‹ Le Brésil, Buenos-Ayres, Montevideo et le Paraguay devant la civilisationChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

BOM FBBRO II. — MITAS. — FLORÉft.

Au début des graves événeroeots qui sont en train de s'accomplir sur les bords des fleuves platéens, nous avons publié un travail sous ce titre:

IiBirérlté sur le Conflit entre le Bré«U, ItaeaiBft-ATres, M«aiteTl«le« et le Farasu^y (1).

Ce travail a frappé Juste; nous sommes fondé à le croire devant les brutales, les injurieuses protestations qu'il a soulevées.

Prudemment retranché derrière les articles de P Avenir national, le Messager de Provence a fait rage contre le Paraguay, mais sans justifier une seule de ses accusations, sans détruire un seul de nos arguments.

Le défenseur» non autorisé, de la triple alliance a beaucoup crié, niant

(1) Brochure in-S. Paris. Dentu , éditeur. — Marseille. Camoin, éditeur.

par-ci, affirmant par-là, intervertissant les dates, poar les besoins de la cause, et maltraitant tout et chacun autour de lui, hommes et Journaux, sans oublier Thistoire à laquelle il ne craint pas d'infliger les plus téméraires démentis.

En sonmie, l'auteur de la prétendue réfutation qui a paru dans le Mêsgager n'a clairement démontré que deux choses : son ignorance complète de la question, et un souverain mépris de la dignité de la plume.

La preuve, que disons-nous? les preuves multipliées de cette ignorance, peu concevable chez un écrivain aussi absolu dans ses allégations , ressortiront bientôt de ce nouveau travail auquel nous avons été provoqué.

Mais , avant d'entrer en matière, nous avons à remplir un devoir de haute convenance, en faisant Justice de cette phrase malheureuse qui se trouve dans le premier article du Messager :

« Nous tenons Dom Pedro II, Florès et Mitre, pour les hommes les plus patriotes, les plus honnêtes, et les plus populaires de l'Amérique du Sud. »

Nous n'avons pas à nous occuper ici de la personne du président Mitre, mais bien de la politique de Buenos-Ayres.

Ce n'est pas que les renseignements nous manquent, au moins.

Si nous pensions qu'une excursion dans le passé fût nécessaire, nous pourrions prendre à sa première Jeunesse celui que Sarmiento appelle Ironiquement le Gaucho.

Sa conspiration contre don Frutos Ribera, dont il suivait la banDière,* ses perfides menées contre Montevideo, dont il était l'hôte, et qui provoquèrent son expulsion de cette ville ; les mitraillades qu'il ordonna en Bolivie et qui, d'après le bulletin de Bitiche, couchèrent sur le carreau deux c^nts cadavres, nous permettraient déjà d'entrevoir cheB ce futur homme d'Ëtat un sens moral passablement affaibli.

Que serait-ce si nous l'accompagnions au Chili, où, troquant l'épée contre la plume, Mitre collabora au journal de Valparaiso El Comereio, alors dirigé par M. Juan Alberdi !

Là, la ligne tortueuse de sa conduite se dtssina plus nettement encore.

Quelque temps après son arrivée à Valparaiso, Mitre passait du parti pelueon, ou conservateur, au parti pipiolo, ou démocrate. A Tetemple de cet éclectique

Qui dtnait de Tâtitel et sôupkit du théâtre.

il attaquait dans el Progressa la thèse qu'il avait défendue, la veille, dans el Comêrcio.

Plus tard, ce patriote si vanté refusait de s'unir à Lavalle pour servir la cause argentine; il devenait, tour à tour, Taml et l'adversaire d'Urquiza, auquel son honnêteté ne répugnait point à soutirer des sommes importantes, ainsi que le fait est établi par un document officiel : le compte des dépenses publié par Tordre de ce général, que le même Mitre ne craignait pas d'accuser d'avoir volé le trésor national.

Le patriotisme et V honnêteté se compliquaient ici de reconnaissance; on en a la preuve.

Nous pourrions constater enfin, avec pièces à l'appui, qu'après avoir porté successivement les cocardes dé presque tous les États du Sud-Âmérique, Mitre a été chassé de tous les pays où il avait promené ses convoitises orgueilleuses, son libéralisme équivoque.

Mais nous n'avons pas besoin d'évoquer de si lointains souvenirs.

En Interrogeant l'histoire delaP!a»a, depuis la bataille ie Caseras seulement, le moraliste le moins sévère est forcé de ne pas tout approuver dans la conduite du colonel, puis, général Mitre. Le masque de sombre gravité derrière lequel s'abritait une ambition inquiète, n'était pas tellement épais qu'on n'ait pu lire jusqu'au fond de la pensée ; et bien des actes du président indiquent plutôt les préoccupations exclusives d*un chef de parti qui veut se maintenir au pouvoir, que les idées larges, généreuses, conciliatrices d'un magistrat suprême qui a voué sa vie à la prospérité nationale.

Cet aveu ne nous coûte guère :

Nous serions fort embarrassé pour le défendre» si on accusait le pnbli* cistSt colonel, général Mitre d'avoir joué un double Jeu avec tous les partis; le président, d'être plutôt un disciple du poète Marmol, cVst-k-dire exclusivement l'homme de Buenos-Ayres, que le représentant sincère de la République Argentine; et, enfin, de continuer à cette heure la poli* tique oppressive de Rosas , à l'égard des Provinces et du Paraguay.

Voilà pourquoi nous trouvon* cette politique mauvaise^ anti-libérale, peu franche surtout.

Pour le moment, nous laisserons le vainqueur de Paton à toute la joie arrogante de son récent triomphe devant Uruguayana ; à toute la honte du double attentat — nous en parlerons en temps et lieu— qui a suivi la capitulation de cette ville; et, peut-être bien, aux profondes inquiétudes que lui cause l'attitude des provinces.

Toutefois, et nonobstant l'historique sommaire qui précède, nous consentons à ne point contester Yhonniteté du président Mitre, s'il nous est prouvé que ce président n'a, ni connu, ni favorisé la dernière expédition de Florès ; nous avouerons même qu'il est patriote, mais un patriote de l'école autoritaire, qui se propose pour but Passervissement des provinces argentines; et qu'il est aussi populaire à Buenos-Ayres que dans les provinces, mais, pourtant, d'une façon différente sur chacun de ces deux points.

Du reste, nous ne prenons pas définitivement congé du président Mitre.

Nous aurons bientôt l'occasion d'apprécier les actes de son administration, depuis qu'il est à la tête de la République Argentine. C'est d'après ces actes que le lecteur arrêtera, avec nous, une opinon motivée sur le compte de cet homme d'Ëtat.

Quant au général Florès, puisqu'on nous le livre, nous le retiendrons, et, ainsi que nous l'avons promis dans notre précédente brochure, 7wus

dessinerons plus tigùureusement la figure de ce héros de discordes civiles.

On ose rapprocher eoBemble ces deux personnages, Dom Pedro II et Venancio Florès! Venancio Florès, l'allié de rennemi de son pays; le pensionnaire du Brésil; le même qui» après la prise de Florida, a fait fusilier, par dbrmèrbI sur la Orande- Place, le brave commandant Parragon et tous les officiers de la garnison» y compris les sergents ; en tout dix-neuf hommes; le même qui» tout couvert encore du sang deLeandro Gomez et des autres défenseurs de Paysandu, a eu Tinconcevable pensée de renvoyer au 28 février son entrée dans Montevideo, afin que la prise de possession de la ville eût lieu le jour anniversaire de la naissance de Washington! (1). On ose établir entre ces deux hommes un lien quelconque de solidarité et les placer sur la même ligne, en les entourant également d*une auréole de patriotisme et â' honnêteté! Voilà vraiment ce

(1) Ce fait incroyable nous est transmis par un Journal dévoué au général Florès : ia Trifmna, de MootCTideo (là juin 1865).

Oui , ce soldat vaniteux et haineux qui venait d'ensanglanter le toi de la patrie^ de déchirer aVec son sabre la Constitution de son pays, d'imposer sa dictature à l'aide des baïonnettes étrangères, s'est laissé publiquement comparer par d'impudents sycophantes à Washington, ie type de la grandeur américaine^ le héros de P ordre dans la liberté, ainsi que le nomme l'inspirateur de la Constitution Argentine de 1893 , l'éminent publidste sud-américaiD, Tennemi de Rosas, l'ami de Florendo Varela et du Paraguay, en un mot, Juan B. Alberdi.

Ici, le bouffon l'emporte sur Todieux^ et au lieu de sindigner, on hausse les épaules.

Venancio Florès comparé à Washington!

Puisque les rédacieurs de la Tribuna ignorent à ce point l'histoire du grand citoyen du Nord-Amérique, nous nous contentons de lei renvoyer à la lettre écrite par lui à Newburg, le '33 mai 1782. Par la même occasion nous y renvoyons autsi notre contradicteur.

Cette lettre qui montre sous son vrai jour cette belle àme de citoyeti oitjatnais ne pénétra le moindre sentiment dn pré*)CCupation personnelle, ainsi que le déclare si justement M. Pierre Lefranc, dans la remarquable biographie de Washington que cet écrivain vient de publier (Le Livre d*or des Peuples); cette lettre, réponse indignée aux officiers de l'armée qui sollicitaient leur général de prendre le commandement suprème avec le titre de roi , suffira pour faire mesurer aux flatteurs de Florès Tablme qui sépare le condottiere oriental du héros américain.

qui iosulte à la eonscieaM puUique et fliil monter à nos lèvres le dégoût qui déborde de notre cœur.

Nous ne parlons pas de la pùpularité qn'm partage entre ces deux personnages. Il y a popularité et popularité, comme, sans même sortir d'Aix, il y a imaud et Arnaud.

Jeanne d'Arc fut populaire; Marion Delorme le fut également; Victor Hugo est populaire ; M. le vicomte Ponson du Terrail ne Test-H pas aussi? Et Cartouche donc? et Gaspard de Besse? Évidemment, on ne soutiendra pas que la popularité de M. Offenbach soit de même aloi que celle de Rossini, pas plus qu'on ne confondra la popularité de Dom Pedro H avec celle du général Florès.

En cit^int un passage du livre de M. Benjamin Poucel, le rédacteur du Mumgêr s'associe au légitime hommage que notre compatriote s'est empressé de rendre à l'empereur du Brésil; il s'y associe, tout en semblant nous reprocher de ne pas nourrir pour ce souverain les sentiments qu'il mérite.

Celui qui trace ces lignes a le droit do mépriser de pareilles insinuations. Bien avant l'auteur des •t«se» de Damisito, il avait payé son tribut de respectueuse sympathie au caractère du jeune Empereur.

Dans le Brésil tel «u'Il est, comme dans le» FensMieÉ et le^ Mmuwn^ da Brésil ; comme dans notre dernier ouvrage : 1» Traite, l'Éailsriitloii et 1» Coloni^iitioii «a Brésil ; dans toutes les occasions, enfin, nous avons rendu justice à cet esprit élevé, qui est en même temps un noble cœur, en racontant son amour pour la science, qui fkit de Dom Pedro II un des membres les plus actifs de VInstituto historico e geografico; son initiative courageuse dans le sens du progrès ; et surtout les vaillantes luttes qui ont failli compromettre sa popularité, qui pouvaient mettre en péril sa couronne, pour obtenir la suppression du honteux trafic de chair humaine.

Certes, dans les journaux, comme dans nos livres, nous avons dit de sévères vérités au Brésil, à propos de sa législation intolérante ; nous

nous sommes indigné profondément contre Thorrible institution serrile; mais, en applaudissant toujours aux efforts persévérants de Dom Pedro II pour introduire dans ses États la civilisation européenne.

Plus d'une fois on nous a appelé : ennemi duBrésil, et le mot haine se retrouve dans les articles du Messager. Ce reproche nous touche peu. Haïr la mauvaise Constitution d'un pays, ce n'est pas être l'ennemi de ce pays; au contraire, c'est vouloir sa prospérité.

El odio à sus malas leyes, es amor à su engrandeeimentOf ainsi que répond, dans sa Caria primera (1), au même reproche qui lui est adressé, M. Juan-B. Alberdi, adversaire, lui aussi, de la Constitution, révisée, de Buenos-Âyres.

C'est donc parce que nous ayons pu, et su, apprécier tout ce quil y a de grand dans le caractère de l'empereur Dom Pedro II; c'est au^si parce que nous gardons religieusement dans le cœur le souvenir du bienveillant accueil que nous avons reçu de lui, à son palais de Sâo-Christovâo^ que nous protestons de toute notre énergie contre le rapprochement inouï de ces deux noms : Dom Pedo II et Venancio Florès t

Le premier de ces noms, on ne saurait trop le constater, signifie t loyauté chevaleresque, instruction solide, noblesse de caractère, patriotisme, exagéré, à notre point de vue (2); le second^ lorsqu'il est prononcé, fait passer devant les yeux le pftie fantôme d'un Deutz grincheux, ou le spectre grimaçant d'un Coriolan abâtardi.

Une fois encore, on invoque le témoignage de M. Benjamin Poucel, en faveur de cet homme qui a violemment troublé la paix de son pays, et qui a introduit l'étranger sur le sol de l'Uruguay.

Nous estimons qu'on a été fort mal inspiré de faire intervenir dans le débat le fondateur des bergeries Mérinos-Naz du Piehinahgo.

(1) Los Intereses Argenlinos en ta guerra del Paragmy con ei Brasii, por jutUï-B. Àlbbrdi. Paris, 1865.

(3) GoDsalter la note 2 de la page 9A.

M. Poucel n'est ni un écrivain, ce qui explique pourquoi le eôlé philo* sopbique d'une question le préoccupe peu; ni, simplement, uu bomme d'État, ce qui explique également pourquoi sa synthèse manque de cette lumière profonde qui traverse les démonstrations de M. Alberdi. Cependant, un long séjour sur la terre platéenne a donné à M. Poucel une expé-. rience pratique qui permet à sa pensée d'embrasser une zone circonscrite de l'horizon. Aussi, nous le reconnaissons volontiers, ses appréciations des choses du Sud-Amérique méritent, dans certains cas, malgré la forme insufBsante qui les enveloppe, d'être prises en sérieuse considération.

Donc, puisqu'on proclame ta compétence, en ces matières, de M. Benjamin Poucel, nous rappellerons incidemment cette compétence spédale. Ce sera alors la propre parole de l'auteur invoqué que nous opposerons aux téméraires allégations de notre contradicteur*

Voici un fait, relatif à Florès, et que nous trouvons consigné dans I«e« •tAVed de DariiBito :

Un parti de colaradoSf commandé par le colonel Florès, avait enlevé, pendant la nuit, tous les chevaux duPichinango. Le lendemain, M. Poucel va dénoncer ce vol audacieux au chef *des maraudeurs.

Florès accueille, en souriant^ la demande en restitution ; il sourit encore, l'estimable partisan {le eowrire pereistant de Florès^ dit le texte), en avouant que c'est lui qui a donné l'ordre de razzier la bergerie. En fin de compte, le magnanime colonel fait remettre au Français dépouillé, en échange de 80 à 100 chevaux-— parmi lesquels 50 bêtes vigoureuses, — 3 chevaux de selle et 12 rosses efiOanquées, des mancarronee , en un mot.

Et qu'on prétende maintenant que le héros Colorado ne s'entend pas aussi Uen au négoce qu'aux aventureuses expéditions!

Il est vrai qu'il nomma, en riant tout à fait cette fois, M. B. Poucel son aide de camp pour la nuit qui précéda son départ.

Cberchera-t-on à excuser, par les nécessités de la guerre, cette razzia

opérée au détriment d'un travailleur européen ? Mais ce travailleur, serviable pour les deux partis» secourable à tous et à chacun, sans distinction de cocarde, restait complètement étranger aux querelles de Buenos- Ayres et de Montevideo. Il se contentait d'enrichir et de moraliser le pays, en donnant l'exemple d'une activité féconde et d'une inépuisable charité. La veille, encore, le docteur du Plcbinango avait prodigué ses soins et même sauvé la vie à plusieurs blessés de la troupe du colonel. Si l'équité ne iiarlait pas assez haut à l'àme de Florès, la reconnaissance, du moins, devait rendre sacrée pour cet homme la propriété des Français. Sans doute; mais la reconnaissance est un fardeau si lourd pour certaines natures I Et puis, le volé avait-il bien le droit de te plaindre? Le colonel ne venait-il pas d'acquitter envers lui la dette du pays, la sienne propre, en lui conférant le titre glorieux de son aide-de-camp?

La trempe du patrioHsme de Florès est connue; on peut mesurer maintenant le niveau de son honniieté.

Et l'on s'étonne que nous appelions caudillo ce chef de pillards, devenu plus tard chef de bandits, après avoir été forcé par la réprobation publique d'abandonner le siège présidentiel , ainsi que ce fait sera bientôt établi.

Et d'autre part (1), tout en adhérant à nos conclusions, on nous invite kmodérernos apprédalions des personnes, parce qu'il ne serait pas juste déjuger avec nos idées européennes des hommes vivant dans un milieu politique et social si différent du nôtre; et aussi parce qu'on ne repousse pas un sabre dégainé avec des considérations philosophiques.

Est-il donc nécessaire de rappeler au collaborateur privilégié de la GazeUe qu'il n'y a point d'éclectisme en morale?

Les différences de latitude expliquent, sans doute, mais ne justifient point certains égarements, certaines défaillances. Quand bien même il se

1) Gazette du Midi du 27 janvier isa6. (Lettre de M. B. Poucel.)

produirait aTec un cortège de briUantm qualités, le crime ne serait Jamais excusable.

Aux individus, comme aux sociétés, il fhut pour règle de conduite des principes arrêtés. Lorsqu'une nation a perdu celte règle dans les énervantes agitations des guerres civiles, il est indispensable de la ramener aux saines notions du juste et de l'honnête.

C'est là le rôle de la philosophie.

Le mépris du droit, légué par l'oppression métropolitaine à l'anarchie et entretenu par celle-ci jusqu'à nos jours, a désorganisé l'Amérique latine. En entraînant la déchéance des caractères, ce mépris a causé tous les malheurs de ces belles contrées. Seul, le retour au droit, en imposant le respect des institutions librement choisies, pourra sauver les États Hispano-Américains.

Où en serions-nous, mon Dieu ! si lu philosophie, c'est-à-dire, la morale raisonnée, ne finissait point par triompher du sabrei c'est-à-dire, de la force aveugle, mise au service d'un abrutissant despotisme?

N'oublions pas que c'est la philosophie qui a enfanté la Révolution de 89, et qu'à son tour, en proclamant les Droits de l'homme, cette Révolution a inauguré l'ère de la régénération sociale.

Eh bien 1 ces droits ^ expression sublime de la philosophie -^ ; ces DROITS affirmés, reconnus par la Constitution des Républiques latines du Nouveau-Monde, sont, chaque jour, foulés aux pieds, bafoués, niés, par des soudards audacieux et des conspirateurs de la pire espèce, que le succès a favorisés, Donc, il y a urgence à réagir par la philosophie contre ces insolents triomphateurs qui^ en intronisant le fait heureux, retardent l'avènement du règne de la loi.

Noue sommes bien forcé de l'avouer : Oui, le sens moral s'est considérablement affaibli dans l'Amérique latine. Néanmoins, en perdant de son énergique initiative, l'ftme, affaissée sur elle-même, n'a point renié, pour cela, sa divine origine. Elle sommeille avec la conscience publique;

ioi^jours prête à 8e réveiller comme elle aui mÀles aeeenU d'uae veii courageuse.

L'enthoufiiosme patriotique que les arrogantes prétentioDs de TEspagne vieonent de faire éclater sur tout le littoral du Pacifique, ne fournit-il pas la meilleure démonstration de cet état des esprits?

Il est, en effet, des moments dans la vie des nations, où un fait brutal verse <;omme un fluide électrique sur les populations engourdies qui tressaillent alors à l'unisson ; où, un mot -^ note juste de la situation — qui résume la double idée de devoir et de dévouement, suffit pour briser dans les mains qui la brandissent Tarme sacrilège qui vient d*égorger le droit et la justice.

Voilà pourquoi, il incombe à tout publiciste qui nourrit

Ces haines Tigoureuses

Qae doit dooDer le fice aux âmes fertueuaei ,

de dénoncer^ sans ménagements aucuns, à la civilisation; les actes de déloyauté, de trahison, de barbarie, commis par les chefs des peuples, et d'en flétrir impitoyablement les auteurs.

Nous venons de répondre à l'invitation qui nous est adressée de modérer nos appréciations^ c'est-à-dire d*emmieller notre plume, de capitonner nos phrases, pour présenter au lecteur le citoyen oriental qui a introduit l'étranger jusqu'au cœur de sa patriCé

Devant la solidarité qu^on voudrait établir entre les chefs de la triple alliance^ non-seulement nous avons le droit de nous indigner véhémen* tement , mais encore nous en avons le devoir.

Nous combattons de toutes nos forces, en ce moment^ les projets de conquête du Brésil ; néanmoins, nous retspectons assez l'empereur Dom Pedro II pour ne pas le comparer au sinistre héros de Florida.

Il arrive, parfois, en politique^ qu'on accepte les services d'un tratirë;

— kk —

mais, tout en payant la trabison; tout en en tirant profit, on la déteste et on la méprise.

Son zèle a entraîné trop loin notre contradicteur. Nous rengageons à relire la fable de La Fontaine intitulée : VOurs et (Amateur des jardins et dont voici la moralité :

Rien n^est plui daogereux qu'un imprudent ami; Mieux faudrait un gage ennemi.

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