barreau, mais prenant ses convoitises malsaines pour les élans d'une légitime ambition, il avait

créé une petite feuille hebdomadaire dans le but d'utiliser les presses fraternelles, et, aussi^ dans l'espoir de faire un peu de bruit autour de sa vaniteuse nullité.

Logicien à sa manière, il s'était logé rue des Chaudronniers. Du reste, absolument dépourvu de titres littéraires. On me raconta encore une aventure tragi-burlesque, où il était question : l"" D'un soufQet non suivi de la réparation demandée; 2* d'un siège soutenu, pendant quatre jours, dans la maison de la susdite rue des Chaudronniers, contre un sapeur du régiment étranger ; 9" enfin, du départ, sollicité, obtenu, de ce même sapeur pour le Mexique. Je n'avais pas de chance, vraiment, pour ma première polémique. Je passe sous silence une nouvelle sommation, mantiscrite, cette fois, et envoyée, par lettre chargée^ à mon insaisissable contradicteur; sommation que celui-ci, au mépris de tous les usages, s'obstina à ne pas reproduire dans son journal.

Après une troisième note dirigée tout à la fois contre le Courrier de Marseille, la Gazette du Midi, M. Elisée Reclus ^ le brillant et sérieux écrivain de la Revue des Deux-Mondes — dont l'autorité était déclarée suspecte, et contre moi, la réfutation, si longtemps promise, commença à paraître.

Malheureusement, le terme de mon séjour à Marseille était arrivé. La veille de mon départ, j'adressai au rédacteur en chef de la Gazette du Midi cette dernière lettre :

« Marseille. 5 novembre 1865.

» Monsieur et cher confrère,

» Enfin! le trépied sacré a frémi, et l'oracle de la rue des Chaudrmi- » niers s'est décidé à parler. Il a parlé, mais sans dire grand'chose > encore. Je soupçonne cet oracle d'être quelque peu avocat.

» Oui, monaieur, Tarticle a paru, un article que M. L, Arnaud couvre » de sa signature et auquel M. L. Arnaud a bien corlainoment travaillé, » témoins ces deux eipressions maisëantes : mensonges et calomnies » que je relève à la troisième colonne, et qui font parti» des fleurs de » rhétorique que cultive habituellement cet écrivain bilieux.

3> Mais cet article, si bruyamment annoncé, n'a pourfendu ni journaux, » ni journalistes. La Gazette du Midi demeure toujours aussi ferme à sa » place de bataille, à l'avant-garde des discussions loyales et profondes. » Le Courrier qu'on devait impitoyablement occire, conserve dans toute » leur intégrité son bec et ses ongles; M. Elisée Reclus n'a pas cessé » d'être une autorité pour les choses de l'Amérique du Sud ; et moi, le » pluB criminel de tous, moi qui devais être étouffé entre deux périodes y> vengeresses, je continue à me porter, hélas! comme la statue de y> Belzunce.

» En conséquence, l'excellent docteur B., que j'avais fait appeler, » par excès de précaution, me permet de retourner à Paris, en me » recommandant seulement de me garer davantage des atteintes du p choléra que des attaques du Messager.

» J'obéirai, ce soir, au docteur; toutefois, avant d'aller reprendre mes » occupations littéraires, je promets deux choses à M. Arnaud ;

» l*" De répondre à son factum dès qu'il sera terminé, et d'y relever^ » sinon toutes les brutalités dé langage qui remailleront (à la longue, ]» cette besogne pourrait devenir écœurante),' du moins, les erreurs capi- » taies que, nécessairement, il contiendra ;

» 20 De ne lui faire un procès, ni, pour avoir soustrait à l'appréciation » de ses lecteurs la lettre chargée que je lui ai envoyée, à cette seule fin » qu'il la publiât dans son journal; ni, pour avoir entrepris de démar- > quer mon linge, en s'appropriant, pour ses articles, le titre même de » ma brochure : La Vérité sur le Conflit entre le BréHl^ Buenos-Ayres, » Mœhtevideo et le Paraguay; ni, pour ne pas m'avoir accusé réception

» de cette brochure que je lui ai courtoisement expédiée, afin de faciliter » son travail d'écbenillage.

» Que le Messager de Provence poursuive donc paisiblement ses » cours de politique transcendante et de géographie élémentaire. On lui » répondra de Paris, comme on Ta fait de Marseille^ sans qu*il soit » nécessaire de faire intervenir les sapeurs du régiment étranger.

» Du reste, de quelque nature que soient les critiques signées L. Àry> naud, je me félicite déjà d'avoir soulevé une discussion d*où se déga- )> géra, m elle est sincèrement, sérieusement conduite, un utile ensei- » gnemeni pour tous ceux qui sont intéressés à connaître l'état réel des » choses, sur les bords des fleuves platéens.

» Veuillez agréer, monsieur et cher confrère, l'expression de mes » meilleurs sentiments.

» Charles Expilly. >

Mon contradicteur répliqua par une lettre dont il demanda l'insertion à la Gazette du Midi.

Malgré l'absence de réciprocité, et afin de combler la mesure d'^s procédés courtois, le rédacteur de la Gazette publia celle lettre ; non pas, cependant, sans la faire précéder de réserves sur les facéties peu conformes à la gravité du sujet, qu'elle contenait.

On parlait, en effet, entre autres choses, dans cette lettre, de gambades sur les tréteaux du Chaeivari et du Figaro.

Ces expressions blessantes, jointes à celles qui ont été dôjà signalées, ne sont rien encore à côté des mots injurieux que relève ma lettre du o novembre» et qui sont répétés dans le cours de la prétendue réfutation de mes articles.

En m'accusant de pratiquer le mensonge et la calomnie, on transformait en querelle personnelle un débat que j'avais maiiileim sur le terrm\ élevé des principes.

Après vingl-huit ans d'un labeur honorable, mais dur et ingrat; lorsque, en atteignant la cinquantaine, on est fondé à se dire que jamais, au milieu des circonstances les plus difficiles, on n*a donné à personne le droit de vous reprocher un acte de déloyauté, ou seulement d'indélicatesse; lorsqu'on croit ainsi avoir chèrement acheté, par des travaux utiles, et de douloureuses, d'incessantes épreuves, dignement supportées, la considération générale et une modeste notoriété , il est triste de voir qu'on n'est pas encore à l'abri des atteintes venimeuses des Basiles de la presse. On en conviendra : l'indignation est bien permise, alors que le premier voyou de plume venu ose tenter, sans être aussitôt écrasé sous le mépris public, d'empoisonner les dernières années d'une laborieuse existence; alors qu'un tartineur à la suile, par cela seul quMl est suffisamment crotté de grec, de vanité, d'impudence et de mauvaise rhétorique, se croit autorisé à vous jeter à la face de ces mots infâmes qui tachent presque toujours une réputation littéraire, méipe quand ils n'entament point l'honneur du citoyen.

Vraiment ! c'est à faire douter de soi et des autres ! c'est à se demander si l'on n'aurait pas démérité, sans le savoir ; si l'estime que l'on accorde à votre caractère et à vos écrits est sincère, d'un côté, et, de l'autre, légitimement acquise.

Quel pouvait être le mobile d'une pareille attaque, engagée par un publiciste que je ne connaissais pas même de vue, et qui, tout en insultant à ma bonne foi, rendait un public hommage à mon honorabililé?

De quel intérêt, de quelle haine se faisait -il donc l'instrument aveugle ?

Déjà, la témérité me semblait grande, de la part d'un homme qui ignorait absolument les choses de l'Amérique du Sud, de venir me provoquer sur un terrain que j'avais quelque droit de croire mien ; de vouloir relever des erreurs et des énormités dans mon travail. Non content de nourrir une prétention aussi peu fondée, on ne craint pas de crier au Mensonge et à la Calomnie I

De pareils écarts de langage, des violences si peu conformes aux usages de la presse qui se respecte, trahissent une irritation dont j'ai besoin de connaître la cause.

l/injure grossière ne se trouve pas, d'habitude, sur le chemin de la vérité. Or, si ce n'est pas la vérité que Ton poursuit, quel est donc le but que l'on se propose d'atteindre 7

Une fois encore, je demande pardon au lecteur de me mettre en scène; mais ma cause se liei en ce moment, à un intérêt d'ordre supérieur En conséquence, il me faut surmonter ma répugnance à parler de moi, parce que la nature des travaux que j'ai publiés depuis douze ans, aidera peut-être à découvrir le motif caché des colères bleues que mes derniers articles ont soulcvéeSé

En 1864, a paru une brochure mienne, sous ce titre : Dv Mouvement d'émighation par lb port db IVUrseillk.

Cette étude spéciale, qu'a publiée la Société de statistique de Marseille^ établit, avec pièces à l'appui, le rôle considérable que l'opulente reine de la Méditerranée remplit, au profit du Brésil^ dans le drame lugubre de Texpatriation volontaire.

« Marseille est devenue, pour nos départements méridionaux et pour ritalie, le champ d'exploitation par excellence des agents brésiliens; c'est rissue par où s'écouie l'engrais vivant destiné à fertiliser le sol de l'empire sud-américain. >^

Ainsi parlais-je dans la brochure dont il s^agit.

En 1865, à l'occasion du conflit Brasilo-Paraguayen, j'ai été amené à signaler de nouveau le peu de loyauté de l'empire esclavagiste dans ses rapports avec les émigrants européens, et à rappeler trois dates qui éclairent d'une lumière sinistre les annales de la colonisation brésilienne^

Cette nouvelle étude aurait-elle contrarié, par hasard, certains projets, inavoués, d'enrôlements sur une grande échelle? Aurait-elle dérangé

certaines combinaisons industrieiles, commerciales, agricoles^ poursuit ies dans les couches inférieures de la spéculation?

J'en suis fftcbé pour les négoces suspects dont j'aurais ainsi ruiné les cupides espérances ; mais mes sympathies sont exclusivement acquises au capital honnête. Or, ce capital a besoin d'ordre, parce que Tordre est le produit naturel d'une politique intelligente et libérale. C'est donc à ce capital que je crie de toutes mes forces :

<f Le sol du Brésil tremble sous les pieds des esclaves frémissants ; Montevideo, miné par la trahison de Florès, est à la veille d'une explosion terrible; Buenos-Ayres, à cause de la conduite cauteleuse de son président, prépare des bouleversements nouveaux à la République Argentine. r>

Et cela est l'exacte vérité.

En foulant aux pieds le droit des faibles garanti par les traités, et, surtout, en jetant un insolent déû, par les crimes commis devant Uruguayana, à la civilisation et à l'humanité, la triple alliance a semé sur les rives des fleuves platéens des défiances funestes, des haines implacables, en même temps qu'elle a placé sur une base chancelante les rapports de l'Âmé^ rique avec l'Europe.

Aujourd'hui la situation est déplorable ; elle ne peut qu'empirer encore si une puissante intervention, imposant une paix équitable, ne vient pas au plus tôt la régulariser.

C'est au commerce loyal qu'il appartient d'appeler cette intervention , justement redoutée par le trafic interlope.

A cette heure, on ne saurait trop le répéter, les événements qui s'accomplissent sur Pestuaire de la Plata ont jeté de sombres inquiétudes dans les esprits, en attendant qu'ils amènent l'anarchie dans les faits économiques. Or, l'anarchie, c'est la ruine pour tous, excepté pour certains industriels qui exploitent les désordres sociaux ; pour ceux qui vivent de l'iniquité des gouvernants, de Toppresslon des gouvernés^ et qui, — pécheurs immondes— jettent leurs hameçons insatiables dans les eaux troubles des révolutions, et jusque dans les fanges de Tesclavage*

C'est, précisément, parce que l'heure présente est favorable aux gens de cette sorte, qu'il y a danger pour les capitaux honnêtes d'entreprendre des opérations avec des pays livrés ainsi à une exploitation sans vergogne et sans frein.

Pour toutes ces raisons, je considère comme un devoir, après avoir éclaTré la situation créée par la triple alliance, de dire au travailleur consciencieux qui veut pouvoir un Jour avouer hautement sa fortune; comme au deshérité du Vieux-Monde qui cherche une terre plus hospitalière :

« Déflez-vous des hommes avides qui spéculent sur la misère des peuples, et des êtres pervers v-jui ont besoin de cacher la lumière pour réaliser de honteux bénéfices. Repoussez avec indignation foutes les combinaisons, toutes les entreprises, qui ne peuvent donner des résultats sonores que par la violation des lois de la morale et de l'humaulté. »

Pourquoi dissimulerais-je mes impressions, moi qu'on a outragé si audacieusement ?

Oui, je ne crains pas de le déclarer : par moments, il m'a semblé entendre, à travers les périodes venimeuses du Messager, des murmures de dépit, des éclats de rire métalliques, auxquels se mêlait un concert lamentable de sanglots étouffés, de malédictions, de cris de désespoir.

Parfois, aussi, je croyais percevoir le ricanement Ironique de la haine, de celte haine abjecte qui, n'osant s'affirmer au grand Jour, prend un masque d'emprunt et s'abrite derrière un prétendu intérêt général, pour mieux venger ses rancunes particulières.

Les brutales attaques dont ma première brochure a été l'objet seraient ainsi expliquée^.

Je me trompe peut-être ; et, il ne m'en coûte guère pour ajouter : Je désire me tromper.

Mais, étant acquis :

lo Que je suis tout à fait inconnu du rédacteur du Messager;

2^ Que ce rédacteur ignofe complètement la question platéenne;

3^ Que> dès lors, ni, une animosité personnelle; ni> le besoin de rc-

dresser des appréciations erronées, n'explique l'attitude grossièremenl hostile qu'il a prise à mon égards

Je suis autorisé à choisir entre ces deux conclusions :

Ou bien, le pubiiciste Aixois a mis un faux nez, en signant des articles sur un sujet qu'il ne possède point; et, alors, de sa propre Yolonté, il est devenu Tinstrument de passions mauvaises;

Ou bien, un amour forcené de la réclame scandaleuse^ et une présomptueuse ignorance, également servis par une éducation détestable, ont déterminé cette campagne contre l'histoire, la logique des faits et les convenances littéraires.

Du reste, (juels que soient les intérêts qui s'agitent dans les coulisses du Messager, les énormités impudentes et les inconcevables violences de celte feuille ont trouvé un éditeur responsable. C'est à cet éditeur que je réponds — que je réponds pour la dernière fois — en présentant au public cette nouvelle étude sur le conflit firasilo-Paraguayen.

La proposition ù développer est celle-ci :

La guerre que poursuit la triple alliance a pour but la conquête, par la violation des traités.

Viennent eosuile ces deux corollaires :

l*" L'écrasement du Paraguay produirait pour conséquences fatales : l'extension de l'esclavage sur l'estuaire de la Plata; l'entravement momentané, sinon^ la complète confiscation, au profit exclusif du Brésil et de Buenos-Ayres, de la liberté des fleuves ;

2^" Enfin, les incivilisés, les barbares, dans le conflit actuel, ce soint les Brésiliens, les soldats de. Mitre et les Colorados de Florès.

C'est ce qui va être démontré.

Charles Expillt.

Paris, janvier 1866,

Xota. — Des scrupules puisés, tant dans la bienveillance, excessive, parfois» de son caractère^ que dans Tidée de la responsabilité qui lui in-

combe à l'occasion des articles publiés par la Gazette du Midiy ont délerminé le rédacteur en chef de ce journal à atténuer, dans mon travail, la vivacité de quelques expressions, et môme à supprimer entièrement la fln du travail.

M. Roux déclare nettemenl, dans le numéro du 27 janvier 1866 de la Gazette du Midi, qu'il a dû a&r^^er autant qu'adoucir ma seconde étude sur le conflit Brasilo-Paraguayen.

Il aurait pu ajouter qu'une main, qui n'est pas la sienne^ y a intercalé (les passages élogieux pour une personne dont la valeur a été ainsi considérablement surfaite.

Le cas est grave, autant qu'il est étrange; j'aime à croire qu'il s'est produit en dehors de la volonté de M. E. Roux; mais, surtout, à Tinsu de l'homme dont on pouvait embarrasser la modestie, tout en m'obligeant à chanter ses louanges.

Deux de ces paragraphes parasites sont en mon pouvoir.

Donc, on a trouvé ma prose trop amère, et on s'est arrogé le droit de rôdulcorer quelque peu.

Le sentiment auquel le rédacteur en chef a obéi est fort louable, sans doute; néanmoins, dans la position qui m'est faite, il m'est bien permis de ne pas le partager. Envers un publiciste hargneux qui m'injurie sans motifs, tout en outrageant l'histoire, je ne suis tenu qu'à une chose : rétablir sincèrement la vérité des faits, avec, ou sans ménagements pour lui.

Du reste, la brochure, plus Indépendante, plus franche d'allures que le journal, se prête mieux aussi aux nécessités,^évères quelquefois, d'une polémique qu'on a eu le tort de passionner ; de plus, elle n'engage que celui qui l'a signée. En l'état, je me dois à moi-môme, comme je dois à tous les juges du débat, d'enlever les sourdines mises charitablement sur ma pensée ; de retrancher de mon travail des appréciations qui ne m'appartiennent pas ; en un mol, de publier ma réplique, telle que je l'ai écrite* telle que Je l'ai envoyée à la Gazette du Midi.

A mon grand regret, Je suis obligé d'ajouter quelques lignes encore à celte Note.

J*al reconnu successivement Vwbanité parfaite du rédacteur en chef de la Gazette du Midi; puis sa coîtrtoisiBf une courtoisie qu'on pourrait trouver exagérée, et, eofln, je viens d'affirmer la bienveillanec de son caractère. Pourquoi m'est-il interdit de rendre un égal hommage à son impartialité ?

Une lettre, signée Benjamin Poucel^ a paru dans le même numéro de la Gazette du Midi dont il vient d'être parlé ci-dessus.

Cette lettre, qui dénature complètement l'esprit de ce second travail^ a provoqué de ma part une demande en rectification qui n'a pas été accueillie, sous le prétexte que la Gazette est un saUm qui n'admet pas les cris et les disputes. «

Ce n'est pas mol, qui ai eu l'honneur d'être l'hôte de la Gazette^ qui trouverai cette comparaison trop ambitieuse. Je dirai, cependant, qu'un salon de ce genre ne peut se maintenir à la hauteur indiquée, qu'en imposant à tous ses visiteurp, à tous indistinctement ^ la mesure dans la critique. Après s'être ouvert à Tattaque, ce salon est tenu^ en conscience, de ne pas fermer sa porte à la défense.

Que penserait le rédacteur en chef de la Gazette d'un maître de maison qui, après le départ d'un de ses convives, permettrait qu'on suspectât devant lui les sentiments de ce même convive? Que penserait-il de lui si, non-seulemeni ce maître de maison s'abstenait de défendre l'absent^ mais encore empêchait celui-ci de rétorquer les graves impuiativûs dont il a élé l'objet sous le toit qui l'abritait naguère?

Après la parabole, l*anccdote; une anecdote transmise par l'histoire :

En 1726, le duc de Sully n'osa point couvrir de sa haute protection le plus illustre de ses hôtes — il s'appelait Voltaire — qui venait d'être

in<1ignenient outragé sur le seuil même de sa demeure. Mais, s'il refusa (le considérer comme un aiïronl fait à lui personnellement, la grossière insulte infligée à Tauteur de la Hmriade, qui, en ce moment, était son hôte, ne Toublions pas; du moins, le duc conserva assez de pudeur pour ne pas épouser la cause du chevalier de Hohan; le sentiment de sa propre dignité étouffa même à ce point la voix, toute-puissante alors, du préjugé de caste, qu'il n'hésita pas à blÂmcr hautement la conduite du chevalier.

Constatons, en passant, que la désapprobation du duc de Sully n'empôcha point le très-noble chevalier d'envoyer à la Bastille le vilain, nommé Voltaire, qui poussait l'impertinence jusqu'à demander une réparation pour la brutale offense qu'il avait subie. .

Les temps sont bleu changés depuis lors; mais la Gazette du Midh on lo sait, a conservé les saines traditions. Est-ce donc pour cela que ce journal, après avoir laissé travestir ma pensée dans ses colonnes, hier, hospitalières à mes articles, me ferme impitoyablemeni aujourd'hui ces mêmes colonnes, pour me punir d'avoir demandé une légitime satisfaction?

Quel qu'en soit le mobile, ce procédé, on en conviendra, n'a pas été inspiré par le sentiment d'une impartialité austère; il me donne le droit de retourner contre le rédacteur de la Gazette, celte interrogation que, naguère (il était alors mon allié), ce publiciste adressait au rédacteur du Messager de Provence :

« Je le demande; ce refus d'insertion est-il loyal? »

Ma protestation, repousrée par^,la Gazette, devait figurer, comme pièce explicative, dans ce nouveau travail.

Le lecteur nous jugera.

Quant à sa lettre, que M. Poucel n'a pas craint de publier sous forme

de brochure, dans l'espoir, sans doute, que celte composition, revue, corrigée, émondée (insufOsamment rabotée, toutefois), par une plume amie, parviendrait plus facilement à la postérité ; cette lettre, je la retrouverai dans le cours de cette nouvelle étude; puisque j*y suis forcé, je dirai alors mon sentiment sur l'appréciation étrange qu'elle contient. À chacun la responsabilité de ses ai^es ; c'est justice.

GH. SX.

Paris, février 1866.

lE BRÉSIL, BDENOS-AfRES. MONTEVIDEO

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